En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le « low-tech », une alternative pour augmenter la résilience des bâtiments et des villes

À l'heure du déconfinement, l'OID s'est penché sur le concept de low-tech pour concevoir le bâtiment et la ville « durables » de demain, résilients face au changement climatique. L'OID et la Ville de Paris ont mis en ligne l'outil Bat-adapt.

Bâtiment  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
Le « low-tech », une alternative pour augmenter la résilience des bâtiments et des villes

Le 28 avril dernier, l'Observatoire de l'immobilier durable (OID) a organisé, avec la Ville de Paris, une webconférence sur la résilience du secteur de l'immobilier face au changement climatique. À cette occasion, l'OID a mis en ligne l'outil gratuit baptisé « Bat-adapt », qui permet aux acteurs publics et privés d'initier une analyse des risques climatiques physiques des bâtiments existants résidentiels et tertiaires, et de leur fournir des solutions d'adaptation. Cet outil a été développé l'an dernier par l'OID avec la Ville de Paris. « Les constructeurs devront prendre en compte de nouvelles contraintes liées aux changements climatiques. Les bailleurs devront anticiper les risques sur leurs actifs. Les assureurs devront adapter leur périmètre de couverture », souligne l'OID.

Une cartographie des risques et aléas climatiques sur les bâtiments

La plateforme Bat-adapt permet à ces acteurs d'estimer, à partir de l'adresse du bien immobilier et de critères de vulnérabilité (hauteur du bâtiment, types de toiture et de façades, espaces intérieurs et extérieurs, fondations, etc.), un profil de risques « actuels et futurs ». L'outil croise les caractéristiques du bâtiment pour estimer la sensibilité du bâti aux aléas climatiques, avec l'analyse du risque climatique, qui dépend de l'emplacement du bâtiment. Cette analyse prend appui sur quatre aléas climatiques via des indicateurs : vague de chaleur, sécheresse (retrait et gonflement des argiles), inondations et submersions marines. Ces aléas ont été cartographiés en France métropolitaine, en utilisant les données scientifiques et les études prospectives de plusieurs instituts de recherche français : Météo France ; le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) ; le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ; et l'Agence de la transition écologique (Ademe). L'OID s'appuie aussi sur les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour calculer les risques climatiques de 2020 à 2090. Bat-adapt utilise le plus pessimiste des scénarios simulés par le GIEC, appelé RCP (représentative concentration pathway) « 8,5 ». Ce scénario du GIEC projette, de 2081 à 2100, une augmentation de température possible entre +2,6°C et +4,8°C par rapport aux niveaux pré-industriels (1860). Les prochaines versions de l'outil Bat-adapt incluront d'autres aléas climatiques tels que « les canicules, les îlots de chaleur, les précipitations intenses ou les feux de forêts », a précisé Sakina Pen Point, chargée de projet Adaptation au changement climatique à l'OID.

L'OID élaborera aussi prochainement un guide des solutions adaptatives à mettre en place « capitalisant les retours d'expérience et des exemples de bâtiments », a ajouté Loïs Moulas, directeur de l'OID.

Le low-tech, des solutions « simples » pour concevoir les bâtiments et les villes de demain

 
Les constructeurs devront prendre en compte de nouvelles contraintes liées aux changements climatiques. Les bailleurs devront anticiper les risques sur leurs actifs. Les assureurs devront adapter leur périmètre de couverture.  
OID
 
Pour augmenter la résilience des bâtiments et bâtir la ville « durable » de demain, les solutions constructives « low-tech » ont été mises en avant durant cette webconférence, par M. Moulas. L'OID a présenté les travaux menés depuis 2019 par des étudiants de la Sorbonne sur le bâtiment tertiaire low-tech et ceux d'étudiants de Sciences Politique sur la ville low-tech. L'OID a publié leur étude. « La démarche low-tech implique d'abord de rénover, de réutiliser et de faire avec l'existant », a résumé Abigaïl Morgan, étudiante à La Sorbonne. Les solutions techniques « simples dites low-tech » misent sur l'économie circulaire et la limitation des consommations des ressources, via la réparation, le réemploi et le recyclage des matériaux, ainsi que la sobriété énergétique. Un bâtiment low-tech est « un bâtiment de préférence réhabilité, ou éco-construit, qui permet une sobriété des usages, c'est-à-dire une occupation réfléchie du bâtiment en réponse aux enjeux liés à l'énergie et à la raréfaction des ressources », définissent ainsi les auteurs de l'étude.

Pour Loïs Moulas, le concept de low-tech appelle à questionner « la raison d'être » d'un bâtiment et à quels besoins celui-ci répond « dans un contexte de ralentissement du marché de la construction », notamment lié à la crise sanitaire actuelle du Covid-19.

Durant la conférence, Nathalie Chazalette, directrice du programme Recherche et développement, « la Passerelle Transition Écologique » à la Ville de Paris, et Isabelle Lardin, chargée de mission Économie circulaire à la Ville de Paris, ont aussi présenté deux projets de bâtiments répondant déjà aux critères du low-tech. Leurs retours d'expériences portent sur la rénovation de l'école d'Ivry Lavassor à Paris XIIIe et la réhabilitation de la Maison des Canaux à Paris XIXe. Ces deux projets « présentent diverses innovations et des bonnes pratiques, comme l'utilisation d'isolants biosourcés qui permettent un confort d'hiver comme d'été plus élevé que les isolants traditionnels, ou le réemploi des matériaux existants ».

De son côté, Philippe Bihouix, ingénieur et directeur général adjoint de l'AREP (Agence d'architecture interdisciplinaire, filiale de la SNCF) a décrit le concept de ville low-tech et invite les maîtres d'ouvrage à s'y inspirer déjà, à l'heure du déconfinement. Il est l'auteur du livre L'âge des Low-Tech, publié en 2014. La ville low-tech, « c'est la ville, et ses habitants et leurs comportements, et leurs usages et leurs manières de fonctionner à la fois dans la vie de tous les jours et dans la vie économique », a expliqué Philippe Bihouix. « La grande question va être celle de l'adaptation de nos villes, pas uniquement au changement climatique, mais adaptation tout court à ce monde plus incertain et plus étrange », estime M. Bihouix, tirant les leçons de cette crise sanitaire. « Il va y avoir des besoins de transformations très importants autour des questions des circuits courts, des ressourceries, du zéro déchet, et d'un retour d'artisanat de masse, d'une industrie à l'échelle humaine et de relocalisations. La ville low-tech est celle qui construit le moins et mieux, et qui réemploie, réhabilite. Une ville qui apaise et qui embellit », prédit-il. Il s'agit également de « tirer les leçons de cette crise et de l'envie de plus de nature et de plus de proximité des milieux, pour amorcer une nouvelle vague de décentralisation intelligente volontaire et volontariste à la fois », a ajouté M. Bihouix.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager