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L'observatoire climat-énergie pointe la dérive des résultats français

La plupart des indicateurs de la transition énergétique et climatique de la France sont dans le rouge selon les chiffres 2018, rapporte l'observatoire climat-énergie. Les transports et le logement sont une nouvelle fois mis à l'index.

Energie  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

"Ce n'est pas un outil qui mesure l'ambition de la France mais un outil neutre qui suit annuellement le respect des objectifs qu'elle s'est fixée", explique Anne Bringault, responsable Transition énergétique au Réseau Action Climat (RAC). L'observatoire climat-énergie, créé il y a un an, a rendu public ce 18 septembre les premiers résultats pour 2018. C'est-à-dire les écarts par rapport aux engagements inscrits dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) de 2015 et la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) de 2016.

Les chiffres publiés par cet observatoire, auquel participent le RAC, le Cler, le ministère de la Transition écologique, l'Ademe, Entreprises pour l'environnement (EpE) et l'Iddri, sont globalement mauvais tant en ce qui concerne le climat que l'énergie, même si quelques statistiques prises individuellement donnent satisfaction.

Le budget carbone dépassé de 4,5 %

C'est le cas des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui ont baissé de 4,2 % entre 2017 et 2018, après trois années de hausse. La ministre de la Transition écologique s'en félicite dans un communiqué publié simultanément. Mais cette baisse s'explique surtout par un hiver doux, souligne l'observatoire. D'autre part, ces émissions dépassent de 4,5 % le budget carbone défini par la SNBC. Les principaux secteurs en cause ? Les transports et le bâtiment, qui sont à la fois les secteurs les plus émetteurs et ceux qui ont le plus dépassé leur budget carbone.

Les transports restent toujours le secteur le plus émetteur, avec 31 % des émissions des émissions totales françaises. Une légère baisse (-1,6 %) des émissions est constatée en 2018 par rapport à 2017. "Pour la première fois depuis 2014, le niveau d'émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur des transports est (…) en baisse",  se félicite d'ailleurs Elisabeth Borne. Mais cette baisse est essentiellement due à celle du nombre de kilomètres parcourus par voyageur. Le budget carbone du secteur est dépassé de 12,6 %, avec de très mauvais chiffres pour les émissions des véhicules particuliers neufs (+22,9 % par rapport aux objectifs) et la part du fret ferroviaire et fluvial (-23,9 %).

   
Emissions de gaz à effet de serre en France © Observatoire climat-énergie
 
   
Quant au bâtiment, il a connu une baisse des émissions de plus de 6 % entre 2017 et 2018, mais, là-aussi, la baisse s'explique en grande partie par la douceur hivernale. D'autre part, c'est le secteur qui présente le plus gros écart par rapport aux objectifs (+14,5 %). "Le nombre de rénovations énergétiques ne suit pas et les rénovations performantes sont peu nombreuses", explique Anne Bringault, même si les statistiques font défaut en la matière.

Les chiffres de l'agriculture sont meilleurs (+2,5 %), mais l'indicateur lié à la surface de légumineuses est mauvais (-37,6 %). D'autre part, il n'existe pas d'indicateurs sur les émissions de méthane des ruminants ni sur celles liées aux engrais azotés. Le secteur de l'industrie est, quant à lui, considéré comme "globalement dans les clous" avec une baisse de -2,8 % entre 2017 et 2018 et un léger dépassement du budget carbone (+ 0,6 %). Mais les meilleurs chiffres restent ceux du secteur de la transformation d'énergie, qui a enregistré une baisse de -15 % des émissions entre 2017 et 2018 et qui se situe à –17 % en-dessous du plafond indicatif annuel.

La consommation d'énergie dépasse de 4,5% l'objectif

Les objectifs en matière d'énergie, définis par la première période de la PPE, ne sont pas non plus respectés. La consommation finale d'énergie a baissé de 1,17 % entre 2017 et 2018 après trois années de hausse. Là aussi, les conditions météo expliquent en grande partie la baisse, qui n'est que de -0,34 % corrigée des variations climatiques. La consommation de l'année 2018 reste supérieure de 4,5 % par rapport à l'objectif de la PPE.

La consommation d'énergies fossiles a baissé de 4 % en 2018 par rapport à 2017, mais la trajectoire dépasse encore de 0,6 % l'objectif de l'année. La consommation de charbon est conforme à l'objectif, ce qui n'est pas le cas du gaz naturel (+ 4,9 %) et du pétrole (+ 8,1 %).

La part des énergies renouvelables (EnR) dans la consommation d'énergie n'est que de 16,5 % en 2018 alors qu'elle aurait dû être de 20,5 %. Soit un écart de 19,5 % qualifié de "très important" par Jean-Baptiste Lebrun, directeur du Cler. Prises individuellement, les filières de l'hydroélectricité (-0,2 %), de l'éolien terrestre (+0,7 %), du bois-énergie (+5,4 %) et de la méthanisation (+10,9 %) sont en phase ou au-dessus des objectifs. Ce qui est loin d'être le cas pour l'éolien en mer (-100 %), l'injection de biogaz (-62,2 %) ou le solaire (-16,4 %).

Enfin, la part du nucléaire dans la production d'électricité a été stable entre 2017 (71,6 %) et 2018 (71,7 %). Soit une production excédentaire de + 6,5 % par rapport à l'objectif pour 2018, fondé sur une réduction de la part du nucléaire à 50% de la production d'électricité en 2025. Un objectif qui est reporté à 2035 par la loi énergie climat en cours de promulgation. De manière générale, l'observatoire a prévu de mettre à jour ses chiffres en fonction des nouveaux objectifs fixés par cette loi et par les nouvelles versions de la SNBC et de la PPE en cours de finalisation.

Redoubler d'effort

"Le message fort qui ressort de ces chiffres, c'est qu'il faut redoubler d'effort", réagit David Marchal de l'Ademe, qui salue toutefois les baisses constatées entre 2017 et 2018. "Cela dépasse les petits changements à la marge, en particulier dans le bâtiment et les transports", réagit Andrea Rudinger de l'Iddri. Pour le chercheur, "une évaluation systématique de l'incidence climatique de tous les projets de loi et de tous les projets d'infrastructures s'impose".

"Les résultats viendront du changement de comportement de l'ensemble des citoyens et pas seulement des décideurs politiques et des entreprises", nuance toutefois Claire Tutenuit, déléguée générale d'Entreprises pour l'environnement. Mais il faut que cela soit compris et accepté", ajoute la déléguée générale de cette association qui représente de grandes entreprises françaises et internationales.

Réactions8 réactions à cet article

 

Bon on est nuls on est nuls ! Pas besoin de le répéter chaque semaine ... C'est vrai, c'est déprimant, encore plus quand à son échelle on fait des efforts !

Hugoszym | 19 septembre 2019 à 08h32
 
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Relativisons les résultats :la France n'émet que 1 % du CO2 mondial.
Quant à la production d'électricité par les ER il serait bon de citer les chiffres de production propres à chacune ;on mesurerait ainsi la part de l'éolien comparé aux autres ,l'hydraulique par exemple .

sirius | 19 septembre 2019 à 11h09
 
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PS
La photo est assez ridicule . Que contemple ce personnage ? Un avenir radieux ?Ou un horizon industrialisé ? On pense à une caricature du tableau de Caspar David Friedrich," le promeneur devant une mer de nuages" .

sirius | 19 septembre 2019 à 11h14
 
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Tant que la politique sera aussi cacophonique, on n'avancera pas ! Pour atteindre nos objectifs, il faut une volonté réelle de réduire les sources d'émission de CO2, transport et habitat en tête, alors qu'on se focalise sur l'électricité, déjà quasi totalement décarbonée ! Je commencerai à y croire quand on interdira les bagnoles trop grosses trop puissantes trop gourmandes ou qu'on mettra une obligation de résultat sur l'isolation des bâtiments ! Mais le lobby pétrolo-gaz est à la manœuvre...

dmg | 19 septembre 2019 à 11h32
 
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«Je commencerai à y croire quand on interdira les bagnoles trop grosses trop puissantes trop gourmandes ou qu'on mettra une obligation de résultat sur l'isolation des bâtiments ! Mais le lobby pétrolo-gaz est à la manœuvre...»

Et encore, vivant au Québec, je peut vous dire que les voitures/modèles européens sont relativement économes en carburants... certains de mes amis ont du mal à s'imaginer ma clio 65 chevaux a 4.5L/100

pulsar | 19 septembre 2019 à 15h51
 
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Je ne suis malheureusement que moyennement surpris* du fait que cet article omette de parler de la filière des PAC qui tient très largement ses objectifs et est le deuxième contributeur en chaleur renouvelable après la biomasse.
* du fait de ceux qui ont participé à cette étude et pour qui la PAC a bien du mal à être considérée comme une filière EnR ... c'est vrai elle consomme de l'électricité ... et donc, horreur, du "nucléaire". Messieurs, il va vous falloir un jour sortir de cet ostracisme !!!
David BONNET - Président d'honneur de l'AFPAC

PACMAN | 20 septembre 2019 à 11h05
 
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Quand les objectifs sont établis n'importe comment (cf. ADEME et politiques climat au doigt mouillé Excel), il n'est pas étonnant que seul le hasard aurait permis de les atteindre.
Sortir de cette politique de Gribouille en matière de climat et d'environnement en général serait un réel progrès. Un exemple en est l'objectif de diviser par deux le gaspillage alimentaire avant d'avoir
Les questions environnementales seraient peut-être un tout petit peu mieux appréhendées...
Je rejoins PACMAN sur les préjugés aveuglants qui nuisent à toute approche rationnelle et amènent à ignorer la thermodynamique.

Albatros | 26 septembre 2019 à 17h15
 
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Pour le gaspillage, complément: établir un objectif de le diviser par deux avant même de l'avoir défini et quantifié correctement.
Du pur Gribouille.
Revenant au climat, il apparaît de plus en plus que la panique climatique engendre le n'importe quoi et, en premier lieu, la confusion entre agitation et action...

Albatros | 26 septembre 2019 à 19h41
 
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