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Unité CSR à La Réunion : Ileva lance une concertation sur fond d'incertitudes

Le syndicat de traitement des déchets ouest et sud de La Réunion réalise une concertation sur son projet d'unité de co-incinération de combustibles solides de récupération. Toutefois, la Région s'oppose au projet, rendant incertain son financement.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Unité CSR à La Réunion : Ileva lance une concertation sur fond d'incertitudes

Du 21 octobre au 12 décembre 2019 se tient la concertation dédiée à l'unité de co-incinération de combustibles solides de récupération (CSR) du Syndicat mixte de traitement des déchets des microrégions ouest et sud de La Réunion (Ileva). Cette unité CSR a été retenue en 2016 dans le cadre du premier appel à projets CSR de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Le projet, dont le coût avoisine les 260 millions d'euros (M€), devrait recevoir une aide de 14 M€ de la part de l'Ademe au titre de l'appel à projets CSR. À cela s'ajoutent d'autres aides (Feder et accompagnement des sites de tri par l'Ademe), qui réduiront la facture à 216 M€ (hors intérêts). Ileva prévoit d'obtenir les autorisations administratives mi 2020 pour inaugurer l'installation début 2023.

Réduire l'enfouissement

Ileva collecte et traite les déchets de quinze communes représentant plus de 500 000 habitants. En 2018 le syndicat a traité 390 000 tonnes (t) de déchets. L'essentiel (227 000 t) est enfoui sur le site de Pierrefonds à Saint-Pierre. Pour le reste, 100 800 t de déchets verts font l'objet d'une valorisation matière et organique, 32 000 t d'emballages recyclables sont traitées dans les centres de tri et 20 800 t de déchets recyclables sont exportées. La saturation de la décharge de Pierrefonds, ouverte il y a trente ans, étant annoncée pour 2022, le syndicat veut réduire de moitié l'enfouissement d'ici 2025, par rapport à 2010. Il est certes possible d'envisager la création d'un nouveau casier, mais cela entraînerait une hausse du coût de traitement des déchets : 15,6 M€ aujourd'hui, 26,3 M€ en 2022 et 29,7 M€ en 2025.

Pour réduite l'enfouissement à 45 000 t par an, Ileva propose un pôle qui associera trois filières : le tri des matières recyclables, la méthanisation des biodéchets et la valorisation énergétique de CSR qui constitue le cœur du projet. L'unité CSR devrait produire 90 gigawattheures (GWh) d'électricité par an (selon l'étude de faisabilité financière). Elle sera alimentée par trois installations de production de CSR : un site de tri sur ordures ménagères résiduelles (OMR), qui produira 90 000 t de combustibles par an, et deux unités de production à partir d'encombrants, de refus de tri et de déchets d'activités économiques (13 000 t et 19 000 t de CSR par an).

Vendre l'électricité ou augmenter la fiscalité

Reste un point crucial à régler : assurer l'équilibre financier du projet. Un rapport du ministère de la Transition écologique sur la gestion des déchets sur l'île de La Réunion, publié fin 2018, explique que les recettes annuelles du site devront s'élever à 27,7 M€. Deux financements sont possibles : une hausse des recette fiscales et la vente de l'électricité. Ce dernier financement est donc capital. L'étude de faisabilité financière d'Ileva se base sur un tarif de vente compris entre 90 et 200 euros par mégawattheures (€/MWh), ce qui générerait des revenus annuels compris entre 8,1 et 18 M€. Plus précisément, le syndicat juge « tout à fait envisageable » d'obtenir 140 €/MWh d'EDF, puisqu'il s'agit du tarif accordé aux unités de combustion de bagasse ou de charbon.

Mais, pour l'instant, les négociations avec EDF semblent patiner. En octobre 2018, le député David Lorion (LR, La Réunion) a interpellé le ministère de la Transition écologique. Il estime que la Commission de régulation de l'énergie (CRE) doit fixer au plus vite le tarif d'achat. Problème : la CRE ne peut pas autoriser EDF à acheter l'électricité de l'unité CSR si le projet n'est pas inscrit dans la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) réunionnaise pour la période 2019-2028. Or cela n'est pas acquis, car le conseil régional s'oppose au projet d'Ileva. En conséquence, « le président de la CRE [a conseillé] au président d'Ileva de ne pas signer le marché ».

Stratégie régionale « zéro déchet »

 
Les recettes annuelles du site devront s'élever à 27,7 M€. Deux financements sont possibles : une hausse des recette fiscales et la vente de l'électricité.  
 
Le virage date de 2018 lorsque le président du conseil régional a proposé d'engager l'Île dans une démarche « zéro déchet », en rupture avec les scénarios envisagés jusque fin 2017. Le rapport ministériel confirme que « dans les négociations en cours entre l'État et la Région (…), la Région a fait part récemment de sa volonté de ne plus prévoir de production nouvelle [d'énergie] issue de la filière "déchets" ». La Région a d'ailleurs déposé un recours auprès du tribunal administratif, notait en mai l'équipementier et ensemblier CNIM, qui venait de remporter le marché public. Les nouveaux objectifs régionaux sont « hors de portée aux échéances prévues », estime le document, jugeant « souhaitable » le recours à la valorisation énergétique et son inscription dans la PPE.

« Le porteur du projet [Ileva] ne dispose pas d'informations sur l'avancée et le contenu de cette révision », déplorait en avril dernier Viviane Malet, sénatrice LR de La Réunion. Répondant à l'inquiétude de l'élue, Emmanuelle Wargon, confirmait alors que le volet relatif à la production électrique à partir de déchets « est un point qui est pour l'instant resté en suspens ».

La position de la secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire était ambiguë : « sans remettre en cause l'objectif de la Région, je souhaite qu'une réponse puisse être apportée, sans attendre 2030, à la problématique des déchets à La Réunion. La PPE révisée devra intégrer cette orientation de l'État. » Mais pour l'instant les élus du conseil régional restent fermes. Une motion, adoptée en septembre, « [demande] au gouvernement français de réévaluer le modèle économique ultramarin de l'incinération de déchets-CSR à but unique de production électrique ».

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