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Limogeage de Delphine Batho : quelle place pour l'Ecologie ?

En critiquant un budget ne répondant pas aux engagements environnementaux, Delphine Batho a clairement posé la question du passage aux actes. Son éviction apporte une première réponse : l'écologie est secondaire, jugent de nombreux observateurs.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Limogeage de Delphine Batho : quelle place pour l'Ecologie ?

Au cœur de nombreuses réactions politiques suite au limogeage de Delphine Batho se trouve la place de l'environnement dans l'action gouvernementale. "Notre ambition pour la transition énergétique et la transition écologique de l'économie sera portée au plus haut niveau", déclarait à Actu-environnement le candidat François Hollande à la veille de l'élection de mai 2012.

Cette promesse de campagne est revenue sur le devant de la scène lorsqu'en prélude à son éviction, Delphine Batho estimait hier matin sur RTL qu'avec une baisse de 7% des crédits alloués à son ministère le gouvernement préparait un "mauvais budget". Elle remettait ouvertement en cause la capacité de passer du discours aux actes, en référence aux engagements pris en matière de transitions énergétique et écologique.

Besoin d'être rassurés

Face au flou qui entoure la place de l'environnement dans la politique du gouvernement, les ministres issus d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont jugé qu'il est urgent d'attendre. "On a besoin d'avoir des éléments qui nous rassurent sur ce que veut faire le gouvernement par rapport à l'écologie", a expliqué Barbara Pompili, co-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, alors que ministres et parlementaires EELV validaient lors d'une réunion de crise le maintien des Verts au gouvernement.

Faute de quitter le gouvernement, EELV se veut donc menaçant. "Il y a devant nous des rendez-vous qui sont déterminants et si ces rendez-vous étaient ratés, à ce moment là (...) bien évidemment nous en tirerons toutes les conséquences", a expliqué sur France Info, Pascal Canfin (EELV), ministre délégué au Développement. Le premier de ces rendez-vous est l'annonce par le Premier ministre, attendue la semaine prochaine, de nouveaux investissements d'avenir pour la prochaine décennie. Figure aussi le budget 2014 ainsi que la fin du débat sur la transition énergétique et la loi qui en découlera. Des échéances qui laissent penser que les Verts se préparent à rester au gouvernement jusqu'aux prochaines Municipales.

Cet attentisme n'est cependant pas du goût de tous les membres d'EELV. "Est-ce qu'on va continuer à recevoir des coups sur la tête, y compris quelquefois des coups de massue qui vous évanouissent et continuer à dire merci au gouvernement", s'est interrogé Noël Mamère sur RTL. Pour le député il est clair que "cette éviction montre que pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, l'écologie n'est qu'une utilité au moment des élections pour les gagner, et après, ce n'est plus du tout une priorité".

Même son de cloche du côté des ONG : "ce n'est pas un bon signal de virer encore la ministre de l'Ecologie", a déclaré à l'AFP le porte-parole de France Nature Environnement (FNE), Benoît Hartmann, ajoutant qu'"on ne peut pas dire que l'écologie est une priorité si on renvoie les ministres les uns après les autres". Une remarque qui fait directement écho au limogeage en juin 2012 de Nicole Bricq. Cette dernière avait quitté le ministère de l'Ecologie pour prendre la tête du Commerce extérieur après avoir pris des positions défavorables à un permis pétrolier offshore attribué à Shell en Guyane.

Point de vue discordant, Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Ecologie, eurodéputée et avocate spécialisée en environnement, juge que Delphine Batho est en partie responsable de son limogeage. "Force est de constater que ce «mauvais» budget traduit la très grande modestie de son action et son manque de pugnacité", estime-t-elle.

Une thématique de luxe

Par ailleurs, la première année du quinquennat a livré des signaux contradictoires qui aujourd'hui prennent un relief particulier. Interrogé par l'AFP, le directeur général adjoint d'Ifop, Frédéric Dabi, estime que "l'environnement [est] perçu comme «une thématique de luxe» en période de crise, la réduction des dépenses des ministères étant fortement saluée par les Français". Le gouvernement ne devrait tirer qu'un bénéfice marginal de cette reprise en main après les nombreux couacs qui ont émaillé cette première année au pouvoir.

Ce passage au second plan était d'ailleurs perceptible puisque le périmètre du ministère de l'Ecologie a été revu à la baisse en mai 2012. Ainsi, le ministère de l'Ecologie chutait au neuvième rang protocolaire après avoir été hissé en deuxième place sous la direction de Jean-Louis Borloo. De même, si l'Energie fait partie du portefeuille actuel de l'Ecologie, la lecture des décrets d'attribution relativise largement la portée de ce geste. En effet, le ministère de l'Ecologie partage avec le ministère du Redressement productif les compétences en matière de "politique des matières premières et des mines en ce qui concerne les matières énergétiques". Bref, l'Ecologie a hérité de l'Energie hors hydrocarbures, qu'ils soient conventionnels ou non. Quant au nucléaire, le sujet est surtout traité à Bercy, via notamment le comité stratégique de la filière nucléaire créé dans le cadre du Conseil national de l'industrie (CNI).

Pour Greenpeace, interrogé par l'AFP, ce partage des compétences entre Ecologie et Redressement productif semble entendu : "alors que les ministres les plus rétrogrades [comprendre Arnaud Montebourg, ndlr], opposés aux changements et à la transition écologique, s'expriment librement pour défendre les gaz de schiste ou l'énergie nucléaire sans être inquiétés, l'unique et première fois où Delphine Batho défend l'écologie à travers son budget, elle est contrainte au départ". Un point de vue partagé par José Bové, eurodéputé EELV, qui dans une interview accordée à Metronews qualifie de "symbole (…) absolument dramatique" cet écart de traitement entre Nicole Bricq et Delphine Batho, d'une part, et Arnaud Montebourg, d'autre part.

Réactions12 réactions à cet article

 

La place de l'écologie ?

Voyons voyons... j'hésites.

Les toilettes ? La cave ? Le fond du jardin ?

Ah ça y'est j'ai trouvé : le dépotoir !

Tonton | 03 juillet 2013 à 22h47
 
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En pérennisant l'idée que l'environnement et l'écologie sont des affaires d'écologiste et non de chacun, le gouvernement et ses extensions médiatiques se protègent toujours et encore derrière des "fusibles" politiques tels que Mme Batho. Et l'hypocrisie et l'inactivité des verts en est le constat évident. Et puis, le budget est une chose, la prise de décision en est une autre, et tant que le pouvoir est du côté de l'argent, et que tout le monde est convaincu que l'argent est du côté de l'industrie, les décisions pour l'avenir de notre environnement resteront dans une impasse. Heureusement, l'argent est en réalité entre les mains du consommateur, et c'est à l'individu d'en prendre conscience, et d'accepter ou non de consommer gaz de schiste et ogm, au lieu d'attendre béatement une prise de position politique. L'espoir est de mise :) .

WoodenStick | 04 juillet 2013 à 08h56
 
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Ce renvoi était prévu depuis longtemps. L'état est en train de revendre tous les lieux qui appartiennent à travers la France au ministère de l'écologie.
http://www.economie.gouv.fr/cessions/cessions-en-cours
Prochaine étape: suppression de ce ministère.

minnie | 04 juillet 2013 à 09h57
 
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"Si ça continu, il faudra que ça cesse" voilà la nouvelle devise des verts, dans la droite ligne de ce qu'on pouvait en attendre.
Il est plus facile de limoger Batho que Cahuzac, il faut dire qu'elle a été plutôt discrète jusqu’à présent, c'est un gouvernement de tartuffe et l'écologie en est la farce.
Vert oui, de rage au 21 éme siécle cela est inadmissible

lio | 04 juillet 2013 à 11h16
 
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Je partage tout à fait l'avis de Woodenstick. "L'écologie" ne devrait pas constituer le monopôle d'un parti ou d'un ministère, sous peine d'être stigmatisée, mais plutôt être considérée comme un domaine transversal intégré dans chaque activité et prise de décision.
Une douce utopie dans un système politique partisan et cloisonné à l'extrême...

AlexG | 04 juillet 2013 à 11h41
 
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"Notre ambition pour la transition énergétique et la transition écologique de l'économie sera portée au plus haut niveau".

Je ne comprends pas le problème? Comme annoncé, cela a bien été au plus haut niveau... de l'état, pas au petit niveau d'un ministre sibalterne.

L'art de la politique, c'est de ne pas mentir dans ce qu'on dit, mais de le présenter en sorte que celui qui l'entend l'interprète en fonction de ce qu'il veut entendre (entendu personnellement en off par une personne bien connue).

zaravis | 04 juillet 2013 à 11h53
 
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L' Homme s'y intéressera quand il n y aura plus le choix mais ce sera trop tard!

dwd | 04 juillet 2013 à 12h25
 
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Comment dans une société éduquée depuis des décennies vers la GASPI , LA SURCONSO VOIR LA BOUFFONERIE, attendre des comportements responsables citoyens envers l environnement...Voyez les médias depuis 1 mois, les vacances, les vacances et encore les vacances...des individus formatés comme des disquettes au systéme business is business...On en sortira pas d'ou l'éviction de DELPHINE TROP HONNETE mais c'est tout à son honneur...dans ce systéme pourri, il nous manque beaucoup de Delphine...Quand rené DUMONT ett COUSTEAU sortaient leurs vérités en 1960, tout le monde s'en foutait sur le fond du probléme à part la transmission des images...RIEN N A CHANGÉ L HOMME EST DEVENBU FOU A LIER ...

bertrand | 04 juillet 2013 à 13h10
 
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Bravo à Delphine , qui a osé dire tout haut ce que nous pensions tout bas. Son Successeur ne sera pas viré, étant dans la ligne droite de ce Gouvernement que les Français ,hélas, ont choisi! Tu suis Moi Président ou tu sera viré! Pauvre France;

arthur | 04 juillet 2013 à 18h16
 
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Une fois de plus on constate que tous nos dirigeants tombent dans le piège du profit immédiat qui nous a conduit à la crise de 2008 . Gouverner c"est prévoir mais pas à cour terme . Nous avons une chance de nous démarquer et de lutter contre le dirigisme des grandes puissances qui veulent nous imposer une politique économique qui leur profite . Le développement rapide des énergies renouvelables aurait permis , à la France, de combler sa dette et d"accroitre sont indépendance économique, sans parler des emplois créés .

gesc67 | 04 juillet 2013 à 18h40
 
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Vue le dernier score de l'écologie au Présidentiel de 2012 ! Pour certain Français, l'écologie sa commence à bien faire !

Les mauvaises langues diront que c’est la faute des verts !

Eau Pure | 04 juillet 2013 à 23h24
 
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Ce n'est pas à la taille de son budget que l'on mesure la grandeur de l'action d'un ministère. Cet indicateur est franchement mauvais quand on voit que les attributions de ce ministère ont été largement remaniées. De plus, les sommes engagées en consulting par ce ministère méritent sérieusement d'être réévaluées à l'aune de leur efficacité. Me viennent immédiatement à l'esprit les âneries ADEME/AFNOR à propos de l'étiquetage environnemental des produits de grande consommation, les exigences sociétales comme les bilans GES (compiler des données qui ont déjà été transmises à l'administration) qui relèvent davantage de l'agitation que de l'action...

Albatros | 05 juillet 2013 à 09h47
 
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