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Emballages : les premiers bénéfices de la concurrence entre éco-organismes suspendu à l'avenir de Léko

La situation financière de Léko est délicate. Il demande le soutien des metteurs sur le marché d'emballages. Les premiers bénéfices de la mise en concurrence d'Eco-Emballages sont suspendus à l'avenir du nouvel entrant.

Déchets  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Le 3 août, Léko a annoncé suspendre provisoirement ses opérations, faute de moyens financiers suffisants. "Les ressources nécessaires au développement de Léko n'ont pu être rassemblées à ce jour", explique l'éco-organisme de la filière de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les emballages ménagers. Agréé en mai dernier, Léko ambitionne de concurrencer Eco-Emballages qui règne en maître depuis 25 ans sur un marché de quelque 700 millions d'euros d'éco-contributions par an. Les premiers effets bénéfiques de la fin du monopole sont ressentis par les parties prenantes, mais ils pourraient être remis en cause si Léko ne parvient pas à réunir les fonds nécessaires à son développement.

Les metteurs sur le marché doivent s'engager rapidement

Jusqu'à maintenant, les activités de Léko ont été financées intégralement par les investissements financiers et humains des actionnaires fondateurs, explique l'entreprise créée en octobre 2016. Mais aujourd'hui, ses actionnaires s'impatientent : le conseil d'administration "[appelle] jusqu'au 8 septembre 2017 tous les metteurs sur le marché qui souhaiteraient permettre à cette alternative d'exister à nous soutenir financièrement". Ceux-ci peuvent verser une avance d'éco-contributions et/ou participer au capital. Léko veut "réunir de toute urgence les fonds nécessaires", car actuellement, il "ne saurait être en mesure de conduire ses missions dans de bonnes conditions".

Les actionnaires de Léko devraient se réunir mi-septembre pour réévaluer la situation et prendre une décision définitive, explique Mickael Martin, directeur général de Léko, contacté par Actu-Environnement. Si le projet devait tourner court, les actionnaires auraient investi à fonds perdus.

Initialement, l'entreprise escomptait que, dans la foulée de son agrément en mai dernier, les avances d'éco-contributions affluent. Lors de sa création, l'entreprise annonçait être soutenue par 650 entreprises, représentant 135 millions d'euros d'équivalent éco-contributions emballages, soit 20% du marché. Combien d'entreprises ont concrétisé leur intérêt pour le projet ? Trop peu, semble-t-il, même si "l'enthousiasme des metteurs sur le marché est là", indique Steve Lawson, le président de Léko.

Premiers bénéfices de la concurrence

L'enjeu est clairement posé par l'éco-organisme : "Si les metteurs sur le marché (…) souhaitent avoir une véritable concurrence, c'est le moment pour eux de se mobiliser." Pour autant, les difficultés de Léko traduisent l'attentisme des metteurs sur le marché. "Le succès de Léko tiendra dans sa capacité à se différencier positivement auprès des metteurs sur le marché et des collectivités", résume le délégué général d'Amorce. En toute logique, les acteurs attendent une offre intéressante et ferme pour s'engager. Pour se distinguer d'Eco-Emballages, Léko mise essentiellement sur la simplification des déclarations et outils et sur la qualité de la relation avec l'éco-organisme.

Mais Eco-Emballages a réagi et pris en compte cette stratégie de différenciation. La plupart des acteurs constatent qu'il a abandonné certaines postures propres aux monopoles : il fait preuve de plus d'ouverture et de capacité de dialogue. "On salue ces premières avancées", se félicite Nicolas Garnier, délégué général d'Amorce, qui est favorable à la concurrence et en attend d'autres améliorations. Mais l'annonce de Léko jette le trouble. S'il devait renoncer, les premiers bénéfices pourraient être rapidement perdus, d'autant que la fusion entre Eco-Emballages et Ecofolio (l'unique éco-organisme en charge de la REP papiers) laisserait les parties prenantes face à un éco-organisme plus puissant que jamais. C'est d'ailleurs "probablement l'argument le plus fort en faveur de Léko", estime Mickael Martin, jugeant que "la présence de Léko est favorable à tous les acteurs, même les clients d'Eco-Emballages".

La longue validation du barème amont

L'offre de Léko a aussi pâti des délais de validation, par les pouvoirs publics, du barème amont qui encadre les éco-contributions. "La suspension des activités de Léko n'est pas claire", estime Bertrand Bohain, délégué général du Cercle national du recyclage (CNR), qui avance une hypothèse : cet appel pourrait être destiné aux pouvoirs publics afin d'accélérer la validation du barème amont et lever ainsi l'incertitude qui pèse sur le montant des éco-contributions de ses futurs clients.

En avril et en juillet derniers, l'Etat a révisé par deux fois le cadre règlementaire du barème amont des éco-organismes, en modifiant les critères de l'éco-modulation, c'est-à-dire les bonus et les malus applicables aux emballages en fonction de leurs caractéristiques environnementales. Depuis, la définition des emballages recyclables et les critères d'application des bonus pour la réduction à la source ou l'amélioration de leur recyclabilité laissent peu de marge d'interprétation. "Il s'agit de détails qui n'en sont pas", explique Mickael Martin qui confirme que son entreprise a du à chaque fois revoir son offre. Cela a donné lieu à des "échanges précis et longs" avec l'administration, indique-t-il, ajoutant avoir reçu "tout récemment" la validation définitive des ministères concernés. Dorénavant, Léko a levé les dernières incertitudes qui entouraient son offre. Mais près de quatre mois ont été perdus avant d'y parvenir…

Léko évoque peu l'aspect financier de son offre. Toutefois, le montant des éco-contributions pèse dans le choix des metteurs sur le marché, surtout lorsqu'il s'agit pour eux de rompre leur contrat avec un éco-organisme avec qui ils travaillent depuis 25 ans. D'autant que, autre effet de la concurrence, Eco-Emballages a accordé une légère baisse des éco-contributions en puisant dans ses réserves. Léko comptait-il se distinguer d'Eco-Emballages en proposant des éco-contributions plus attractives, notamment grâce aux marges de manœuvre offertes par l'éco-modulation ? Il ne l'a jamais évoqué dans sa communication. Mais Mickael Martin admet que la concurrence ne se jouera pas sur ce point, la différence de prix devrait atteindre au maximum quelques pourcents.

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