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“ Une opération d'isolation thermique sur dix intègre désormais un isolant biosourcé ”

Florian Rollin, co-fondateur de la société de conseil Karibati, dresse l'état des lieux de la filière française des matériaux biosourcés pour le bâtiment. Une filière en plein essor sur le marché de l'isolation thermique et des constructions bas carbone.

Interview  |  Bâtiment  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
   
“ Une opération d'isolation thermique sur dix intègre désormais un isolant biosourcé ”
Florian Rollin
Co-fondateur de la société de conseil Karibati spécialiste des matériaux biosourcés
   

Actu-Environnement : Quels types de matériaux biosourcés sont aujourd'hui les plus utilisés en rénovation et en construction ?

Florian Rollin : Depuis ces six dernières années, la filière française s'est développée, bénéficiant d'un effort des pouvoirs publics et d'une structuration des acteurs. Les matériaux et produits biosourcés se retrouvent aujourd'hui dans la grande majorité des familles de produits de construction. Une opération d'isolation thermique sur dix intègre désormais un isolant biosourcé. Cette part concerne essentiellement le marché de l'isolation thermique par l'intérieur (ITI). Il s'agit d'une large gamme d'isolants, fabriqués à partir de fibre végétale ou de laine, de ouate de cellulose ou de bois, de chanvre, de coton recyclé. Ils sont utilisés en panneaux semi-rigides, en rouleaux ou en vrac.  On recense également des produits en aménagement intérieur - peinture, linoleum, revêtements de mur, baffles acoustiques, etc.-  moins souvent présents dans les opérations.

Concernant l'isolation thermique par l'extérieur (ITE), quelques solutions biosourcées ont récemment mené leur évaluation technique permettant de garantir l'assurabilité de ces produits sur ce marché. Cela va faciliter leur intégration.

En gros œuvre, il s'agit principalement du bois d'œuvre pour les éléments de charpente et la construction ossature bois, les bétons végétaux et la paille pour la construction en bottes de paille qui assurent le rôle d'isolation répartie. En construction, la structure bois représente notamment plus de 10% des parts de marché de la maison individuelle.

AE : Comment se porte la filière ? Son chiffre d'affaires ? Son nombre d'emplois ?

FR : Les filières biosourcées génèrent des emplois sur les sites de fabrication mais aussi à l'aval par la mise en œuvre des produits, ainsi qu'à l'amont via les entreprises des secteurs de l'agriculture, du recyclage ou de la sylviculture qui fournissent les matières premières issues de la biomasse végétale ou animale.

Les filières ont permis depuis plusieurs années la création de plusieurs sites de production industriels : lignes de broyage ou de défibrage de matières végétales, de production pour les isolants semi-rigides et rigides, de préfabrication de systèmes constructifs, etc.

Le secteur regroupe beaucoup de TPE/PME présentes sur tout le territoire français, permettant de privilégier des approvisionnements locaux : bois, paille de céréales, chanvre, roseau, lin, laine naturelle, riz, etc. Selon l'Ademe, 230.000 tonnes de biomasse sont produites en France par an et valorisées dans des matériaux pour le bâtiment. Soit seulement 1% de la biomasse totale produite.

En 2016, deux grands groupes français ont par ailleurs fait leur entrée sur le marché de l'isolation à base de fibres de bois : Saint-Gobain qui a racheté la société française Isonat ainsi que Soprema qui a acquis l'entreprise suisse Pavatex. Sur les cinq dernières années, on estime à 4.000 le nombre d'emplois directs et indirects créés par les filières, et à 150 millions d'euros le montant des investissements sur les territoires. Ces investissements proviennent surtout des fabricants d'isolants. Les principales filières biosourcées affichent environ 10% de croissance annuelle en volume.

AE : En juin 2017, Karibati a lancé le premier label "Produit Biosourcé" pour garantir la teneur en biomasse des produits de construction. Quels sont ses critères d'obtention ?

FR : Ce label, porté par Karibati, vise à lutter contre le "greenwashing" de certains fabricants en intégrant un pourcentage minimum de matières premières issues de la biomasse en fonction des produits. Il est de 70% pour les isolants semi-rigides par exemple. Sur les bétons biosourcés, ce taux va actuellement de 30 à 50% pour les meilleurs produits. Une première dizaine de produits devrait être labellisés d'ici cet été.

AE : Comment l'utilisation de matériaux biosourcés joue sur la performance environnementale des bâtiments ?

FR : Karibati participe au projet de recherche "PEBIOS" (Performance Environnementale des bâtiments BIOSourcés), coordonné par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), depuis fin 2015. Ce projet permet de compléter les données environnementales existantes sur les matériaux biosourcés afin de permettre une meilleure évaluation de leur impact à l'échelle du bâtiment.

Il y a un vrai travail qui a été engagé par les filières biosourcées pour renseigner les fiches de déclarations environnementales et sanitaires (FDES) des produits disponibles au sein de la base de données Inies, pour réaliser des bâtiments bas carbone. Nous développons actuellement un outil paramétrable permettant d'adapter les FDES des produits en fonction de leur épaisseur ou de leur dosage.

L'objectif est de valoriser leurs atouts dans la réglementation Energie+Carbone- (E+ C-) car les matériaux biosourcés, en intégrant de la biomasse, permettent  de stocker le carbone. Le projet "PEBIOS" doit servir à alimenter les logiciels de calculs d'analyse de cycle de vie (ACV) des bâtiments compatibles avec E+ C-. Les FDES, disponibles sur la base Inies, ont aussi démontré que les matériaux biosourcés demandent moins d'énergie pour leur fabrication.Les matières végétales ou animales nécessitent généralement une première étape de traitement mécanique, bien moins énergivore que pour la plupart des matières minérales ou fossiles. On estime que 347 gigawattheures (GWh) d'énergie de fabrication sont ainsi économisés par an, soit la production annuelle d'une centrale à charbon.

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