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Incendies : un changement d'air ?

Pins d'Alep, chenaies, cistes, reptiles et petits mammifères, les espèces tuées sont nombreuses après le passage des feux qui ravagent le sud de la France et la Corse. Pour autant, l'impact des incendies n'est pas toujours celui qu'on croit.

Biodiversité  |    |  Marie Jo SaderActu-Environnement.com

Une période de sècheresse combinée à des épisodes venteux, le cocktail redoutable pour le déclenchement d'incendies surprenants, dévastateurs et incontrôlables. Le sud de la France et la Corse peuvent en témoigner avec 110 feux pour 11.850 hectares parcourus selon un bilan provisoire fourni par l'Office national des forêts (ONF) à la date du 31 juillet. Ces incendies sont majoritairement attribués à des comportements négligents ou à de la malveillance, en somme à des actions humaines. Une situation qui a poussé les pompiers corses a adresser une lettre ouverte aux citoyens et aux incendiaires dans laquelle ils expriment leur épuisement et leur surexposition humaine et matérielle face à des incendies dont la vitesse de propagation dépasserait toute référence. "Nous ne sommes plus dans des conditions de lutte normales", avertissent-ils. La raréfaction de l'eau, le débroussaillement lacunaire autour des maisons, pourtant nécessaire afin de diminuer le volume de végétation combustible et réduire l'intensité du feu, ainsi que le manque de moyens aériens sont des facteurs qui aggravent la situation, d'après les pompiers.

Pour Michel Delaugerre, chargé de mission au Conservatoire du littoral en Corse, ce cri d'alarme est inédit : "on entre dans une nouvelle époque, celle du changement climatique". Au milieu des années 1990, les incendies avaient en effet diminué sur le littoral méditerranéen et la Corse grâce notamment à l'arrêt des feux agricoles et pastoraux très pratiqués dans cette région et le renforcement des politiques de lutte et de prévention. A présent, avec la hausse des températures et les épisodes de sècheresse combinés, la moindre étincelle sur une pierre peut s'embraser et générer des feux plus grands et plus intenses qu'auparavant, d'après Michel Delaugerre, qui observe que les incendies ne ravagent plus essentiellement les maquis du littoral mais aussi les forêts qui sont plus en hauteur. Et la tendance ne va pas en s'améliorant car la région méditerranéenne subit le changement climatique de façon plus rapide et plus importante que les autres régions avec une diminution de la pluviométrie de 20 à 30% prévue d'ici à 2100 et une augmentation de la fréquence des grandes sécheresses.

La catastrophe écologique c'est la répétition du feu au même endroit

Difficile de ne pas constater l'impact des incendies sur la biodiversité face au paysage calciné du site classé de La-Croix-Valmer dans le Var, réputé pour ses pins parasols centenaires, où près de 500 hectares ont été ravagés. Les pins d'Alep, espèce également emblématique de la région, sont généralement les principaux touchés en raison de leur forte inflammabilité. Les conséquences sur la flore sont d'autant plus fortes que les feux passent plus longtemps, jusqu'à détruire tout sur leur passage. Ces pertes ne peuvent être compensées et il faut généralement attendre que les écosystèmes se reconstituent à condition que les sols tiennent en place. En l'absence de couvert végétal, le sol est en effet fragilisé, avec des risques accrus de glissement de terrain si des pluies torrentielles succèdent à la saison estivale. La faune est elle aussi affectée bien que les décomptes précis soient difficiles à établir. Selon l'ONF, tous les animaux brûlent au passage des feux hormis les gros mammifères comme les sangliers ainsi que les oiseaux. Ce sont généralement les espèces qui se déplacent lentement qui paient le prix le plus élevé. C'est le cas des hérissons et des tortues d'Hermann, une espèce protégée et menacée d'extinction qui peuple la plaine des Maures. Selon le Conservatoire du littoral, 30 à 40% de sa population disparaît au moment d'un incendie normal, tandis qu'elle est entièrement décimée si le feu dure plusieurs jours.

Pour autant, il est rare de constater des disparitions d'espèces. "Le passage du feu n'est pas une catastrophe écologique, c'est sa répétition au même endroit qui l'est", nous affirme Bernard Prevosto, ingénieur à l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea). Une perte de diversité biologique pourrait survenir si les incendies avaient lieu très régulièrement, mais lorsque les feux passent tous les 40 à 50 ans il n'y aurait pas d'incidences irréversibles car la végétation a le temps de se régénérer. "On a tendance à dire que la végétation méditerranéenne est fragile alors que c'est exactement l'inverse. Elle est le fruit d'une longue co-évolution avec le feu et avec la sécheresse. Elle est donc extrêmement adaptée", affirme le chercheur. En témoignent les espèces qui se régénèrent par graines comme le romarin, le ciste et le pin d'Alep. "Le pin d'Alep est une espèce extraordinaire. Après le passage du feu il va produire des cônes qui s'ouvrent pendant l'été et libèrent des graines, donnant à cet arbre une formidable capacité d'expansion. En 150 ans les pins d'Alep sont passés de 50.000 hectares à 250.000 !".

Paradoxes du feu

Contre toute attente, le feu peut également être un facteur d'accroissement de la biodiversité. Son passage ouvre le milieu à une diversité végétale de type maquis qui va servir d'habitat pour la faune. Paradoxalement, la tortue d'Hermann, si vulnérable face aux incendies, tire bénéfice d'une telle transformation car celle-ci est tout autant inféodée au milieu forestier qu'aux paysages en mosaïques composés d'arbustes divers et variés.

"Le feu est un bon serviteur mais un mauvais maître". De l'avis de nombreux scientifiques, ce proverbe finlandais en résume bien le paradoxe. La maîtrise des incendies fait l'objet de plusieurs politiques de par le monde. Si au Canada on opte souvent pour le laisser faire (let it burn), consistant à laisser les feux se consumer, en Europe la même option semble impossible de par la proximité des habitations. Les zones d'interfaces forêt-habitat étant trop limitées, l'impératif sécuritaire ne permet pas de telles mesures. Toutefois, les pompiers français commencent à pratiquer le contre-feu ou "feu-tactique" qui consiste à limiter l'extension latérale des incendies en brûlant volontairement la végétation qui lui sert de combustible. Très répandue en Australie et plus récente en France, la technique du "prescribed fire" ou feux dirigés, permet elle de réduire l'étendue des incendies en brûlant de manière préventive les broussailles responsables des feux et ce en dehors des saisons à risques. Selon Jean-Luc Dupuy, chercheur à l'Institut national de recherche agronomique (INRA), cette pratique fait polémique en Australie. Pratiquée à long terme, elle pourrait appauvrir la biodiversité en court-circuitant le temps de régénération des sols.

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