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Le marché du traitement des sols pollués sera moins dynamique que prévu

Le groupe Xerfi, spécialiste des études sectorielles, estime que le marché du traitement des sols pollués ne devrait pas atteindre le maximum des 7% de croissance par an prévu entre 2015 et 2020. Retour sur leurs prévisions.

Risques  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com

"Malgré un contexte très favorable, nous nous attendons à une croissance [du marché du traitement des sols pollués] dans la fourchette basse du ministère, voire inférieure à court terme", estime dans une étude le groupe Xerfi, spécialisé dans les études économiques sectorielles.

 
Un contexte positif Le contexte s'avère néanmoins plutôt positif pour le marché de la dépollution de sites industriels. Xerfi souligne la volonté de limiter l'étalement urbain, les perspectives d'activité dans la construction, l'existence de nombreuses friches liées à la désindustrialisation, le soutien financier de l'Ademe et enfin l'évolution favorable de la réglementation avec le dispositif de tiers demandeur. Xerfi met également en avant deux leviers : l'amélioration du recensement des sites pollués avec le dispositif des secteurs d'information sur les sols (contesté par certains) mais également les besoins en foncier pour construire des installations EnR.
 
Tous les cinq ans, la Direction générale des entreprises (DGE) du ministère de l'Economie recense les technologies les plus prometteuses. En 2016, elle avait notamment identifié comme tel le secteur du traitement des sols pollués et le recyclage des métaux critiques. Selon l'étude alors réalisée, le chiffre d'affaires du secteur devait progresser de 4 à 7% par an entre 2015 et 2020 grâce à la loi Alur de mars 2014 et les marchés "prometteurs" de la gestion des boues de curage et de dragage.

Une situation hétérogène selon les acteurs

Toutefois, selon le groupe Xerfi, le secteur se caractériserait par une hétérogénéité selon le positionnement, la taille et le type de certification des acteurs. Il prévoit un développement à deux vitesses de ce dernier. Xerfi estime en effet qu'après la baisse du chiffre d'affaires constatée des PME de son panel (-3% en 2015 et -1% en 2016), ce dernier devrait augmenter de l'ordre de 2% par an en 2017-2018. Dans le même temps, celui des entreprises adhérentes de l'Union des professionnels de la dépollution des sites (UPDS) - majoritairement des filiales de grands groupes – progressera mais dans une proportion double (4%).

Selon l'institut d'études, plusieurs éléments peuvent expliquer l'hétérogénéité de la situation. Tout d'abord, les relations entre sous-traitants et maîtres d'œuvre sont déséquilibrées. "Bon nombre de PME agissent comme prestataires pour le compte des leaders de la profession - près d'un quart de l'activité de dépollution des sols et des eaux - est réalisé en sous-traitance, pointe-t-il. Les bureaux d'études indépendants doivent répondre à des cahiers des charges de plus en plus stricts et subissent de fortes pressions, à la fois en termes de prix, de délais et de qualité des prestations."

Pour Xerfi, la certification LNE SSP des métiers des sites et sols pollués constitue un obstacle pour les plus petits acteurs. Ainsi, 54 entreprises - essentiellement des adhérents de l'UPDS - auraient obtenu en mai 2017 l'habilitation LNE SSP.

 
Les bureaux d'études indépendants doivent répondre à des cahiers des charges de plus en plus stricts et subissent de fortes pressions, à la fois en termes de prix, de délais et de qualité des prestations.  
Xerfi
 
Autre tendance constatée par Xerfi : une chute des efforts d'investissements des PME du secteur de 30% entre 2012 et 2016.

Arrivée de nouveaux maîtres d'œuvre ?

Il considère également que la structure des acteurs présents sur le marché pourrait se remodeler. "Le marché de la dépollution attise les convoitises et, avec le statut de tiers demandeur, certains donneurs d'ordres habituels tels que des collectivités, des aménageurs ou des promoteurs pourraient vouloir se positionner aussi comme maîtres d'oeuvre des projets de réhabilitation, projette Xerfi. Parmi les trois demandes de tiers demandeur validées par arrêté préfectoral, l'une concerne d'ailleurs un développeur (Brownfields) et une autre un organisme public (l'établissement public d'aménagement de Saint-Etienne)."

Cette concurrence s'ajouterait à celle des administrations qui captent d'ordinaire environ 30% de l'activité sectorielle (études et travaux de dépollution des sols et des eaux). "Bon nombre de grandes collectivités ont développé leurs propres services d'ingénierie et disposent de personnels qualifiés pour réaliser certaines prestations techniques", pointe Xerfi.

Les groupes de BTP et de services environnementaux en position de force

Deux types d'acteurs pourraient toutefois tirer leur épingle du jeu : les groupes de BTP et de services environnementaux. Parmi leurs atouts : leurs plateformes multimodales de traitement des terres leur permettent une grande rapidité d'exécution et une capacité importante de traitement, le transfert de la responsabilité des terres excavées et la fixité d'un prix connu à l'avance. "Les premiers (Bouygues, Eiffage, Vinci) disposent de capacités financières importantes et bénéficieront du statut de tiers demandeur grâce à leur connaissance historique du marché immobilier, précise Xerfi. Les seconds (Veolia, Suez) sont bien présents sur la chaîne de valeur, avec des filiales leaders sur certains segments comme la dépollution pyrotechnique."

Dans le même temps, Xefi pointe des mouvements de rachat qui consolident la position des grands groupes. Ainsi, Vinci a acquis en avril 2017 les sociétés Prestosid (travaux de démantèlement et désamiantage en milieu industriel) et Benedetti-Gulpa (travaux publics et désamiantage). Autres exemples : Antea Group et Ginger CEBTP ont repris respectivement IRH Environnement et Burgeap en 2016.

"S'ils ne disposent pas de la même force de frappe, les spécialistes de la dépollution ont aussi des arguments à faire valoir, en particulier leur expertise technique et leur degré élevé de flexibilité, note Xerfi. Mais ils doivent optimiser leurs offres, notamment dans les phytotechnologies, pour détenir le lead technologique, et doivent davantage tirer parti d'autres outils juridiques, comme la fiducie." Cette technique juridique de droit privé permet le transfert temporaire de la propriété d'un site. Les spécialistes pourraient alors procéder à la remise en état du site et le restituer au propriétaire initial. Combiné à un statut de tiers demandeur, ils peuvent également l'adapter à un usage futur et le revendre à un aménageur ou à un promoteur.

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