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Métaux stratégiques : la France a les atouts pour créer les filières de recyclage

Le Comité pour les métaux stratégiques analyse, dans une note, les enjeux du recyclage des métaux critiques pour la transition énergétique et numérique. Le tissu industriel français et des efforts de R&D permettront de créer les filières.

Déchets  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Les transitions numérique et énergétique sont gourmandes en métaux stratégiques. Cette demande en croissance s'inscrit "dans un contexte où la consommation mondiale des ressources doublerait entre 2010 et 2030 (…) tirée par la demande asiatique et essentiellement chinoise". Le Comité pour les métaux stratégiques (Comes) recommande donc, dans une note, de soutenir le développement de filières de recyclage. Les métaux critiques contenus dans les cartes électroniques, les écrans plats, les aimants, les piles, les batteries, etc. sont encore peu valorisés en France. Pourtant, le tissu industriel et les compétences existent pour le faire.

"La valorisation de ces "matières premières secondaires" permet non seulement de réduire la consommation de métaux primaires, d'assurer une partie de la sécurité de l'approvisionnement en matières premières de l'industrie européenne, de diminuer les quantités de déchets ultimes à stocker, mais aussi de diminuer la consommation d'énergie - puisque la production de métal à partir de matières recyclées est généralement moins énergivore que la transformation du minerai", souligne le Comes.

Pour rappel, la Commission européenne a identifié, en 2017, 27 matériaux critiques pour les Etats membres.

Doubler le recyclage des cartes électroniques d'ici 2020

Les déchets électroniques (DEEE) représentent de 17 à 24 kilogrammes par personne et par an en France et ils contiennent une quantité de métaux stratégiques. Or, les cartes électroniques, notamment, sont peu valorisées sur le territoire français. "Le gisement est estimé à 25.000 tonnes dont seulement 12.600 sont traitées, ce qui fait perdre quatre tonnes d'or pour un manque à gagner de 120 millions d'euros", indique la note. L'Etat a investi 100 M€ ces dernières années pour soutenir le développement de plusieurs PME (Terra Nova Développement, Morphosis, Valorema, Bigarren Bizi), qui pourraient, grâce à des technologies de rupture, capter ces gisements, les traiter localement et commercialiser les matières. "D'ici 2020, les installations françaises pourraient être à même de doubler le tonnage de cartes électroniques traité annuellement, pour un chiffre d'affaires supérieur à 200 millions d'euros". Mais le Comes préconise auparavant de sécuriser les brevets technologiques "afin de garantir que le savoir-faire acquis restera français".

Indium et antimoine : accompagner le tissu industriel existant

La France doit également accompagner les efforts de R&D en matière de séparation et d'extraction de l'indium contenu dans les téléviseurs et de traitement des plastiques bromés, estime le Comes. "L'usine Nyrstar d'Auby [Nord] offre l'opportunité d'envisager une filière de recyclage de l'indium contenu dans les écrans plats en France, grâce [à son] savoir-faire spécifique, qui produit de l'indium de très haute pureté à partir de co-produits issus de certains traitements d'extraction du zinc". Mais cette activité dépend du cours de la matière première et de la possibilité de valoriser des sous-produits, analyse le Comes.

Par ailleurs, "la France est l'un des rares pays européens à disposer de capacités de raffinage d'antimoine grâce aux installations industrielles du groupe AMG (SICA France, PCDL Lucette). Aujourd'hui le minerai et les composés d'antimoine sont importés majoritairement de Chine". Ce métal a le niveau de réserve le plus bas par rapport à la consommation actuelle, avec un horizon de dix ans seulement. En traitant les plastiques bromés, grâce à des procédés innovants, il est possible de récupérer le brome et de produire de l'antimoine pur, indique le Comes.

Créer une filière de recyclage des aimants

Les aimants, utilisés dans les équipements électroniques, les turbines des éoliennes ou les moteurs électriques contiennent eux aussi des métaux critiques (cobalt, nickel, néodyme, praséodyme, dysprosium, terbium). "Actuellement, faute d'acteurs français sur le recyclage des aimants, des gisements conséquents sont susceptibles d'être exportés, notamment vers des installations mettant en œuvre des procédés de recyclage à petite échelle". Pour éviter de dépendre quasi-totalement de la Chine pour la production de ces aimants et l'approvisionnement en terres rares, le Comes préconise "de soutenir les voies de valorisation les plus disruptives afin de permettre une relocalisation de certaines activités de recyclage au plus près des gisements de déchet". Plusieurs projets de R&D sont menés en France par Recval-HPM et Extrade, pour extraire des aimants les terres rares, le nickel, le cobalt. Pour soutenir le développement d'une filière de traitement, le Comes conseille d'identifier les gisements afin d'assurer un flux d'aimants suffisant pour permettre une rentabilité de l'opération. "L'opportunité du développement d'une installation de remanufacturing d'aimants permanents devra être évaluée, en particulier au regard de l'évolution envisagée des technologies d'aimants", ajoute-t-il.

Créer une filière de lithium secondaire

Autre gisement important : les piles et accumulateurs. "Etant des concentrés de métaux, les piles, batteries et les accumulateurs représentent réellement une mine urbaine. Le recyclage de ceux-ci doit être un axe prioritaire d'autant que la France dispose d'installations industrielles parmi les plus performantes au monde (Valdi, SNAM, Veolia (SARP Industries), Récupyl…)", souligne le Comes. Les acteurs de la filière REP piles et accumulateurs doivent poursuivre leurs efforts pour augmenter les taux de collecte et investir dans la R&D pour anticiper les flux à venir.

Le recyclage des batteries est également un enjeu essentiel pour permettre l'émergence d'une offre industrielle française et européenne en matière de batteries, analyse le Comes. La France pourrait s'appuyer sur des acteurs comme Eramet ou Veolia pour créer une filière de lithium secondaire.

"Les batteries Nickel-Métal Hydrure (NiMH) contiennent, selon les technologies, environ 24% de nickel, et de faibles quantités de cobalt (2 à 3%) et de terres rares (en moyenne 4%, en majorité néodyme, praséodyme, lantane, cérium). Au regard des 3.692 tonnes d'accumulateurs NiMH mis sur le marché en 2016 (toutes natures confondues) cela représente un gisement potentiel de 73 tonnes de cobalt, 886 tonnes de nickel et 147 tonnes de terres rares", indique-t-il. Les batteries Lithium-ion (Li-ion) contiennent quant à elles environ 10% de cobalt et 2% de lithium. "Les 14.738 tonnes d'accumulateurs Li-ion mis sur le marché en 2016 représentent donc un gisement potentiel de 1.473 tonnes de cobalt et 294 tonnes de lithium".

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