En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Quels outils pour concevoir la ville de demain ?

La crise, les évolutions techniques et les pressions sur l'environnement introduisent des incertitudes sur le visage de la ville de demain et nécessitent une nouvelle façon de la concevoir. Zoom sur les nouveaux outils et leviers.

Aménagement  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Environnement & Technique N°346 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°346
[ Plus d'info sur ce numéro | S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]

"Les outils classiques de la fabrique urbaine sont dépassés, a constaté Isabelle Baraud-Serfaty, fondatrice d'Ibicity, structure de conseil et expertise en économie urbaine, lors des entretiens du Cerema, mercredi 4 février. Les ressources environnementales et financières ainsi que la révolution numérique supposent une meilleure prise en compte de l'aval, une capacité à concevoir des projets évolutifs pour prendre en compte l'incertitude et permettre une approche plus intégrée". Alors que les contrats pour ce qui concerne la commande publique s'étalent sur des durées très longues, les usages et technologies évoluent en effet très rapidement. La construction de modèles économiques s'avère alors un exercice difficile.

Devant les nouveaux enjeux fonciers, financiers et opérationnels, la fabrique de la ville tend de plus en plus vers une coproduction. "La nécessaire mutualisation des ressources impose de penser simultanément des échelles différentes, celle du quartier et du bâtiment, précise Isabelle Baraud-Serfaty. Normalement, à l'échelle du quartier, l'interlocuteur est plutôt l'aménageur et pour le bâtiment, le promoteur… Pour articuler les deux, les deux acteurs doivent se mettre autour de la table… Il y a un changement culturel à mener".

L'aménagement réalisé de manière séquentielle est ainsi remis en cause. De nouvelles pratiques et relations s'établissent entre aménageurs, promoteurs, investisseurs, collectivités et utilisateurs. Un aménageur peut alors passer dans une logique d'exploitation de service, par exemple à travers les panneaux photovoltaïques. "Nous sommes hors des outils juridiques classiques", constate Isabelle Baraud-Serfaty. Selon la consultante, dans la chaîne de valeur de construction de la ville de nouvelles étapes s'ajoutent, comme par exemple le financement participatif, l'éclairage intelligent ou les problématiques liées aux systèmes des bâtiments intelligents.

Inventer de nouveaux modes de production

"Nous sommes dans un système d'acteurs qui doivent inventer de nouveaux modes de production et déterminer comment maîtriser à titre individuel la création de valeur", souligne-t-elle. Ivry-Confluences, Docks Saint-Ouen, macro-lots de la zone du trapèze de Boulogne-Billancourt, etc. différents grands projets ont désormais adopté ces nouveaux concepts. "Nous nous rendons compte que les zones d'aménagements concertés (ZAC) ne sont plus forcément celles qui portent la production, précise Claude Bertolino, directrice générale de 
l'Etablissement public foncier Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il y a encore des ZAC mais une autre voie est en train de se développer… Des outils comme le projet urbain partenarial, une coconstruction public-privé ou le contrat de coopération où nous pouvons « intéresser » le propriétaire du projet en même temps qu'un bâtisseur ou intervenant sur le site".

Lors des entretiens du Cerema, des retours d'expérience de différents outils utilisés dans de nouvelles approches de la conception ont été présentés. Le Grand Poitiers a ainsi fait le choix pour chaque opération de construction ou d'aménagement (hors concessions) de mettre en place une charte d'engagement, signée par le porteur de projet, Grand Poitiers et la commune. Sans cette charte, les permis ne sont pas accordés. "Cet urbanisme négocié est parti de la révision du plan local d'urbanisme (PLU) : un des objectifs de départ a été de poser les bases des futures négociations. Toutefois, seules les orientations pour des choix importants ont été définies, nous laissons la place aux évolutions, a expliqué Pascal Duballet, directeur du service urbanisme du Grand Poitiers. La charte garantit la mixité des opérations et un usage maîtrisé des outils de la défiscalisation". Une charte type du Grand Poitiers contient le programme de l'opération, ses caractéristiques notamment environnementales, les modalités de négociation avec les collectivités, l'association des riverains et l'accueil des premiers habitants. "Le porteur de projet doit présenter le projet aux riverains lors de rencontres individuelles, précise Pascal Duballet. Ce dispositif de négociation avec l'ensemble des acteurs permet d'éviter les contentieux".

Un plan de marchandisation pour implanter le commerce de proximité

Autre outil utilisé : le plan de marchandisation pour réimplanter le commerce de proximité dans les quartiers. "Le Grenelle de l'environnement, la loi Alur mettent en avant la ville de proximité, un accès à des services près des logements, rappelle Martine Meunier-Chabert, chargée de mission Déplacements Urbanisme au Cerema. Le plan de marchandisation adapte le plan de site pour chaque opération avec un engagement à ce que ces commerces soit intégrés dans l'opération, que les locaux restent vivants, ne se vident pas".

L'opérateur détermine le volume des mètres carrés commerciaux, organise le site et la répartition spatiale mais réalise également le lien avec l'aménagement des espaces publics. "Nous réalisons une étude de marché pour déterminer le chiffre d'affaires potentiel de chaque commerçant, et nous déterminons si nous pouvons développer telle activité et le nombre de mètres carrés, explique Philippe Marie, directeur Business Immo Gotham. La moyenne surface alimentaire joue souvent le rôle de locomotive". Ce plan passe par la signature d'une convention entre la métropole, la ville, la Sem et l'opérateur (ou investisseur).

Le contrat d'axe, un levier pour une opération intégrée

Au niveau de l'organisation des transports, le contrat d'axe peut être utilisé comme un outil de concertation et négociation. "En France, il y a différents opérateurs compétents en matière de transport dont les trois autorités organisatrice de transport - la région, le département, l'Etat – en plus des syndicats mixtes de transport, d'une part et beaucoup d'acteurs compétents en matière d'urbanisme et d'aménagement d'autre part. La question qui se pose aux syndicats de transport et aux communes est souvent comment arriver à être maître de ce qui va se faire, comment négocier avec les propriétaires, en amont avec les promoteurs et avec les organismes HLM pour obtenir la densité souhaitée, développe Martine Meunier-Chabert. Le contrat d'axe semble intéressant comme processus et permet des opérations plus intégrées".

Ainsi à Grenoble, dans le cadre du plan de déplacements urbains, une charte est venue articuler le transport et l'urbanisme : elle introduit des principes pour le transport, la densité, la qualité urbaine, l'espace public ou la concertation. Le contrat d'axe a ensuite permis de mettre en œuvre cette charte. La ligne E du tram sera le premier aménagement à en bénéficier.

"Ces expériences de contrats d'axe montrent la mise en place d'un processus de gouvernance où des acteurs qui habituellement ne se parlent pas, communiquent et rendent cohérentes les opérations", note Martine Meunier-Chabert. La Région Provence Alpes Côte d'Azur s'est également appuyée sur le contrat d'axe pour la réouverture d'une ligne TER entre Avignon et Carpentras (requalification des quartiers de gare, intégration urbaine, organisation des rabattements). Objectif affiché : limiter l'utilisation de la voiture sur ce territoire. Fin 2014, sept conventions d'application (sur les douze initialement envisagées) ont été signées avec les communes et établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) traversés. "Le contrat d'axe nécessite un portage politique et un travail de terrain conséquent, constate Laurent Garnier, du service aménagement Région PACA. Je m'interroge en tant que technicien sur les effets stabilisateurs des outils contractuels. Un accord cadre n'est pas une contrainte absolue, quand un changement de l'équipe s'opère, les priorités peuvent changer. C'est plus une politique d'encouragement".

L'opération pour relancer la construction de logements en France (et notamment l'objectif des 500.000 logements construits par an d'ici 2017) pourrait également mobiliser les outils de cette palette. "Nous avons un appel à projets transport en site propre TCSP : un certain nombre de villes sont lauréates et bénéficient de subventions de l'Etat pour la construction d'un tram, d'un métro ou d'un bus, etc., rappelle Martine Meunier-Chabert. Ce serait intéressant que l'Etat lance une animation de ce réseau pour les aider à utiliser cette démarche de gouvernance".

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager