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Des pistes pour diversifier l'approvisionnement des chaufferies bois

Alors que la France mise sur un développement du bois énergie pour verdir son mix énergétique, une meilleure mobilisation de la ressource est nécessaire. L'objectif est de diversifier les gisements, forestiers ou alternatifs.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Des pistes pour diversifier l'approvisionnement des chaufferies bois

Douze millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) de chaleur à partir de biomasse pour 2018 et 13 à 14 Mtep pour 2023, contre 10,7 Mtep fin 2014. C'est ce que prévoit le projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), soumis à consultation ce mois-ci. Selon les scénarios de l'Ademe, il serait possible d'atteindre avec la biomasse combustion 18 Mtep en 2030. A condition d'arriver à mobiliser 22 à 25 millions de tonnes de bois supplémentaires à cet horizon…

Or, l'approvisionnement en combustible bois est au cœur des préoccupations aujourd'hui. Le développement des chaufferies, soutenu par le Fonds chaleur depuis 2009, a entraîné une augmentation de la demande, accompagnée d'une hausse des prix de ce combustible. La raison : la mobilisation de la biomasse n'a pas suivi. "La récolte de bois a même plutôt tendance à diminuer, note Rémi Chabrillat, directeur Productions et énergies durables de l'Ademe. C'est dû à une météo peu favorable à l'exploitation des forêts mais aussi au fait que la filière sciage fait face à des difficultés". De premières tensions sont donc apparues au niveau local, entre les chaufferies mais aussi entre les différents usages du bois (panneau, papier, granulé).

C'est pourquoi le gouvernement a lancé, début 2015, l'appel à projets Dynamic bois, dont l'objectif était de mieux structurer la filière, mieux articuler les usages et engager une gestion durable de la forêt. 24 projets viennent d'être sélectionnés, ils pourraient aboutir à la mobilisation de 4 millions de m3 sur trois ans. Soit l'équivalent des besoins des chaufferies construites jusque-là dans le cadre du Fonds chaleur, estime l'expert de l'Ademe. Devant le succès de cet appel à projets, une nouvelle édition sera lancée début 2016.

Dynamic bois : exploiter les ressources peu sollicitées

"Si l'on veut sortir plus de bois, on doit favoriser l'exploitation de nouvelles parcelles : forêts pas entretenues, taillis, bois de petite dimension… L'exploitation de cette ressource ne rapporte pas grand chose et donc, ne permet pas de replanter après. Or, notre exigence aujourd'hui est de replanter lorsque l'on coupe", explique Rémi Chabrillat. Dynamic bois permettra justement de financer la replantation et le repeuplement des parcelles exploitées. "Nous avons ciblé des projets structurants, à une échelle pertinente. Certains territoires ont été clairement identifiés : Midi-Pyrénées et ses forêts de châtaigniers dépérissantes, la Bourgogne et ses peuplements pas entretenus, le Nord Ouest de la France et les forêts de littoral et de bocage… Dans les zones forestières historiques, comme en Lorraine par exemple, nous avons plutôt ciblé le bois issu de petites propriétés. L'idée était de favoriser les groupements".

L'exploitation de la forêt est parfois mal comprise par les citoyens. Mais l'expert insiste : une forêt pas entretenue végète et se fragilise. Une bonne exploitation et un repeuplement permettent d'accroître sa résistance. "Les énergéticiens sont arrivés dans la filière forêt bois avec leurs gros sabots. Nous devons faire comprendre que c'est utile ce que l'on fait, pour les territoires, pour la forêt… On a un vrai déficit d'image, de marketing", reconnaissait Mathieu Fleury, vice président du Comité interprofessionnel du bois-énergie (Cibe), le 10 novembre lors d'un colloque.

Gisements alternatifs : quel potentiel ?

L'appel à projets devrait fournir du bois énergie pour les trois prochaines années. Mais il faudra identifier d'autres gisements. "L'enjeu est de mobiliser des gisements durables et accessibles en toute période, avec un contenu énergétique connu et constant, compatible avec les installations", soulignait Rémi Grovel, consultant chez Forêt énergie ressource, lors du colloque du Cibe. L'Ademe va d'ailleurs présenter, le 16 décembre prochain, les résultats d'une étude sur la disponibilité en bois forestiers à horizon 2020-2025.

Outre les gisements historiques (écorces, broyat d'emballage, plaquettes de scierie, plaquettes forestières), de nouveaux gisements vont également devoir être sollicités pour sécuriser l'approvisionnement des chaufferies. "On peut augmenter les volumes avec les arbres hors forêts : agroforesterie et arbres urbains par exemple", estime Claire Puscassie de Solagro. Le compost peut également être utilisé en chaufferie, mais à des taux limités. Idem pour les déchets verts (tonte, feuilles, tailles de haie…), qui constituent cependant un gisement diffus, irrégulier et de qualité variable, tout comme l'élagage urbain.

Les déchets du bois, issus de la construction, de la production industrielle, de produits en fin de vie, d'emballages, pourraient fournir une ressource supplémentaire. Ils sont de plus en plus sollicités : "Toutes les chaufferies du dernier appel à projets Biomasse chaleur industrie agriculture tertiaire (BCIAT) ont prévu des approvisionnements de bois déchets, et jusqu'à 100% pour le plus gros projet financé cette année, situé en Normandie", souligne Rémi Chabrillat. Mais près de 21% de ces déchets sont encore enfouis aujourd'hui. Leur caractère très diffus rend difficile l'estimation, la caractérisation et la mobilisation de ce gisement. La question de la sortie du statut du déchet doit aussi être réglée.

Il faudra donc, à l'avenir, jouer sur les différentes ressources. Mais, souligne Jimmy Pennequin, responsable technique chez Biocombustibles SAS, "on ne peut pas déconnecter la chaudière du bois combustible : il faut mettre en place les installations qui correspondent aux gisements locaux. Or, aujourd'hui, nous ne disposons pas de référentiels suffisamment précis sur la compatibilité d'un combustible avec un type de chaudière".

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