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Reprise de l'usine d'alumine Alteo : quelles conséquences sur l'environnement ?

La reprise de l'usine d'alumine Alteo Gardanne par un consorsium guinéen UMSI implique à terme des changements d'activités et donc une modification des répercussions sur l'environnement. Zoom sur les questions posées par ce rachat.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Reprise de l'usine d'alumine Alteo : quelles conséquences sur l'environnement ?
Actu-Environnement Le Mensuel N°411 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°411
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Après la saga de la mise aux normes des rejets de l'usine de production d'alumine Alteo Gardanne (Bouches-du-Rhône), quels effets sur l'environnement auront les évolutions prévues pour le site industriel ? Des modifications de l'activité sont en effet à prévoir à terme suite au changement de propriétaire. Dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire ouverte en décembre 2019, le Tribunal de commerce de Marseille a finalement retenu la société UMSI pour soutenir la continuation de l'activité sur le site. Celle-ci compte comme filiale, le spécialiste de la logistique minière guinéen, United mining supply (UMS). Le choix du tribunal était ténu : sur les huit repreneurs potentiels qui se sont manifestés initialement, seul ce dernier a maintenu son offre.

Depuis son installation, Alteo est successivement passée entre les mains de Pechiney, Alcan, Rio Tinto, H.I.G Capital Europe et désormais UMSI.

Pointée du doigt pour ses rejets de boues rouges en Méditerranée, puis des rejets liquides qui nécessitaient des dérogations - car dépassant les valeurs limites d'émissions fixées réglementairement - Alteo était finalement rentrée dans les clous des normes environnementales en septembre dernier.

Cependant, un point sensible de l'usine demeure aujourd'hui : le stockage de rejets solides sur le site de Mange-Garri. Celui-ci suscite l'inquiétude des riverains notamment pour des problématiques d'envol de poussières issues des déchets ou de la gestion des eaux de ruissellement.

La suppression à terme de l'étape d'extraction de l'hydrate d'alumine

« Le soutien financier de la société UMSI en sa qualité de nouvel actionnaire de la SAS Alteo Holding devrait permettre à la SAS Alteo Gardanne de dégager une capacité d'autofinancement suffisante pour lui permettre de faire face aux engagements prévus par le plan [de redressement par continuation] », a estimé le tribunal.

Le nouvel actionnaire poursuivra l'exploitation mais prévoit un changement conséquent : l'arrêt progressif de la première partie de la chaîne de production. L'usine s'appuyait jusqu'à présent sur le procédé Bayer, pour extraire l'hydrate d'alumine du minerai de bauxite. Le nouvel actionnaire prévoit de stopper cette étape et de s'orienter vers la production d'alumine de spécialité directement à partir d'hydrate d'alumine.

Cette évolution implique des répercutions sur l'environnement dissemblables de l'activité précédente avec, à terme, un approvisionnement en matière première différent, l'arrêt de la production de résidus de bauxite liée au procédé Bayer - les fameuses « boues rouges » - et donc la fermeture à prévoir du site de Mange Garri.

La période transitoire de transformation des activités devrait durer entre 12 et 18 mois. Avec la suppression annoncée de 98 emplois.

Une importation de matière première différente

Une première crainte des parties prenantes concerne une possible « externalisation » d'une partie de la pollution dans des pays où la règlementation sur les industriels s'avère moins contraignante. « Quand c'est possible nous préférons que les activités industrielles se maintiennent sur le territoire national, en faisant pression sur l'industriel pour qu'il mette aux normes ses rejets, indique Pierre Aplincourt, vice-président du parc national des Calanques et membre de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d'Azur. Sinon, nous risquons d'importer des produits dont les conditions de production ne sont pas celles que nous pouvons obtenir en Europe ». Un avis que partage François-Michel Lambert, député Libertés et territoires des Bouches-du-Rhône. « Cette pollution qui avait disparu par des innovations techniques, les progrès à venir, va maintenant réapparaitre en Afrique : ce n'est pas mon idée de l'écologie, indique-t-il. Quant à notre souveraineté, nous perdons la maîtrise de la production d'alumines de spécialité, demain nous le regretterons amèrement ».

Méfiante, l'association Union Calanque Littoral estime quant à elle que « la transition de 12 à 18 mois devrait permettre à UMSI de terminer son usine d'alumine en Guinée ».

L'industriel se défend d'un report de pollution en Afrique. « Aujourd'hui nous nous approvisionnons en bauxite depuis la Guinée, précise Frédéric Ramé, alors président d'Alteo lors de notre entretien. Demain avec la modification du procédé industriel qui est considérée, le produit intermédiaire que nous achèterons sera de l'hydrate d'alumine. Il n'est pas prévu qu'il vienne de Guinée car il n'y en a pas de disponible aujourd'hui. Seule une usine en produit un peu pour le groupe à qui elle appartient ». Ce dernier assure que l'appel d'offres ensuite lancé pour sécuriser l'approvisionnement en hydrate d'alumine devrait comprendre des critères sur la qualité, la disponibilité en volume, des critères économiques mais également environnementaux.

Quel devenir pour le site de Mange Garri ?

« Malgré l'arrêt de la production de résidu de bauxite, les problèmes sur Mange-Garri restent entiers : l'activité va s'interrompre mais le terril va rester, souligne Pierre Aplincourt. Il faut maintenir les mesures initiées notamment pour la gestion de l'eau de ruissellement et envisager dans un second temps des opérations de couverture, d'imperméabilisation, de végétalisation et de renaturation du terril ».

Pour l'instant rien n'est acté concernant le futur du site de Mange Garri. « Les conditions d'arrêt, de fermeture et éventuellement de réhabilitation du site de Mange Garri seront définies en concertation avec les différentes parties prenantes, à commencer par les services de l'État et les communes concernées, dans le cadre d'une déclaration de cessation d'activité », pointe Frédéric Ramé. Une certitude toutefois : pour permettre la période de transition avant l'arrêt de la production de résidus de bauxite, l'autorisation administrative d'exploiter le site de Mange-Garri sera prolongée au-delà de l'échéance de juin 2021, initialement prévue.

Un certain nombre de jalons sont également posés. « Nous allons maintenir un procédé de traitement de l'hydrate d'alumine et certain autres procédés annexes et conserver la capacité à traiter les eaux de procédé et collectées », avance Frédéric Ramé. Certains s'interrogent également - ou redoutent - une possible valorisation des déchets stockés sur le site. « À ce stade, il n'est pas prévu d'exploitation et de réutilisation des résidus », situe l'ancien président d'Alteo.

Parmi les différentes aspirations pour Mange-Garri, certains aimeraient que le site se transforme en parc solaire. « Mon projet de transition avait été présenté à Nicolas Hulot, à l'époque ministre de la Transition écologique », assure Olivier Dubuquoy, militant associatif et Europe écologie-Les Verts (EELV). L'idée d'alors était de saisir l'opportunité de l'échéance de l'autorisation d'exploitation pour engager une transformation du site.

« Cela fait partie des projets qui sont possibles, reconnaît Frédéric Ramé. Les documents d'urbanisme actuels mentionnent en tous cas que l'utilisation possible de ce site pourrait être effectivement pour des panneaux photovoltaïque ».

Quid de la canalisation de rejets en mer ?

Avec la nouvelle orientation des activités, la canalisation utilisée pour évacuer les effluents liquides en mer pourrait également ne plus être utilisée. « Entre le moment où nous arrêterons le procédé d'extraction d'hydrate d'alumine à partir de la bauxite et celui où nous fermerons, réhabiliterons le site et arrêterons la canalisation, il y a un délai technique car il faut continuer à purger des éléments et donc continuer à les traiter sur des débits importants mais après cette période de transition – nous serons en mesure d'arrêter les rejets en mer, détaille Frédéric Ramé. En lien avec une cessation d'activité partielle se pose la question du devenir des installations arrêtées, ce sujet sera regardé avec les pouvoirs publics compétents. Il n'y a pas de décision aujourd'hui ».

Quelle que soit l'option retenue, les montants à engager seront conséquents. D'un point de vue réglementaire, le code de l'environnement prévoit que les installations classées pour la protection de l'environnement à risque important de pollution doivent constituer des garanties financières. L'objectif ? Permettre d'assurer la surveillance du site et le maintien en sécurité de l'installation, les interventions en cas d'accident et la remise en état après la fermeture.

Un fonds complémentaire pour la réhabilitation ?

L'arrêté encadrant la mise en place de garanties financières pour assurer la sécurité des installations d'Alteo prévoyait en 2015 un montant de 680 457 euros TTC (valeur septembre 2014). Un renouvellement et une actualisation de ces garanties sont normalement prévus par le code de l'environnement.

« Nous demandons la mise en œuvre d'un fond permettant la réhabilitation du site en fin d'activité : usine et terril. Le fond réglementaire n'est pas suffisant, estime Pierre Aplincourt. La stratégie de l'État dans ce domaine est que le terrain qui représente une valeur pour le développement d'une activité immobilière pourra ensuite être réhabilité par les personnes qui pourront la mener ».

L'association Union Calanque Littoral rappelle quant à elle que « les conditions et modalités de remises en état des lieux « pollués », les volumes concernés nécessitent une stratégie précise et détaillée d'une remise en état. Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif en 2014, estimait le coût dans une enveloppe de 200 millions d'euros ».

Une autre « garantie » environnementale existe. Elle a été négociée entre un des anciens propriétaire Rio Tinto et l'acquéreur de l'époque H.I.G Capital Europe. « Les termes de cette garantie sont confidentiels mais son existence et son applicabilité ont été rappelés et confirmés dans le cadre du jugement du Tribunal de commerce », indique Frédéric Ramé.

En effet même si le repreneur change, Rio Tinto maintient cet accord. « La conservation de la garantie environnementale donnée par Rio Tinto est un critère d'appréciation essentiel quant à la viabilité du projet de plan de redressement », a quant à lui jugé le Tribunal de commerce.

Reste à voir les options qui seront retenues dans le cadre de la procédure de cessation partielle d'activité.

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