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Sécheresse : les scénarios de l'ONU pour les décennies à venir

La COP 15 d'Abidjan sur la désertification en appelle à un engagement mondial total en faveur de la préparation à la sécheresse. Restaurer les paysages et modifier les pratiques agricoles sont les principales issues.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
Sécheresse : les scénarios de l'ONU pour les décennies à venir

« Les faits et les chiffres de cette publication pointent tous dans la même direction : une trajectoire ascendante de la durée des sécheresses et de la gravité des impacts, affectant non seulement les sociétés humaines mais aussi les systèmes écologiques dont dépend la survie de toute vie, y compris celle de notre propre espèce », a déclaré Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies sur la désertification (CCNUD), à l'occasion de la publication d'un nouveau rapport onusien, le 11 mai. La sécheresse en chiffres : restauration pour la préparation et la résilience entend accélérer les décisions de la COP 15 sur la désertification, qui a débuté à d'Abidjan (Côte d'Ivoire), le 9 mai.

Et ces chiffres sont préoccupants. Depuis 2000, la fréquence et la durée des sécheresses ont augmenté de 29 %. En 2022, plus de 2,3 milliards de personnes sont confrontées au stress hydrique et près de 160 millions d'enfants sont exposés à des sécheresses graves et prolongées. L'Afrique est le continent le plus touché. Mais l'Europe est aussi concernée. Aujourd'hui, 15 % des terres et 17 % de la population de l'Union européenne sont atteintes par le manque d'eau. Quant à l'Asie, les 1,9 milliard de personnes alimentées par le bassin-versant de l'Hindu Kush sont désormais suspendues à l'évolution de la sécheresse de l'Himalaya.

Un futur mouvementé

 
Nous devons nous diriger vers les solutions plutôt que de continuer avec des actions destructrices  
Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la CCNUD
 
À moins que l'action ne soit renforcée, d'ici à 2030, ce sont 700 millions de personnes qui risquent d'être déplacées par la sécheresse. D'ici à 2040, un enfant sur quatre vivra dans des zones connaissant des pénuries d'eau extrêmes. Et d'ici à 2050, les sécheresses pourraient affecter plus des trois quarts de la population mondiale : 4,8 à 5,7 milliards de personnes vivront dans des zones qui manquent d'eau pendant au moins un mois chaque année, au lieu de 3,6 milliards aujourd'hui. Et jusqu'à 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer d'ici à 2050, en grande partie à cause de la sécheresse, combinée à d'autres facteurs, notamment la pénurie d'eau, la baisse de la productivité des cultures, l'élévation du niveau de la mer et la surpopulation. « La résilience doit être une priorité absolue dans toutes les régions du monde », estime l'ONU.

« Nous sommes à la croisée des chemins, déclare M. Thiaw. Nous devons nous diriger vers les solutions plutôt que de continuer avec des actions destructrices, croyant qu'un changement marginal peut guérir une défaillance systémique. » Le secrétaire général met en avant « une des solutions les meilleures et les plus complètes, la restauration des terres, qui s'attaque à de nombreux facteurs sous-jacents des cycles de l'eau dégradés et à la perte de fertilité des sols. »

Restaurer les paysages à grande échelle

Le rapport cite de nombreux exemples de restauration de paysages, au Ghana, grâce à des processus de reforestation dans la région de Kumasi, dans les Everglades, en Floride, par la restauration des marais, en Inde, dans le Gujarat, par des actions locales de reboisement, au Vietnam, aux Philippines et en Indonésie, par des techniques d'irrigation au goutte à goutte. Environ quatre millions d'hectares de terres dégradées dans des « zones d'intervention stricte » ont été réhabilitées dans le cadre de l'initiative de restauration dirigée par l'Union africaine, connue sous le nom de Grande Muraille verte, soit 4 % de l'objectif ultime de restaurer 100 millions d'hectares. Sept millions d'hectares de terres au Sahel ont bénéficié d'un couvert végétal accru au cours des vingt-cinq dernières années grâce à des changements dans le mode de gestion foncière des arbres. Dans le nord du Shaanxi, en Chine, les terres nues sont passées de 5 896 km2, en 1988, à 4 477 km2, aujourd'hui, grâce à la restauration des écosystèmes retenant plus d'eau dans la biomasse sur pied et dans les sols au cours des cinq dernières années.

Le rapport de l'ONU souligne aussi l'importance de restaurer la matière organique du sol, facteur clé contribuant à la capacité de rétention d'eau. Une technique consiste à valoriser la couverture du sol par des mousses. Certaines peuvent absorber jusqu'à 14 fois l'équivalent de leur masse sèche en eau, ce qui aide à la récupération des terres et facilite la mise en place d'une croissance végétale supérieure dans les milieux dégradés. Jusqu'à 1 400 milliards de dollars de valeur de production peuvent être générés à l'échelle mondiale en adoptant des pratiques de gestion durable des terres et de l'eau.

Modifier les pratiques agricoles et alimentaires

La clé de ce combat tient aussi à une vision systémique, car les causes et les impacts de la sécheresse sont entrelacés. C'est un changement de paradigme qui est en question pour passer d'approches « réactives » et « basées sur la crise » à des approches de gestion de la sécheresse « proactives » et « basées sur les risques » impliquant la coordination, la communication et la coopération, motivées par un financement et des politiques suffisants.

« La restauration ne suffit pas. Nous devons protéger et gérer les terres en améliorant les pratiques de consommation et de production. Du côté de l'agriculture, cela signifie des techniques de gestion durables et efficaces qui produisent plus de nourriture sur moins de terres et avec moins d'eau. Côté consommation, cela implique de changer nos rapports à l'alimentation, au fourrage et aux fibres, d'évoluer vers une alimentation végétale, de réduire ou d'arrêter la consommation d'animaux », pointe M. Thiaw.

Petite touche d'optimisme : le nouveau rapport de la CCNUD note que 128 pays ont exprimé leur volonté d'atteindre ou de dépasser la neutralité en matière de dégradation des terres.

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