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A Strasbourg, la trame verte et bleue aide à repenser l'urbanisme

La métropole de Strasbourg a fait de la trame verte et bleue l'une des priorités de son plan d'urbanisme. Avec beaucoup de pédagogie, cet outil explique pourquoi et comment chacun, particulier ou aménageur, doit préserver les continuités écologiques.

Aménagement  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Comment réconcilier la ville et la nature ? Alors que la population vit de plus en plus en zone urbaine, cette question est de plus en plus prégnante. "Il faut inverser notre regard sur les espaces naturels. Partir de ces espaces pour travailler l'urbain, et non l'inverse", analyse Guillaume Simon, chef de service Prospective et planification urbaine à l'Eurométropole de Strasbourg.

L'Eurométropole, qui rassemble 28 communes sur 316 kilomètres carrés, a décidé de consacrer un volet entier de son futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) à la trame verte et bleue et à l'urbanisme durable, via une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique. "Ce choix est ambitieux puisqu'en consacrant une OAP à la trame verte et bleue, nous plaçons cette thématique au même niveau que le logement et la mobilité", explique le chef de service.

Alors que le PLUI fixe des règles d'aménagement opposables sur le territoire strasbourgeois (inconstructibilité pour les espaces naturels, pourcentage de surface végétalisée pour les zones urbanisables…), l'OAP traduit des ambitions plus qualitatives. "Cela permet d'aborder des sujets nouveaux pour la planification urbaine, comme la santé, la qualité de l'air, la biodiversité, le climat… Ces sujets n'avaient pas de véritable réponse réglementaire jusqu'ici. En les intégrant au PLUI, l'objectif était de dépasser le diagnostic et de donner des injonctions aux aménageurs et un signal à la population". Les principes de l'OAP sont opposables, mais moins contraignants que les règlements du PLUI.

Une pédagogie nécessaire

L'OAP explique d'abord les enjeux de la préservation des continuités écologiques et rappelle les services environnementaux apportés par ces espaces végétalisés : microcirculation d'air, épandage des crues, îlots de fraîcheur ou encore épuration naturelle des eaux. "A Strasbourg, la trame verte et bleue existait déjà. L'objectif est de souligner la richesse de ces espaces et de leur fonctionnement pour les valoriser, les mettre en valeur, les améliorer", précise Guillaume Simon.

   
Les recommandations du PLUI concernent aussi bien le particulier que l'aménageur
 
   
Le document définit ensuite ce qu'est un aménagement durable et donne des orientations : regroupement des constructions, limitation de la bétonisation, végétalisation des espaces, transitions végétales entre le bâti et la voierie, entre la ville et la campagne … Le tout très illustré pour montrer les bonnes et les mauvaises pratiques. Ces schémas et photos permettent à chacun de prendre conscience du rôle qu'il peut jouer dans la préservation des continuités écologiques et ce, à toutes les échelles. Les aménagements préconisés sont à la portée de tous : format des clôtures (pour laisser passer la petite faune), choix de végétaux locaux, mise en place d'habitats (nichoirs, tas de pierres, murets pour abriter insectes, oiseaux…)… Mais d'autres orientations visent aussi les aménageurs publics et privés et concernent la voirie, les lisières urbaines…

"Depuis que je signe des permis de construire, je suis souvent confronté à une incompréhension de certains cadres réglementaires liés à la perméabilité des sols, à l'évacuation de l'eau ou à la végétalisation des toits… On a tout intérêt à expliquer le pourquoi de ces règles", estime Alain Jund, adjoint au maire de Strasbourg et vice-président de l'Eurométropole de Strasbourg. Selon lui, "la trame verte et bleue offre cette vertu : expliquer comment chacun contribue à une démarche commune, et faire comprendre un certain nombre de règles qui ne sont pas punitives, mais de bons sens. Il y a un réel paradoxe : tout le monde est d'accord sur le principe pour limiter l'étalement urbain, mais au niveau individuel, les citoyens comprennent moins bien quand on bloque ou modifie leur projet de construction", souligne Alain Jund. L'OAP permet de faire de la pédagogie, quand l'actualité ne suffit pas à convaincre que ces principes d'aménagement ne sont pas superflus : "Cet été, avec la canicule, la question des îlots de chaleur urbains a été mieux comprise. A la rentrée, j'ai eu plus de facilité à faire accepter dans les projets la nécessité de conserver une part d'espaces végétalisés sur les parcelles", reconnaît l'élu.

Un travail de longue haleine

L'élaboration de ce document a nécessité "un travail de longue haleine", afin d'associer les élus, mais aussi les agriculteurs, les aménageurs, les acteurs économiques, explique le chef de service à la planification urbaine, Guillaume Simon. "Cela nous a amené à travailler différemment avec l'ensemble de ces partenaires. Ils sont demandeurs d'une vision à long terme". Ce travail a conduit à reconsidérer certains projets :"Dans les zones d'activité, on va repenser la densité, le dimensionnement, l'inondabilité. Ces zones vont fonctionner comme des îles et jouer un rôle dans la gestion des inondations", explique-t-il. Certains sites à aménager sont pré-verdis, afin d'orienter le futur aménagement. "Il faut une prise en compte des critères du PLUI le plus en amont possible des opérations immobilières ou d'aménagement, il faut que ce soit intégré dans l'approche économique de l'opération, souligne Alain Jund. Mais dans beaucoup d'esprits, préservation d'espaces naturels dans les zones à aménager rime encore avec espace perdu…".

Du côté des élus, il faut également convaincre : "L'Eurométropole fait face à un autre défi : répondre au droit au logement. Le débat est parfois compliqué lorsqu'on évoque la prise en compte des impératifs de la trame verte et bleue, reconnaît l'adjoint au maire. Cela implique de revoir la densité et de questionner les formes d'urbanisme actuelles et notamment la maison individuelle… C'est une question compliquée, d'où la nécessité de faire beaucoup de pédagogie".

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