Robots
Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
Actu-Environnement

Chlordécone : les enseignements sur la contamination doivent désormais être tirés

Trente ans après l'arrêt de l'utilisation du chlordécone dans les Antilles, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques (Opecst) s'est penché sur le bilan de la contamination et les solutions pour y faire face. Focus sur son analyse.

Risques  |    |  D. Laperche
Chlordécone : les enseignements sur la contamination doivent désormais être tirés

« Si des progrès ont été réalisés dans la connaissance des atteintes environnementales et sanitaires liées à la chlordécone, les résultats obtenus depuis 2009 ne sont cependant pas à la hauteur de la situation », constate Catherine Procaccia, sénatrice, dans un rapport sur cette contamination touchant les Antilles françaises effectué au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Treize ans auparavant, l'office avait déjà réalisé un premier document sur la mise en œuvre du premier plan pour réduire l'exposition des populations à la chlordécone. Le nouveau rapport s'intéresse aux résultats obtenus, notamment par la recherche, depuis cette période.

Interdite depuis 1990 en France, la chlordécone a toutefois été utilisée de manière dérogatoire jusqu'en 1993 dans les plantations de bananes en Guadeloupe et en Martinique afin de lutter contre l'invasion du charançon. Même si désormais ce pesticide n'est plus employé, sa dégradation naturelle très lente fait qu'il reste présent dans les parcelles traitées. Il s'est également diffusé, majoritairement par infiltration, dans les nappes d'eau souterraines, puis a contaminé les rivières alimentées par les aquifères et les milieux marins.

Trois premiers plans d'action aux résultats insuffisants

Trois premiers plans ont été lancés pour tenter d'améliorer la situation, avec des résultats mitigés. « L'évaluation administrative du troisième plan chlordécone publiée en 2020 constatait toujours un volet sanitaire privilégié par rapport aux volets environnementaux et économiques, un pilotage trop vertical, avec un éclatement des compétences et un manque de coordination, une sous-utilisation des crédits disponibles et une communication encore difficile avec les populations », souligne Catherine Procaccia dans son rapport.

Un élément sur le plan judiciaire a également provoqué l'indignation, en janvier dernier, et complique les échanges avec la population :  la décision de non-lieu à la suite de la plainte déposée en 2006 pour empoisonnement, mise en danger de la vie d'autrui et administration de substances nuisibles. « Pour beaucoup, cette décision est vécue comme injuste et incompréhensible, note Catherine Procaccia. À cela s'ajoute la perception négative des actions mises en œuvre par l'État pour gérer cette pollution et protéger la population, estimées insuffisantes. » La mise en œuvre des actions est considérée comme trop lente, tout comme la réalisation des études concernant les effets sanitaires ou les techniques de dépollution. « Cette perte de confiance et ce rapport de défiance touchent par extension l'ensemble des institutions et du personnel politique, central comme local, et se traduisent par des difficultés d'adhésion aux dispositifs et aux recommandations émis par les services de l'État », indique la rapporteure.

Un quatrième plan qui tente d'inverser la tendance

Avec son budget conséquent de 92 millions d'euros (soit plus que les trois précédents plans réunis), le quatrième plan, lancé en 2021 pour sept ans, devrait permettre des avancées sur certains points. « Plusieurs actions de ce plan devront être renforcées, estime toutefois Catherine Procaccia. Outre les analyses de sol conduites sur la base du volontariat pour les agriculteurs et les propriétaires de jardins familiaux, des analyses pourraient être conduites proactivement chez les agriculteurs qui produisent des denrées sensiblesCes analyses devront également permettre d'évaluer la dégradation naturelle de la chlordécone et la formation de produits de transformation. » Pour la rapporteure, l'offre locale pour les analyses, dont la chlordéconémie, doit être encore améliorée, de même que le contrôle des circuits informels de distribution d'aliments.

 
Il serait opportun d'élargir les sujets de recherche et d'évaluer les impacts que peut avoir la chlordécone sur la biodiversité et sur les services écosystémiques  
Catherine Procaccia, sénatrice, rapporteure du rapport
 

Autre axe qui doit être consolidé : la connaissance sur les effets de la contamination sur la biodiversité. « Il est parfaitement légitime que les recherches menées dans le cadre des plans chlordécone aient initialement porté sur les impacts directs de la molécule sur les hommes et sur leurs éventuelles sources d'exposition, dans le but de protéger rapidement la population, reconnaît Catherine Procaccia. Mais il serait opportun d'élargir aujourd'hui les sujets de recherche et d'évaluer les impacts que peut avoir la chlordécone sur la biodiversité et sur les services écosystémiques, en accord avec la volonté d'une approche « one health » de cette pollution, considérant la santé des humains, des animaux et des écosystèmes comme liée et interdépendante. »

Des espoirs de réduction de la pollution dans les sols…

Certains résultats de recherche ouvrent néanmoins un espoir quant à la contamination. La pollution à la chlordécone dans les sols pourrait ainsi être réduite grâce à l'action de micro-organismes présents dans le sol. Des travaux sont également menés sur la dégradation chimique de la molécule. « Si cette approche offre des résultats prometteurs, il convient toutefois d'en évoquer les limites, nuance la rapporteure. Tout d'abord, les amendements ne permettent de dégrader que la chlordécone se situant dans la couche superficielle du sol (les 30 à 40 premiers centimètres, où le réducteur chimique est ajouté). » Les résultats sont également moins bons pour un certain type de sols argileux, les andosols, – or ces derniers représentent environ la moitié des sols contaminés. Dernière limite : le coût du procédé (de l'ordre de 124 000 à 160 000 €/ha).

Certains modèles projettent que les concentrations de cette substance dans les sols pourraient atteindre les limites de détection actuelles d'ici à la fin du siècle (0,002 mg/kg). L'échéance peut apparaître très lointaine - et les résultats restent à consolider –, mais c'est malgré tout une lueur d'espoir par rapport aux premières projections des conséquences de ce sandale environnemental et sanitaire. Pour mémoire, en 2009, les prédictions envisageaient une contamination de plusieurs siècles.

Plusieurs projets doivent désormais s'atteler à confirmer cette possibilité, dans le cadre de l'appel à projets sur la chlordécone de l'Agence nationale de la recherche (ANR), mené conjointement avec la collectivité territoriale de Martinique et la Région Guadeloupe. Autre question qui devra être résolue : la dangerosité des produits de transformation issus de la dégradation.

… mais une contamination des nappes d'eaux plus persistante

En revanche, les temps de renouvellement des nappes d'eau souterraines antillaises impliquent que la pollution risque de persister encore pour une longue période. « Même après la disparition de la chlordécone contenue dans les sols, la pollution des eaux pourra se poursuivre pendant plusieurs dizaines d'années, en raison de stocks déjà présents dans les aquifères, même si ceux-ci n'ont pas pu être quantifiés », pointe Catherine Procaccia. Comme la contamination des rivières dépend des flux, elle est plus importante lors des périodes d'étiage (l'eau provient majoritairement des nappes) et de fortes pluies (qui charrient des particules de sols contaminés).

Pour ce qui concerne la pollution marine, elle décroit avec l'éloignement de la côte. Mais la quasi-totalité des masses d'eau côtières martiniquaises et six guadeloupéennes (sur onze suivies dans le cadre de la directive-cadre sur l'eau) ne pourront pas espérer atteindre le bon état écologique avant 2027.

Cette pollution n'est pas sans conséquence pour les écosystèmes aquatiques. « Il est probable que, même après l'épuisement des transferts de chlordécone vers les eaux douces et marines, la contamination de la faune halieutique antillaise subsiste encore pendant plusieurs dizaines d'années », regrette Catherine Procaccia.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager

Gestion et traitement des terres et remblais pour les chantiers du BTP ENGLOBE FRANCE
Analyse et réhabilitation des sites pollués HPC Envirotec