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L'OCDE plaide pour un moratoire sur les agrocarburants

Dans un rapport rendu public le 16 juillet par l'OCDE, l'économiste Martin von Lampe spécialisé en agriculture, souligne l'inefficacité des politiques de soutien aux agrocarburants et invite les gouvernements à favoriser les économies d'énergie.

Agroécologie  |    |  Mathieu Duchesne  |  Actu-Environnement.com
   
L'OCDE plaide pour un moratoire sur les agrocarburants
© Monregard
   
Le diagnostic est sans appel. Après les Nations Unies et la Banque mondiale, et alors que les agrocarburants sont au cœur d'un débat désormais planétaire, un nouveau rapport publié hier, celui de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), intitulé ''Évaluation économique des politiques de soutien aux biocarburants'', dénonce à son tour le soutien apporté par de nombreux gouvernements aux agrocarburants. L'étude menée par l'économiste Martin von Lampe met en lumière le coût élevé et le manque d'efficacité environnementale de ces investissements. Les résultats escomptés sont loin d'être au rendez-vous.

Des subventions ruineuses

L'objectif est officiellement louable. Pour stopper le réchauffement climatique de la planète, poussés par l'opinion publique mondiale, les gouvernements tentent de réduire les émissions de gaz à effet de serres (GES) et le recours aux énergies fossiles en investissant massivement dans la production et la consommation de agrocarburants. Aujourd'hui, les Etats-Unis sont les premiers producteurs de bioéthanol, avec 48% de la production mondiale en 2007, devant le Brésil (31%) tandis que l'Union européenne est à l'origine de 60% de la production mondiale de biodiesel. Selon le rapport, les fonds investis dans l'éthanol, issu de céréales et de plantes sucrières, ainsi que dans le biodiesel, produit à partir d'huiles végétales comme le Colza, représentent des sommes colossales. Combien ? Pour l'OCDE, les aides publiques consenties par les pays du Nord (Union européenne, États-Unis, Canada) avoisinaient les 11 milliards de dollars en 2006 et devraient atteindre 25 milliards de dollars, soit 15 milliards d'euros, à moyen terme d'ici 2017. Des dépenses judicieuses ? Le rapport est clair : l'espoir parfois évoqué de voir la viabilité économique de la production et de l'utilisation des biocarburants s'améliorer parallèlement à la hausse des prix du pétrole brut ne s'est pas encore réalisé. Pour réduire les coûts et améliorer leur efficacité énergétique, l'OCDE propose donc une levée des barrières douanières sur les agrocarburants et des matières qui servent à les produire. Une mesure indispensable si l'on veut contenir la hausse des prix du blé, du maïs et des huiles végétales. Selon les estimations de l'OCDE, ces hausses de prix pourraient en effet s'élever respectivement à 5%, 7% et 19% tandis que les prix du sucre et des tourteaux oléagineux diminueraient.

Des résultats décevants sur le plan environnemental

Pourtant, les résultats environnementaux obtenus ne sont pas à la hauteur. Selon le rapport, qui s'intéresse tout particulièrement aux agrocarburant liquides destinés au transport, les 11 milliards de dollars d'aide publique ne permettent pas aujourd'hui de réduire les émissions de GES liées aux transports de plus de 1 %… pas davantage ! Pourtant, quitte à investir dans les agrocarburants, d'autres choix pourraient être faits. Ainsi, selon l'OCDE, si l'éthanol produit à partir de canne à sucre, comme au Brésil, réduit généralement les émissions de GES d'au moins 80% par rapport aux carburants fossiles, les biocarburants produits à base de blé, betterave à sucre, huiles végétales, ou maïs comme aux Etats-Unis, en Europe et au Canada, n'occasionnent eux des réductions de GES que de 30% à 60%. Afin d'améliorer ces résultats environnementaux, l'OCDE recommande aux Etats de se focaliser davantage sur la recherche sur les économies d'énergie. Concernant l'utilisation de carburants renouvelables dans le secteur des transports, les chercheurs recommandent la fixation de normes minimales de réduction définies sur des critères ambitieux. Dans le secteur du logement, note le rapport, les économies d'énergie permettent une plus grande réduction des GES pour un coût très inférieur au développement des agrocarburants ! En matière d'innovation, la production d'énergie solaire et celle issue des piles à combustible hydrogène ne doit pas non plus être abandonnée. Bien au contraire.
Enfin, le rapport insiste surtout pour que les gouvernants investissent dans la recherche sur les agrocarburants de deuxième génération qui, d'ici dix ans peut-être, pourront voir le jour. Leur avantage ? Le rapport remarque que l'effet exercé sur les prix par la production des biocarburants de deuxième génération, issus de résidus agricoles ou de plantes non alimentaires, dépendra de la quantité de biomasse produite sur des terres actuellement cultivées. Une forte expansion de la superficie de production totale atténuerait les effets induits sur les prix. Les inconvénients ? Les populations pauvres des régions rurales trouveraient de nouveaux revenus mais il importe à veiller à l'accélération de la déforestation, à la perte de biodiversité et aux ruissellements d'éléments nutritifs et de pesticides…

Et des ressources alimentaires de base menacées

Parmi les autres effets pervers des politiques de soutien aux carburants verts, le rapport de l'OCDE déplore également que le détournement des cultures vivrières et agroalimentaires vers la production massive de céréales et de végétaux à vocation énergétique fasse exploser le prix des denrées alimentaires de base dans plusieurs pays du monde. Selon les chercheurs, les aides au développement doivent d'ores et déjà être mieux adaptées pour éviter des répercussions non souhaitées . Martin von Lampe l'assure : la forte hausse du prix du pétrole, dont le baril se vendra 100 dollars en 2017, ne nous rassure pas sur ce point.Au final ? Faire une pause dans le développement des agrocarburants de première génération semble bien devoir s'imposer selon ces chercheurs. Stefan Tangermann, le directeur pour l'agriculture et les échanges de l'OCDE, n'y va pas par quatre chemins : Il serait très sensé d'avoir un moratoire, les programmes actuels devraient tous être reconsidérés. Dont acte.

Réactions2 réactions à cet article

 
rectificatif

Bonjour,
Il me semble que le prix du pétrole estimé en 2017 (en fin de texte)doit plutôt etre de 200$ le baril.

Cordialement,

Stéphane

Anonyme | 17 juillet 2008 à 22h44
 
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Droit de réponse

Les biocarburants ne modifient en rien les conséquences sur le réchauffement climatique.
Les GES en question ne sont que la conséquence du réchauffement climatique, et non pas la cause. C'est le réchauffement climatique mais aussi l'activité humaine qui produisent directement des GES.
Le réchauffement climatique produit des GES parce qu'il modifie la masse végétale au niveau planétaire (destruction, pourrissement, réchauffement du permafrost en Sibérie). Et ce sont les transports et le chauffage qui produisent directement des GES mais aussi et surtout de la chaleur directe par fuite thermique (chauffage) et par les systèmes de refroidissement (moteurs,centrales nucléaires).
Le réchauffement climatique est ainsi lié directement à la transformation de ressources initialement inertes thermiquement (bois, pétrole, gaz, charbon, uranium et maintenant biocarburants) en chaleur.
Aussi la seule chaleur entièrement neutre est celle du soleil (la seule centrale nucléaire fiable) qui participe de l'équilibre thermique planétaire initial, l'énergie solaire.
Peuvent aussi être considérés comme acceptables le vent et l'hydraulique( faible perte thermique).
On s'aperçoit alors que tout réside dans la réduction des pertes thermiques (isolation), dans l'accumulation de chaleur solaire et dans des échangeurs performants. La pompe à chaleur est aussi intéressante.

René-Pierre | 25 juillet 2008 à 12h48
 
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