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La majeure partie des observateurs saluent un accord universel sur le climat

Il s'agit d'une étape importante : un accord universel sur le climat a été adopté à la Conférence de Paris. Pour la première fois, un texte de portée internationale associe pays industrialisés et pays du Sud dans une communauté d'engagements. 12 décembre 2015

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La majeure partie des observateurs saluent un accord universel sur le climat
Environnement & Technique N°354 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°354
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C'est un nouveau régime du climat qui vient d'émerger à Paris. Pour la première fois, pays industrialisés du Nord et nations du Sud, des grands émergents aux petits Etats insulaires, se rassemblent sous l'égide d'une communauté de destin. Alors que le Protocole de Kyoto, abandonné à Copenhague en 2009, divisait le monde en deux "annexes" - pays développés et pays en développement -, l'Accord de Paris relie les deux hémisphères tout en reconnaissant les responsabilités "différenciées" de chacun. C'est la principale avancée de cette Conférence de Paris.

Le président de la COP, Laurent Fabius, a présenté l'accord de Paris comme "juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant". Cet accord "reflète les positions des parties" et "reconnaît la notion de justice climatique. Ce texte est un tournant historique". Le Président de la République François Hollande a souligné que "ce texte sera le premier accord universel de l'histoire des négociations climatiques. Ce sera un acte majeur pour l'humanité".

"Fin de l'irresponsabilité climatique"

Le texte permet un compromis flexible : il conjugue la souveraineté des Etats – chacun fait ce qu'il veut chez lui par ses contributions nationales (INDC) – avec l'engagement à une évaluation internationale des efforts de réduction d'émissions ("global stocktake") en 2018 sur la base du prochain rapport du Giec. Michel Colombier, directeur scientifique de l'Iddri, signale que l'accord de Paris inaugure "un changement de pied en introduisant le mécanisme de transparence et de construction de confiance, et non plus punitif".

En ce sens, "il s'agit d'un nouveau régime incontestablement universel, sur la base d'une gouvernance de droit mou", estime l'eurodéputé EELV Yannick Jadot. "Ce texte offre la possibilité de sortir de l'irresponsabilité climatique. Sa mise en œuvre dépendra de tous les acteurs de la société. Il acte ce qu'est la société aujourd'hui".

"La roue du climat a tourné"

Pour le directeur de Greenpeace France, Jean François Julliard, "la roue de l'action pour le climat tourne lentement, mais à Paris, elle a tourné. Le texte place clairement l'industrie fossile à contre-courant de l'Histoire. Certes, il est loin de graver dans le marbre ce dont nous avons besoin, car il a été dilué et pollué par ceux qui pillent notre planète. Mais il contient un nouvel impératif de limiter l'augmentation de la température à 1,5°C".

La plupart des ONG environnementales notent l'écart entre une rhétorique "aspirationnelle" et les mesures concrètes pour réaliser l'objectif. "Nous avons un mur à escalader pour arriver à 1,5 °C mais l'échelle n'est pas assez grande : les objectifs de réduction des émissions sur la table ne sont tout simplement pas assez ambitieux, et l'accord ne prévoit pas de solution pour y remédier".

Pas d'énergies renouvelables dans le texte

Bill McKibben, auteur et cofondateur de l'ONG 350.org, estime que "tous les gouvernements semblent maintenant reconnaître que l'ère des énergies fossiles doit s'achever, et vite. Mais la puissance de l'industrie fossile transparaît dans le texte, qui retarde tellement la transition que d'immenses dégâts climatiques auront lieu [avant qu'elle ne prenne effet]".

Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, estime que "cet accord ne nous sortira pas de l'ornière où nous sommes, mais il peut nous aider à nous désembourber. Pour sortir de notre dépendance aux combustibles fossiles, nous allons devoir nous mobiliser, de plus en plus nombreux. Cette année, le mouvement climatique a contribué à la mise en échec du pipeline de Keystone aux Etats Unis, ou des forages pétroliers de Shell en Arctique. Nous voulons un monde alimenté à 100 % par les énergies renouvelables, et ce monde, nous l'obtiendrons". Samantha Smith, du WWF International, souligne qu'une "juste transition" reste à mettre en œuvre pour la diffusion des énergies renouvelables.

Pour la Fondation Nicolas Hulot, "le texte n'est pas assez fort sur la notion de prix du carbone qui est évoqué de façon elliptique parmi d'autres outils".

Une méthode de réduction d'émissions controversée

Pour Maxime Combes d'Attac, "aucune date n'est mentionnée pour le pic des émissions et l'objectif de long-terme, attendu pour 2050, ne concerne que la seconde partie du siècle ; la formulation de l'objectif de long-terme ouvre la porte à l'utilisation massive de techniques inappropriées telles que le stockage et la séquestration du carbone, la compensation carbone et la géo-ingéniérie". Un avis partagé par le Réseau Action Climat. "Nous serons vigilants sur la façon dont les Etats vont traduire cet objectif à long terme sans avoir recours à la géo-ingénierie et la séquestration carbone", affirme Célia Gautier du RAC.

Amertume du Sud sur les "pertes et dommages"

Pour les Amis de la Terre international, "le navire coule et la plénière applaudit. Les pauvres ont été éliminés de l'accord. Les pays industrialisés se sont dédits de leurs responsabilités". Azeb Girmai, du réseau LCD Watch, s'alarme du fait que les plus vulnérables ne recevront pas de compensations pour les pertes et les dommages entraînés par le changement climatique, même si le texte de l'accord instaure un début de reconnaissance de cet enjeu.

Des financements à confirmer

Pour Armelle Le Comte, d'Oxfam, l'accord "est très décevant par rapport à la dernière mouture du texte sur la garantie des financements à long terme. Les promesses sont assez vagues pour savoir si ces financements vont continuer à croître". Ce texte "ne contient rien sur le financement de l'adaptation". Or, "selon l'OCDE, seuls 16% des financements climat actuels sont dédiés à l'adaptation", rappelle-t-elle. Romain Benicchio, d'Oxfam, estime que "la mobilisation des financements va de fait grandement dépendre de la bonne volonté des donateurs dans les années à venir alors que les besoins financiers des pays en développement pour se protéger du changement climatique pourraient augmenter de plus de 50% sur la base de l'accord de Paris."

Les Peuples indigènes hors accord

Très visibles pendant la conférence, les peuples indigènes le sont peu dans l'accord. Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de CARE France, estime que "le texte reconnaît clairement les effets du changement climatique sur les droits humains et qu'il est de la responsabilité des Etats de le prendre en compte dans leurs actions. Cependant, il manque un engagement clair à défendre les droits humains, dont l'égalité de genre, les droits des peuples indigènes, la sécurité alimentaire, dans toute action contre le changement climatique".

Un texte "bon pour le business"

Le monde des affaires estime avoir "un rôle crucial à jouer", a déclaré Nigel Topping, directeur exécutif de We Mean Business. "Une forte coalition d'acteurs non étatiques a grandi au cours de ces deux semaines. Cela a amené une pression positive sur les négociateurs". Sandrine Dixson-Declève, directrice du Corporate Leaders Group a estimé : "C'est un accord ambitieux, bon pour le business et bon pour la planète. Mais nous avons besoin que cela soit traduit aux échelles nationales. Si nous avons ce signal, le business va se réorienter". Edward Cameron, directeur de Business for Social Responsibility, a souligné l'importance du cycle de révision des engagements des Etats tous les cinq ans pour donner de la visibilité aux marchés.

Rachida Boughriet, Sophie Fabrégat, Florence Roussel et Agnès Sinaï

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