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Actu-Environnement

“ Affichage environnemental : sans cadre réglementaire clair, les entreprises risquent de se détourner du sujet ”

Les travaux français sur l'affichage environnemental ont été mis entre parenthèse, dans l'attente des résultats de l'expérimentation européenne sur l'empreinte environnementale des produits. Pourtant, les entreprises françaises doivent garder leur avance, estiment Laura Farrant* et Catherine Gomy**.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°335 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°335
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“ Affichage environnemental : sans cadre réglementaire clair, les entreprises risquent de se détourner du sujet ”
Laura Farrant (gauche) et Catherine Gomy (droite)
Représentant respectivement l'Ania et Bio by Deloitte
   

Actu-Environnement : L'Union européenne lance deux expérimentations sur l'empreinte environnementale des produits et services. Comment ces travaux s'articulent-ils avec les travaux français sur l'affichage environnemental ?

Catherine Gomy : La France a acquis une avance grâce à ses travaux sur l'affichage environnemental. Si le protocole Envifood, qui servira de cadre à l'expérimentation européenne, se différencie sur certains points, l'avancée de la France a permis d'imposer certains choix méthodologiques. C'est le cas par exemple pour l'approche par le cycle de vie et l'analyse multicritères, ce qui n'était pas gagné au départ. En effet, des travaux similaires au Royaume-Uni s'en tenaient à l'empreinte carbone des produits. L'approche française est plus complexe, certes, mais elle permet d'obtenir une vision plus juste de l'empreinte environnementale d'un produit.

Laura Farrant : Au niveau français, le référentiel de l'affichage environnemental est clairement établi dans l'objectif de communiquer les informations au consommateur. Le parti pris est que la demande fera évoluer l'offre. Au niveau européen, le pari est différent. Les travaux portent d'abord sur la caractérisation de l'empreinte environnementale des produits, afin de mieux connaître l'offre. La communication est un objectif plus lointain.

AE : Est-ce que les travaux européens marquent le coup d'arrêt des travaux français ?

LF : Il y a eu une forte mobilisation des entreprises lors de l'expérimentation française, qui a été riche en enseignements. Elle a permis aux entreprises de se familiariser avec le dispositif d'affichage, l'analyse de cycle de vie et d'avoir une meilleure connaissance de leurs produits. Elle a soulevé de nombreuses questions également sur le socle technique à développer, le format d'affichage et le contrôle des informations communiquées. Il reste un long chemin à parcourir encore.

Aujourd'hui, les entreprises françaises s'intéressent aux travaux européens car un dispositif seulement franco-français pourrait créer des distorsions de concurrence. Nous avons donc envie de porter l'expérience française au niveau européen.

CG : En effet, plus qu'une sensibilisation pour les entreprises, cette expérimentation a permis une véritable prise de conscience des enjeux environnementaux et a développé une autre manière de dialoguer. Le socle technique reste à améliorer mais c'est en expérimentant que ces améliorations se feront. Mais les travaux français ont diminué depuis 2013. Après un an d'analyse et de concertation, les pouvoirs publics ont donné une perspective, 2016-2020, afin d'inscrire la démarche française dans les travaux européens. Ce qui est perçu par beaucoup de parties prenantes comme un coup d'arrêt présente un risque. Sans cadre réglementaire clair, les entreprises risquent de se détourner du sujet. Il faut pourtant continuer à améliorer les produits pour pouvoir disposer de la meilleure empreinte environnementale lorsque l'affichage environnemental deviendra progressivement obligatoire.

Il faut également encadrer dès aujourd'hui l'ensemble des allégations environnementales sur les produits. Il y en a une multitude et le consommateur a du mal à s'y retrouver. Il va falloir que les pouvoirs publics donnent des lignes directrices rapidement car si le consommateur ne croit plus en ce qui est dit, cela va être difficile de procéder à un affichage environnemental efficace.

AE : Où en est le secteur de l'agroalimentaire en matière d'écoconception ?

CG : Il y a encore peu d'actions d'écoconception dans le secteur. La plupart des travaux réalisés ont porté sur l'emballage, là où les marges de progrès sont fortes et visibles. La difficulté repose sur la complexité des filières et des produits. Le cadre réglementaire de ce secteur est également très contraignant, notamment sur l'hygiène, la sécurité. L'environnement n'est donc pas la priorité. Il y a pourtant un véritable enjeu à identifier les risques environnementaux au niveau des filières. Le travail doit être mené de manière collective.

D'autant que l'écoconception permet de réduire les coûts, en identifiant notamment les étapes les plus énergivores. Il y a également une demande. Les distributeurs, de plus en plus, introduisent des objectifs environnementaux dans les cahiers des charges. Le risque environnemental doit être intégré progressivement aux stratégies des entreprises. La France doit garder son avance dans ce domaine. Seulement dix catégories de produits vont faire l'objet de travaux dans le cadre de l'expérimentation européenne, alors que le champ de l'agroalimentaire est bien plus vaste. Il ne faut pas que l'innovation dans les entreprises s'arrête. On peut continuer à améliorer les produits en attendant de communiquer via l'affichage environnemental.

* Laura Farrant est responsable Environnement à l'Association nationale des industries alimentaires (Ania).

** Catherine Gomy est directrice de Bio by Deloitte.

Réactions1 réaction à cet article

 

Il est ahurissant de dire que les démarches d'éco-conception n'auraient pas lieu dans l'agroalimentaire: que faites-vous des efforts continus en matière de rendements, d'énergie, de productivité industrielle?
Il est vrai que le terme "éco-conception" est récent. On n'appelait simplement pas ces efforts comme ça, c'est tout.
Et toute la nuée d'experts auto-déclarés en la matière n'existait pas encore: ces gens (notamment les mal nommés "bio-intelligence") ont tellement envie que leurs prestations deviennent obligatoires qu'ils ont forcément intérêt à proclamer sur tous les toits que les industriels, les agriculteurs, la planète, etc. ont absolument besoin d'eux.
Ce qui est navrant, c'est que les assoces de consommateurs se fassent prendre comme des bleus à ce discours...

Albatros | 27 février 2014 à 09h30
 
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