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Plus d'une centaine de pesticides polluent la nappe phréatique d'Alsace

Les analyses de près de 400 molécules dans la nappe phréatique d'Alsace et les aquifères du Sundgau montrent une pollution généralisée. Elle baisse quand les politiques de prévention sont mises en œuvre. Mais il faut aller plus vite et plus loin.

Eau  |    |  Albane CantoActu-Environnement.com

L'état des lieux n'est pas réglementaire, et il n'en est que plus intéressant. Depuis 1991, et tous les six ans, l'Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d'Alsace (Aprona) analyse la qualité des eaux souterraines de la région. La nappe phréatique d'Alsace et les aquifères du Sundgau sont l'une des plus importantes réserves en eau d'Europe avec environ 35 milliards de m3 d'eau. Elle alimente plusieurs fleuves majeurs en France et dans les pays voisins, fournit l'eau potable de 80% de la population d'Alsace et alimente plusieurs industries fortement consommatrices d'eau de bonne qualité, comme l'industrie pharmaceutique.

Mais elle est largement impactée par la pollution. Près de 400 paramètres sont suivis sur plus de 825 points de mesure en France. Ils montrent une pollution par l'agriculture : généralisée pour les pesticides, forte et localisée pour les nitrates. Les chlorures, résidus de la pollution due aux mines de potasse, et les pollutions liées aux industries à proximité des agglomérations, sont quant à eux en baisse depuis 2009. Ces analyses ont été menées dans le cadre du projet Ermes-Rhin 2016 (Interreg V). Les résultats transfrontaliers seront publiés fin 2018.

Présence de pesticides et de métabolites de dégradation

La situation sur les pesticides est particulièrement préoccupante. En 2016, le panel de mesure a été élargi à 137 pesticides et métabolites de dégradation, contre 43 en 2009. Résultat : 28,5% des points de mesure de la nappe phréatique d'Alsace et 39,7% des points des aquifères du Sundgau dépassent les limites de qualité. Sur la nappe d'Alsace, 15 points de mesure dépassent (soit 2,8%) même le seuil de 2 μg/l pour au moins un pesticide, le seuil à partir duquel un captage doit être abandonné. "77 des 113 pesticides recherchés sont quantifiés au moins une fois et 21 substances dépassent la limite de qualité [chimique] de 0,1 μg/l", note le rapport. L'atrazine et trois de ses quatre métabolites de dégradation sont détectés sur plus de 10% des points de mesure – alors que cet herbicide est interdit depuis 2003. Les analyses montrent une décomposition importante de l'atrazine et de ses premiers métabolites. "D'une façon générale et à l'image de 2009, la contamination par les pesticides paraît généralisée sur l'ensemble de la nappe phréatique d'Alsace avec des concentrations plus importantes (supérieures à 0,08 voire 0,1 μg/l) entre Sélestat et Saint-Louis", note le rapport, qui conclut à la nécessité de faire évoluer "profondément" les pratiques agricoles de désherbage.

Cette étude fournit également un premier état des lieux sur les métabolites de dégradation des pesticides, qui ne sont soumis à aucune limite de qualité – des avis sont en cours d'élaboration par l'Anses sur 8 des 24 substances recherchées. Or, l'ensemble de la nappe phréatique d'Alsace et des aquifères du Sundgau sont contaminés par ces métabolites.

Stabilité des nitrates à des niveaux élevés

La situation concernant les nitrates a également été passée au crible. Bilan : une stabilisation globale, avec quelques améliorations locales. Concrètement, en 2016 sur la nappe phréatique d'Alsace, 10,8% des points de mesure dépassent la limite de qualité (50 mg/l) et 16,3% dépassent le seuil d'alerte (40 mg/l). Cette pollution est clairement liée aux activités agricoles. Si les concentrations maximales (jusqu'à 218 mg/l) sont en baisse, les zones impactées - tout en restant dans la limite de qualité - restent stables. "Les actions mises en œuvre semblent avoir permis une stabilisation des teneurs mais pas encore une inflexion de la tendance générale notamment dans la zone de bordure ouest, où la situation reste préoccupante. Les teneurs y sont supérieures à 50 mg/l depuis les années 70. En centre plaine, elles continuent d'avoisiner le seuil d'alerte de 40 mg/l et dans le Sundgau, des augmentations sont encore constatées", synthétise le rapport, appelant à l'intensification des efforts pour inverser la tendance.

"La baisse des consommations d'herbicides doit constituer notre priorité. A nous tous, collectivités, particuliers, industriels ou agriculteurs de relever le défi et d'y travailler conjointement au sein de la Commission locale de l'eau", conclut Jean Rottner, président de la région Grand Est.

Réactions1 réaction à cet article

 

Heureusement le 2 janvier 2022 il va y avoir une sacrée réduction de l'usage de ces poisons qui ont peut-être aussi eu un rôle dans le triste état des enfants sur lesquels on nous invite à nous apitoyer lors du Téléthon.

Mais en attendant il faut bien écluser les stocks de poisons des industriels en autorisant les agricultueurs à les employer.

Il se dit que le Français est cartésien !!!!

Sagecol | 19 décembre 2017 à 09h18
 
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