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Le choc du Brexit mobilise les environnementalistes britanniques

La régression des politiques environnementales n'est pas une fatalité à l'issue du Brexit. Plusieurs observateurs estiment que la vigilance des organisations écologistes britanniques pourrait redoubler du fait de la sortie du Royaume-Uni de l'Europe.

Biodiversité  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Au lendemain du vote de 52% des Britanniques en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le Premier ministre David Cameron a annoncé qu'il démissionnerait dans trois mois. Le pays se réveille divisé et la communauté des environnementalistes est sous le choc.

Nombre de questions se posent. Le Brexit va-t-il imposer de revoir les engagements climatiques du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne et de l'Accord de Paris ? L'Accord de Paris devra être réécrit afin de prendre en considération cette nouvelle équation, a annoncé la secrétaire générale des Nations unies pour le climat, Christiana Figueres, à Bruxelles, le 23 juin. Le Royaume-Uni ne siègera plus au Conseil européen de l'environnement. La répartition de l'effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre devra être recalculée entre 27 membres et non plus 28.

Sur le plan de la politique intérieure, la campagne en faveur du "oui" a galvanisé les ONG environnementales et la mobilisation de jeunes militants écologistes. "Les ONG environnementales ont joué un rôle très actif. On a vu se mobiliser les jeunes en grand nombre. La priorité pour elles est d'obtenir que la politique britannique en matière d'environnement soit à l'avenir au moins aussi forte ou plus forte encore que les politiques environnementales engagées par l'UE. Cette mobilisation devrait perdurer", selon Jonathan Gaventa, 
directeur de E3G, Third Generation Environmentalism.

Les habitats naturels orphelins

Deux des plus importantes organisations de défense de la nature, le WWF et la Société royale pour la protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds, RSPB) se sont mobilisées pour expliquer aux électeurs britanniques les bénéfices écologiques des politiques européennes. Sous leur influence, le Premier ministre David Cameron a pris position en faveur de la directive Habitat et de la protection de la faune sauvage pendant la campagne qui a précédé le référendum.

Les clivages ont été sensibles dans le camp même des Conservateurs au cours de la campagne. Le 20 juin, le ministre pro-Brexit de l'agriculture et de la pêche, George Eustice, a estimé que les directives Oiseaux et Habitat étaient "rigides" et "écrasantes" et devaient être "mises au rebut". Ce à quoi le WWF et la RSPB ont formulé un contre-argument mettant en avant que la flore et la faune, mais aussi l'eau, le climat et la qualité de l'air, dépassent les limites nationales et sollicitent une protection internationale concertée.

L'avenir de l'agriculture britannique est en question. "Qu'adviendra-t-il du milliard de livres sterling par an accordé aux fermes de haute qualité environnementale ?", déplore Matthew Spencer, directeur du think tank Green Alliance, qui redoute le retour à une agriculture encore plus intensive que celle encouragée par la Politique agricole commune. "Personne n'imagine que le ministère des finances va reconduire ces subventions dans un contexte où la priorité est d'éviter l'implosion économique du Royaume-Uni".

Les climato-sceptiques plaident pour la sortie de l'Europe

Sans en faire un thème central, la campagne pro-Brexit a relayé les arguments des climato-sceptiques, soutenue par des personnalités de leur camp tel que Lord Lawson, ancien Chancelier de l'Echiquier. Quant au Parti pour l'indépendance du Royaume Uni, l'UKIP, qui siège dans le camp de l'extrême droite au Parlement européen tout en prônant la sortie de l'Europe, il en a appelé à abandonner le Climate Change Act (loi britannique sur le changement climatique).

Pour autant, "les climato-sceptiques n'ont été entendus qu'en raison de leur popularité personnelle et de leurs positions au sein du pouvoir. Même si leurs positions sur le climat ont pu toucher une partie de la population britannique, il ressort que le climat n'a pas été un thème dominant dans la campagne pour le 'non' ", analyse Amy Mount, de la Green Alliance.

Reste qu'il sera difficile d'entamer la législation climatique du pays, de l'avis de plusieurs observateurs. Les deux principaux partis représentés au Parlement sont en majorité favorables à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le Royaume-Uni s'est engagé à fermer ses mines de charbon à ciel ouvert et à sortir du charbon d'ici à 2025. Cet objectif national pourrait ne pas être remis en cause par le référendum de sortie du l'UE. De même que l'objectif d'atteindre 15% d'Enr en 2020, peu soutenu par le gouvernement conservateur élu il y a un an. En revanche, les techniques de fracturation hydraulique, qui suscitent des oppositions dans le nord du pays, pourraient se développer sans entraves.

La finance déroutée

Un point inquiétant concerne la volatilité des marchés financiers au lendemain du vote. C'est dans ce contexte d'incertitudes que se tiendra à Londres le Business Climate Summit le 28 juin prochain. Nombre de signaux ont d'ores et déjà été émis pour rassurer les marchés. Reste que la finance pourrait se désintéresser des secteurs de l'environnement dès lors que l'UE ne sera plus là pour leur donner une visibilité.

Sur le volet énergétique, la sortie britannique de l'UE pourrait avoir des conséquences sensibles sur l'organisation de l'approvisionnement du pays, outre le fait que les investisseurs pourraient hésiter à soutenir le pharaonique projet d'EPR de Hinkley Point. Comme l'a souligné Richard Black, directeur de Energy and Climate Intelligence Unit, "l'accès à l'énergie et la sécurité d'approvisionnement ont été améliorés par nos connections en gaz et électricité avec l'UE. Se pose maintenant pour le gouvernement la question du choix de savoir s'il veut continuer à développer ces connections et les bénéfices sociaux pour les familles britanniques les plus modestes, ou mettre un terme à ce réseau".

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