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Captage et stockage du CO2 : de l'étude à l'expérimentation

Décrié par certains, soutenu par d'autres, le CSC compte parmi les solutions envisagées par la communauté internationale pour réduire les émissions de carbone. La France soutient les travaux de recherche visant à valider cette technologie.

Gouvernance  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Captage et stockage du CO2 : de l'étude à l'expérimentation
   
Alors que les négociations sur le climat s'intensifient, à l'approche du sommet de Copenhague en décembre 2009, le stockage et le captage de CO2 suscite un vif intérêt. Associée au marché carbone ETS, cette technologie pourrait, selon ses partisans, permettre d'atteindre les objectifs du facteur 4. Pourtant, cette méthode est loin d'être au point. Si pour certains acteurs de l'industrie, la séquestration carbone permettrait à terme de réduire les émissions de 40 %, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat (GIEC), la technologie ne sera disponible à grande échelle qu'en 2030 et fiable qu'en 2050.
En attendant, la France, comme de nombreux pays, soutient les travaux de recherche sur cette technologie. Depuis 2001, l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) a placé le captage et le stockage du CO2 (CSC) parmi ses actions prioritaires. Cette solution est perçue par l'agence comme un moyen complémentaire aux solutions d'efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables. Le Fonds démonstrateurs de recherche, piloté par l'ADEME, et destiné à valider les résultats obtenus par la recherche, a d'ailleurs affecté 100 millions d'euros au CSC, avec un objectif : avoir des technologies déployables d'ici 2030, selon Régis Le Bars, chef de projet du fonds démonstrateur de recherche de l'ADEME.

Une technologie d'avenir ?

Destinée à capter les émissions des grands sites industriels, cette technologie permettrait de les réduire en les séquestrant dans le sous-sol, idée qui séduit les acteurs de l'industrie.
Mais pour les associations environnementales, le CSC a de nombreux défauts. Cette technologie est aujourd'hui coûteuse et émettrice de CO2 : elle nécessite près de 40 % d'énergie supplémentaire pour capter, transporter et stocker le carbone. Les travaux menés actuellement visent en priorité à réduire le poste du captage, responsable de 80 % des coûts.
Ensuite, le CSC est jugé peu fiable à long et très long terme par les associations : selon le réseau France Nature Environnement (FNE), les forages et la gestion des puits, au-delà de 100 ans, posent des problèmes de sécurité. Il y a un travail à faire sur l'acceptabilité sociale de cette technologie, admet Régis Le Bars. L'objectif des recherches que nous soutenons est d'analyser le comportement du carbone injecté à faible dose. Nous pourrons étudier la diffusion de la bulle de CO2, les risques en cas de faille, la profondeur idéale de stockage et le type de roches à privilégier.
Enfin, pour les associations, cette technologie détourne les financements des autres alternatives. Dans une prise de position, le réseau FNE affirme que c'est une technologie qui ne doit être utilisée qu'en dernier ressort et qui ne doit pas détourner les efforts pour développer les 3 solutions réellement durables : sobriété et efficacité énergétique, énergies renouvelables.

Trois procédés de captage et de stockage

Il existe actuellement trois procédés pour capter le carbone : le captage en post-combustion (un solvant va piéger le CO2 dans les fumées issues des cheminées), l'oxycombustion (lors de la combustion, l'introduction d'oxygène génère des fumées principalement composées de carbone) et la pré-combustion (captage du CO2 avant la combustion). Si la méthode de pré-combustion est actuellement mature, les techniques de post-combustion et d'oxycombustion nécessitent encore de nombreux ajustements. Nous avons donc décidé de soutenir, à travers le fonds démonstrateur, ces deux technologies, commente Régis Le Bars. Ces deux méthodes sont également moins coûteuses que la post-combustion.
Concernant le stockage, plusieurs solutions sont envisagées : les aquifères salins profonds (des cavités souterraines remplies d'eau salée), les réservoirs pétroliers et gaziers en fin d'exploitation et les veines de charbon inexploitées. Nous avons choisi d'axer les travaux sur les aquifères salins, disponibles à grande échelle dans le monde. Il s'agit d'injecter à forte pression du carbone dans les aquifères, explique Régis Le Bars.

Cinq projets en cours de validation

L'ADEME, qui a lancé un appel à manifestation d'intérêt en septembre 2008, a reçu cinq dossiers, dont la plupart sont en cours d'instruction. Les projets devraient démarrer fin 2009 et s'étaler sur cinq à sept ans. Ils concernent soit le captage, soit le stockage.
Le projet Pil Ansu, présenté par Alstom, EdF, GdF-Suez et Armines, a pour objectif la réalisation d'un démonstrateur de captage du CO2 par antisublimation (givrage puis dégivrage des gaz) sur les fumées d'une centrale à charbon. Ce démonstrateur, première mondiale sur cette technologie, sera expérimenté sur une centrale de production d'électricité à charbon.
Alstom et EDF ont présenté un projet de captage en post-combustion avec des solvants avancés.
Veolia, en partenariat avec Geogreen, a soumis un projet de captage et stockage du CO2 dans un incinérateur à Claye-Souilly (Seine-et-Marne). Le CO2 sera injecté dans un aquifère salin situé à plus de 1.500 mètres de profondeur.
Arcelor Mittal, en partenariat avec Paul Wurth et Geogreen, souhaite expérimenter à Florange-en- Moselle le captage et le stockage de carbone émis par un haut fourneau.
Enfin, Total souhaite expérimenter le stockage et le potentiel des aquifères salins du bassin parisien.
Rappelons que Total a un également autre projet dans les starting blocks : celui de Lacq, dans les Pyrénées Atlantiques. Ce projet est destiné à tester la chaîne complète du CSC, du captage par oxycombustion à la séquestration.

Réactions5 réactions à cet article

 
L'ALIBI DE LA CSC.

Alors que l'urgence climatique est de plus en plus prégnante les lobbys des énergies fossiles s'activent pour que rien ne change. Les publications bibon "antiwarming" fleurissent de nouveau et les projets de CSC se multiplient pour truster les crédits de recherche et différer les mesures d'économies énergétiques seules susceptibles de freiner l'emballement du processus fatal.

Escaravage | 19 septembre 2009 à 12h51
 
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Re:L'ALIBI DE LA CSC.

C'est une stratégie de "la tête dans le sable" où l'on enterre, comme nous en avons l'habitude, ce qui nous gène. Après tout, on enterre bien nos déchets ménagers, nos déchets nucléaires... pourquoi pas tous les déchets de notre société ? On les oubliera le temps qu'il faut, puis les générations qui nous suivent s'occuperont de la question "sur quoi je pose mes pieds ?"
Le "développement durable" ? Sûrement un terme des pro de la com.

Jy | 22 septembre 2009 à 09h35
 
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le problème de la capacité de stockage

Le problème central du CSC est celui de la capacité de stockage et de sa qualité.

Aurons-nous assez de place dans le sous-sol pour stocker tout le CO2 qu'on veut y mettre dans des conditions de sécurité suffisantes pour le climat ?

Je crains que les puissants lobbies des énergies fossiles n'utilisent déjà tous leurs réseaux d'influence au sein de l'Etat Français (Total, IFP...) et à Bruxelles (lobbyistes à la commission et au parlement) pour sauver leur tête, y compris faire baisser les exigences de qualité pour la sélection des sites de stockage, pour que la capacité soit suffisante pour accueillir tout le CO2 qu'il faudrait. Comme pour les normes nucléaires, on va tricher en fixant les seuils au bon niveau pour ne pas déranger les industries. Un peu comme si on fixait les limitations de vitesse sur l'autoroute non plus pour réduire le nombre d'accidents mais pour permettre aux chauffards de rouler aussi vite qu'ils veulent...

Et le pire c'est qu'on propose d'utiliser le CSC là où il sera le moins efficace, c'est à dire avec les énergies qui émettent le plus de CO2 (pétrole, charbon), tout en faisant croire qu'on pourra continuer à utiliser ces énergies sales sans restriction et jusqu'à la corde...

jpm | 22 septembre 2009 à 10h58
 
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Re:le problème de la capacité de stockage

Hé hé, j'aime bien la comparaison avec la limitation de vitesse sur l'autoroute...
A mon avis c'est bien de vouloir capter le CO2, du moment que ça ne devient pas la seule solution.

L'idéal selon moi, ce serait de réduire nos consommations, d'améliorer les équipements pour diminuer l'énergie consommée pour un résultat équivalent, et de réduire l'utilisation de sources d'énergie carbonées (en développant les énergies renouvelables).
Alors le captage de CO2 arriverait comme la "cerise sur le gâteau" permettant de revenir à des seuils de CO2 dans l'atmosphère nous permettant d'éviter la cata.

Mais hélas, l'homme étant ce qu'il est, on va :
- continuer à consommer plus jusqu'à épuisement des ressources et conflit mondial (les guerres, ça on sait faire)
- améliorer vaguement les équipements (histoire de dire, et puis ça les industriels ils aiment bien)
- freiner le développement des énergies renouvelables (c'est moche)
- recourir à des énergies encore plus consommatrices de CO2 (boues à base de pétrole du Canada, charbon car il en reste pour quelques centaines d'années encore, ...)
- se gargariser qu'on fait plein d'énergie "non carbonée" en développant encore plus le nucléaire (et tant pis si on se retrouve comme des c... quand on va réaliser que nos centrales n'ont plus d'uranium à se mettre sous la dent, et qu'on n'a plus de sous, mais alors plus du tout, pour démanteler toutes ces centrales proprement)
- s'obstiner à enfouir des petites cuillères de CO2 en se félicitant (alors qu'on en déversera des tonnes)

Allez, dites moi que je me trompe...

caro_oo7 | 24 septembre 2009 à 10h54
 
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Re:Re:le problème de la capacité de stockage

j'aimerai obtenir plus d'informations sur la séquestration du carbonne surtout par les écosystèmes forestiers

batindou | 24 septembre 2009 à 11h47
 
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