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Les collectivités face au défi du financement de l'adaptation climatique

Même si les impacts du changement climatique s'observent déjà, l'investissement en ressources humaines et financières dans l'anticipation des évolutions reste rare. Cinq collectivités ont pris les devants.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
Les collectivités face au défi du financement de l'adaptation climatique

Les habitudes et pratiques héritées d'une situation où le climat était considéré comme stable et maîtrisé ne sont pas interrogées, y compris à l'échelle pourtant critique de l'aménagement et du développement économique des territoires. C'est le constat que dressent les auteurs d'une étude exhaustive sur les défis climatiques rencontrés par les collectivités territoriales. De 2019 à 2021, le projet Finadapter, mené par l'Institut de l'économie pour le climat I4CE et la société d'ingéniérie Ramboll France, avec le soutien de l'Ademe, a eu pour objectif de mieux comprendre les conditions à réunir pour tenir systématiquement compte de l'adaptation climatique dans les démarches et les projets territoriaux.

À travers cinq études de cas, l'étude conduite par I4CE donne à voir plusieurs types de démarches et de projets territoriaux qui entendent tenir compte du contexte de changement climatique et de l'impératif d'adaptation. « Ces cas rendent compte des défis que rencontrent ceux qui cherchent à aller au-delà des déclarations d'intention, à prendre au sérieux cette question et à y apporter des réponses à la hauteur des enjeux », soulignent les auteurs, Vivian Dépoues et Sandrine Dhenain.

 
Ces cas rendent compte des défis que rencontrent ceux qui cherchent à aller au-delà des déclarations d'intention  
Vivian Dépoues et Sandrine Dhenain
 

Cinq collectivités pilotes

Premier cas, celui du projet d'aménagement de Pirmil-Les Isles sur les communes de Nantes, Rezé et Bouguenais (Loire-Atlantique). Celui-ci forme la rive sud de la Loire dans sa traversée du cœur de l'agglomération nantaise. Il s'agit d'une zone d'aménagement concertée (ZAC), créée en 2018 au sein d'un territoire de 200 hectares concerné par une démarche globale de renouvellement urbain. L'adaptation climatique a, au départ, répondu à la nécessité́ d'aménager cette ancienne zone industrielle, en partie inondable, en respectant le cadre du nouveau plan de prévention des risques d'inondations (PPRi). Sous l'impulsion d'une maîtrise d'ouvrage publique et d'une maîtrise d'œuvre volontaristes, cette caractéristique est devenue un marqueur fort du projet.

Deuxième exemple, celui de la Métropole européenne de Lille (MEL). Comme toutes les intercommunalités à fiscalité propre de plus de 20 000 habitants, elle doit réaliser et mettre en œuvre un plan climat air énergie territorial (PCAET) comprenant un volet sur l'adaptation au changement climatique. Sur la base du diagnostic de vulnérabilité de son territoire, la MEL a définitivement adopté son nouveau PCAET, en février 2021, avec l'adaptation comme un des axes directeurs. Se posent à présent les questions de la mise en œuvre des actions identifiées et de la prise en compte de cet axe stratégique dans les politiques publiques.

Autre territoire : Sète Agglopôle Méditerranée (SAM), où de multiples épisodes de tempêtes ou de houle ont contribué à rendre visible les sujets du changement climatique et de l'adaptation plus globale du territoire. Plusieurs secteurs sont, en effet, touchés par les effets de l'érosion accélérée du trait de côte et constituent des zones à enjeux. Au lido de Sète à Marseillan, une solution de géo-ingénierie, un atténuateur de houle, a été expérimentée et installée, début 2013. Cette solution connaît néanmoins quelques aléas, sources de coûts associés. Ainsi, la fragilité du boudin géotextile installé génère des besoins importants de maintenance. En 2020 par exemple, la restauration des 22 géotubes a nécessité environ 1 M€ HT de dépenses.

Quatrième cas, celui de la rivière Dordogne, un affluent de la Garonne, située au nord-est du bassin Adour-Garonne. Le projet Dordogne 2050 est une démarche portée à l'échelle du bassin-versant, qui concerne onze départements, par l'Établissement public de bassin, Epidor. Il vise à définir les avenirs possibles à l'interface entre enjeux climatiques et anthropiques (dynamiques démographiques, socio-économiques...) et à mener une réflexion sur les pistes d'aménagement du territoire susceptibles d'être mises en œuvre sur le court terme pour s'adapter aux changements globaux à venir.

Dernier exemple, le massif des Vosges couvre une surface de 7300 km2 entre les Régions Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté, englobant 80 communes où vivent 620 000 habitants. Sur ce territoire, les enjeux environnementaux se conjuguent à un important défi économique et démographique : l'espace reste fortement peuplé pour un territoire de montagne (80 hab/km2) qui cherche à conserver ses habitants, malgré la déprise industrielle. Les collectivités y développent une réflexion sur l'évolution du modèle des stations de montagne face au changement climatique. En l'occurrence, il s'agit d'accepter l'obsolescence d'un modèle.

Les coûts liés à l'environnement souvent sous-estimés

La généralisation de politiques d'adaptation représente un défi économique, mais aussi en termes d'ingéniérie. Elle mobilise des compétences nouvelles et s'inscrit dans une nouvelle conception du temps politique. S'adapter, c'est anticiper des effets non encore advenus sur les aménagements, c'est donc accepter aujourd'hui des surcoûts qui pourraient survenir demain. L'adaptation sollicite donc des investissements spécifiques.

Cependant, les coûts liés à l'environnement représentent un facteur clé souvent sous-estimé, pointe l'étude d'I4CE. Par exemple, la médiation scientifique, l'information des parties prenantes, la prospective, la concertation autour des solutions sont nécessaires pour le socle de l'adaptation. Ces dispositifs et leurs coûts associés peuvent représenter une barrière pour engager l'adaptation, souligne Vivian Dépoues. En outre, certains projets d'adaptation requièrent une ingéniérie spéciale, mobilisant davantage d'interactivité dans la conception des projets, une capacité à travailler dans la durée, à associer des acteurs et des partenaires multiples.

Changer d'échelle pour sortir de l'impasse

La réponse n'est pas seulement économique, mais tient aussi à l'échelle des solutions proposées. Les exemples décrits incitent à penser que c'est souvent en décalant ou en agrandissant le périmètre que des montages satisfaisants sont trouvés, par exemple à l'échelle d'un massif plutôt que d'une station de montagne, sur plusieurs sites d'un projet urbain ou en intégrant le rétro-littoral aux stratégies d'adaptation face à la montée du niveau de la mer. Selon les recommandations du rapport, trouver la bonne échelle permet également la mutualisation de certains coûts, la mise en commun de ressources ou l'articulation de compétences.

Réactions1 réaction à cet article

 

Bonjour Mme Sinaï,

Histoire d'abonder dans le sens de votre conclusion, j'évoquerai la plupart des études d'impact relatives aux ZAC ("zones à calamités" ?), et plus particulièrement, leur inénarrable volet "effet cumulé aux autres projets du secteur d'étude" qui invariablement se traduit par un "tout va très bien Mme la Marquise".
L'appréhension globale d'une situation est évidemment la clef permettant d'anticiper les difficultés (euphémisme !) à venir. Encore faut-il que la volonté de le faire soit au rendez-vous.

Tonton Albert | 13 décembre 2021 à 10h31
 
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