En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Energie, eau, déchets : la représentativité des syndicats professionnels en question

Entre grands groupes de l'énergie et petites PME, délégataires privés et régies municipales, les clivages aboutissent à une atomisation des filières, qui ont des vues diverses sur la gestion des ressources et des territoires.

Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com

A l'heure où se poursuit le débat parlementaire sur la loi de transition énergétique, les grands opérateurs du secteur s'activent en coulisse pour défendre leurs intérêts et faire passer leur message. Ils plaident par exemple pour la fin des tarifs d'achat des énergies renouvelables (EnR), tout comme les grands énergéticiens européens, favorables à leur abandon au profit d'une intégration des renouvelables au marché concurrentiel de l'électricité. Mais dans un contexte de réduction des subventions publiques et de réorientation des politiques, les intérêts des uns ne font pas forcément le bonheur des autres et les clivages au sein des représentations professionnelles s'accentuent.

Porte-parole multiples pour visions divergentes

Créé en 1993, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) se dit plutôt favorable à l'intégration des EnR au marché, sous réserve de la progressivité du mécanisme. Parmi les quinze membres du conseil d'administration du SER, les grandes entreprises sont fortement représentées : EDF Energies Nouvelles, Total, Enel France, Areva, Sofiprotéol, Alstom, General Electric, Siemens et Dalkia-France (dont le rachat par EDF a été avalisé en juin dernier par la Commission européenne). Celles-ci dominent la prise de décision, orientent les politiques et influencent les décideurs publics. Reste que ces grandes entreprises de l'énergie n'ont pas pour vocation première de promouvoir les renouvelables, marginales dans leur mix énergétique. A fortiori, le positionnement pro-nucléaire du SER, dont Areva est l'un des administrateurs, est un problème pour de nombreux acteurs, PME et salariés de l'éolien.

"Le SER a toujours été le représentant des grands groupes, ce n'est pas nouveau. La scission d'avec les pionniers du solaire date des années 1980. Dès cette époque, le monde des renouvelables se divise entre les associations type réseau pour la transition énergétique (Cler), et les entreprises, qui se sont rassemblées au sein du SER. A côté de cela, il y a eu d'autres systèmes de représentation, comme le syndicat Enerplan, dont la vocation initiale a été de faire valoir le solaire thermique", commente  Marc Jedliczka, directeur d'Hespul, association spécialiste du solaire
photovoltaïque, et porte-parole du Cler-Réseau pour la transition énergétique.

Le monde des déchets est tout aussi animé. En juin dernier, les Entrepreneurs de la Filière Déchet ont décidé par un vote à l'unanimité de quitter la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade). Le groupement professionnel (65 adhérents) y siégeait depuis quatorze ans. Les raisons de ce départ ? Un "profond désaccord sur les méthodes employées (…) privilégiant les intérêts des grands groupes au détriment des entreprises indépendantes et de leurs entrepreneurs" et le refus d'apparaître comme "les cautions PME de la Fnade". Pour les Entrepreneurs de la Filière Déchet, cette dernière est "devenue, au fil des ans, un véritable instrument de lobbying aux mains des grands opérateurs comme Veolia et Suez".

Syndicats alternatifs

Face au SER, Enerplan, qui compte 150 adhérents, fait figure de groupement alternatif. Syndicat des professionnels de l'énergie solaire né en 1983, il entend représenter les professionnels et défendre leurs intérêts mais aussi animer, structurer et développer la filière du solaire en France, historiquement le solaire thermique, plus récemment le photovoltaïque. Parmi les pionniers de l'éolien, la Compagnie du Vent a été l'un des artisans de France énergie éolienne, en réaction à une certaine hégémonie des grandes entreprises au sein du SER. Forte de 170 membres, France énergie éolienne (FEE), qui était depuis longtemps la branche éolienne du SER, s'en est détachée en 2012. Depuis, La Compagnie du Vent appartient à GDF-Suez.

Tandis que le SER se pose en interlocuteur unique face aux pouvoirs publics, les "petits" s'organisent, mais ne sont pas toujours reconnus, au point de n'avoir pas été invités à la Conférence environnementale de 2013, où seul le SER était représenté. Selon certains analystes du secteur, "à la lecture de la composition du conseil d'administration, personne ne pense que le Syndicat des énergies renouvelables est un syndicat de développement des énergies renouvelables. Cela pose un problème majeur. La logique voudrait que le SER soit la fédération des fédérations des énergies renouvelables. Mais cet éclatement a affaibli le syndicat, qui dispose de moins de ressources et se trouve plus dépendant des gros cotisants, tels qu'EDF Energies Nouvelles ou GDF".

Clivage public-privé dans le monde de l'eau

Dans le domaine de l'eau, les syndicats professionnels de concessionnaires privés rassemblés au sein de la fédération des entreprises privées de l'eau FP2E où les syndicats d'entreprises sont plus représentés que les régies car "ils ont un poids économique supérieur au nôtre", constate François Leblanc, directeur général adjoint d'Eau de Paris, remunicipalisée depuis 2009. Ainsi, en juin dernier, les régies de l'eau n'ont-elles pas été pressenties pour participer au Comité stratégique des éco-industries (Cosei), instance de concertation entre les entreprises de l'environnement et les pouvoirs publics placée sous l'égide du ministère de l'Industrie et du ministère de l'Ecologie. "On a dû faire un peu d'entrisme pour y être invités. En matière d'innovation industrielle et de protection de la ressource, nous sommes encore peu identifiés".

Les clivages s'expriment au sein de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) qui rassemble les collectivités recourant à des délégataires privés et les régies municipales de l'eau : il s'agit d'un pluralisme de fait qui s'amplifie depuis les actions de remunicipalisation, et la FNCCR a du mal à parler d'une seule voix. "Entre délégataires de service public et régies, la FNCCR fait de plus en plus le grand écart. Ce qui nous a amenés à constituer un sous-groupe au sein de la FNCCR, France Eau publique, afin de représenter les régies", explique François Leblanc.

Droits de réponses

Faisant suite à la publication de cet article Jean-Louis Bal, Président du SER a sollicité la publication d'un droit de réponse (ci-dessous), auquel David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement apporte (plus bas) quelques éléments d'informations complémentaires.

Monsieur le rédacteur en chef,

Permettez-moi de vous écrire suite à la publication d'un article intitulé « Energie, eau, déchets : la représentativité des syndicats professionnels en question » qui n'a pas manqué de nous interpeler.

En premier lieu, je voudrais rappeler que la journaliste auteure de cet article n'a pas pris le soin de nous appeler. C'est pourquoi nous nous permettons de revenir sur les nombreuses contre-vérités ou imprécisions qui nourrissent cet article.

Tout d'abord il est indiqué que le SER se dit « plutôt favorable à l'intégration des EnR au marché sous réserve de la progressivité du mécanisme ». En effet, notre organisation tient compte des nouvelles lignes directrices qui encadrent les aides d'Etat pour l'énergie et l'environnement imposée par la commission européenne en rappelant que ces dites lignes donnent quelques marges de manœuvre que le gouvernement français doit saisir pour préserver la pérennité des acteurs du secteur les plus fragiles. Par ailleurs, lors de leurs auditions à l'Assemblée Nationale devant la commission spéciale, les ONG représentées par M. Marc JEDLICZKA, par ailleurs cité dans l'article, se sont également déclarées favorables à cette évolution sous condition d'une progressivité comparable à celle demandée par le SER. Cela nous semble être également la position d'autres organisations professionnelles du secteur qui l'expriment peut-être moins clairement.

L'article cite, par ailleurs, M. Marc JEDLICZKA dans les propos suivants « la scission avec les pionniers du solaire date des années 1980 » tout en rappelant un peu avant que le SER fut créé (ce qui est parfaitement exact) en 1993. Curieux anachronisme, vous en conviendrez sûrement.

L'article cite, ensuite, une partie de la composition du Conseil d'Administration du SER et indique que le nombre d'administrateurs serait exactement de « 15 ». Cette information est totalement erronée puisque notre conseil d'Administration est composé de 28 membres (26 administrateurs mandatés par des sociétés membres + le Président et le Président d'honneur, qui ne bénéficie pas de droit de vote). Parmi les 26 administrateurs issus de sociétés :

  • 12 sont issus d'une PME, PMI ou ETI
  • 13 sont issus d'un groupe d'envergure internationale
  • 1 est issu d'un établissement financier

Nous sommes donc bien loin de la sur représentativité des « grands groupes » que semble vouloir dénoncer de sa plume vengeresse l'auteure de l'article. Par ailleurs, permettez-moi de préciser que 6 PME ou ETI président 6 commissions filières (géothermie, EnR et bâtiment, solaire photovoltaïque, DOM COM, solaire thermodynamique et biomasse).

Bref, ce mauvais procès basé sur des allégations parfaitement erronées eut été évité par la simple consultation de notre site internet – rubrique « qui sommes-nous ? ».

Enfin, je note que vous citez des sources anonymes qualifiées d'« analystes du secteur » (sic) (dont vous nous laisserez néanmoins imaginer l'identité) qui conteste le travail rigoureux du SER de défense du secteur. Nous y voyons beaucoup de frustrations et une certaine forme de jalousie, alors que le projet de loi de transition énergétique est débattu à l'Assemblée Nationale, car force est de constater que notre organisation et son conseil d'administration ont collégialement été force de propositions pour que nos énergies renouvelables complémentaires et solidaires soient portées à 32% du mix énergétique à l'horizon 2030. Seul objectif qui fonde et construit la stratégie politique du SER et qui honore le travail de l'équipe de permanents toujours volontaires et imaginatifs.

Pour conclure, vous me permettrez donc de vous demander de bien vouloir publier ce courrier en guise de droit de réponse suite à cet article qui n'a pas pour d'autres ambitions que de disqualifier notre organisation. Nous en sommes d'autant plus surpris que votre publication factuelle et précise est habituellement très appréciée de nos équipes.

Dans l'attente,

Veuillez recevoir, Monsieur le rédacteur en chef, l'expression de nos salutations distinguées.

Jean-Louis BAL, Président du SER

Monsieur le Président,

Comme vous le constaterez, nous avons publié votre « droit » de réponse sur la page même de l'article incriminé.

Toutefois, je tiens à vous rappeler que cet article pointe les difficultés qu'éprouvent nombre de syndicats, parmi lesquels figure le SER, à concilier les différentes mouvances qui s'expriment en leur sein. Et de noter qu'au final, vu les échéances parlementaires, de plus en plus de scissions s'opèrent. Le contexte lié au PLTE est assez logiquement propice à exacerber les divergences en matières d'EnR. Il ne s'agit donc nullement de diaboliser le SER ou certains de ses adhérents/membres du CA et je m'étonne que vous l'interprétiez comme tel de la part d'Actu-Environnement.

Par contre je m'inscris clairement en faux sur les points que vous soulevez à l'encontre du traitement journalistique qui a été fait de se sujet :

1 — Notre journaliste a pris contact avec vos services le 23 septembre par téléphone puis par email afin d'obtenir vos dossiers de presse et préciser votre position sur l'intégration des EnR au marché. Vous concédez vous même que les informations s'avèrent exactes et bénéficient qui plus est d'un relatif consensus parmi les divers acteurs du secteur.

2 — Les personnalités citées dans cet article sont toutes des personnes reconnues pour leurs compétences, même si elles expriment des avis divergents de ceux du SER.

3 — S'agissant de votre conseil d'administration, Nous nous sommes justement basés sur la page de votre site internet http://enr.fr/gene/main.php?base=14 (laquelle a d'ailleurs été modifiée entre temps) pour y lire, je cite :

"Autour de son Président, Jean-Louis BAL, réélu pour trois ans, l'Assemblée Générale du Syndicat des énergies renouvelables a élu mardi 22 octobre 2013, les 15 membres de son Conseil d'Administration :

  • Yvon ANDRE - EDF Energies Nouvelles
  • André-Jacques AUBERTON HERVE - SOITEC
  • Elisabeth AYRAULT - CNR
  • Antoine CAHUZAC - EDF Energies Nouvelles
  • Arnaud CHAPERON - TOTAL
  • Frédéric COIRIER - POUJOULAT
  • Sébastien COUZY - METHANEO
  • Michel CREMIEUX - ENEL France
  • Louis-François DURRET - AREVA
  • Andreas GOERGEN - Siemens
  • Christophe GRUY - MAIA
  • Kristell GUIZOUARN - SOFIPROTEOL
  • Pierre de MONTLIVAULT - DALKIA
  • Jérôme PECRESSE - ALSTOM
  • Pierre VIALLEFOND - GENERAL ELECTRIC"

Vous conviendrez sans nul doute qu'à quelques exceptions près, les grands groupes énergétiques y sont fortement représentés. Dès lors, peut-on véritablement parler d'esprit vengeur de notre journaliste ? Je ne le pense pas.

Veuillez recevoir, Monsieur le président, l'expression de mes meilleures salutations.

David ASCHER, Directeur de publication d'Actu-Environnement

Réactions1 réaction à cet article

 

Nos collectivités sont entièrement dépendantes des groupes organisés pour leur fournir leurs services au prix fort. Nous ne sommes pas la veille de voir réduire nos impôts locaux et autres taxes sur les consommations d'eau, d'énergie, de gestion des déchets, versées au profit des acteurs de ces filières et ce malgré tous les efforts que nous pourrons faire (tri et recyclage, réduction des consommations diverses...) et qui sont nécessaires.
Le financement de l'éolien est un exemple ahurissant du savoir faire syndical pour ponctionner nos portefeuilles sans contrepartie. La CSPE par exemple est une taxe occulte prélevée sur nos factures d'électricité dont la moitié aujourd'hui sert à financer le surcout du au déploiement des énergies renouvelables (3 milliards d'euros en 2014).
Ce surcout est généré grâce au tarifs de rachat imposé par l'état aux distributeurs d'électricité qui le répercutent sur le consommateur.
Le SER s'intéresse au renouvelable pour le revenu qu'il génère et veut nous fait croire que c'est pour la bonne cause avec la bénédiction de nos politiques
Prix de rachat de l'électricité éolienne, 80 euros du MWh pour le terrestre, 200 euros du MWh pour le maritime alors que le marché est autour de 50 euros du MWh. Du fait de l'intermittence de cette production il faut aussi financer (redevance pour non utilisation les jours de vent) les centrales thermiques à combustibles fossiles pour compenser l'absence de vent
Nous sommes pigeonnés.. qui peut nous représenter?

ITC78 | 01 octobre 2014 à 11h25
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Agnès Sinaï

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager