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Facteurs de stress des abeilles : les pesticides et les infections prédominent

L'Anses alerte sur l'impact de la co-exposition des abeilles aux pesticides et agents infectieux qui nuisent à leur santé. Elle demande à l'Union européenne d'évaluer l'effet des interactions entre les molécules pesticides avant leur homologation.

Risques  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a mis en place en janvier 2013 un groupe d'experts chargé d'évaluer l'impact des facteurs de stress (parasites, pesticides, médicaments vétérinaires, malnutrition, conditions météo…) susceptibles d'interagir entre eux, sur la mortalité des colonies d'abeilles. Dans un avis paru le 14 septembre, l'Anses a présenté les résultats de leurs travaux de recherches qui soulignent le caractère multifactoriel des causes de mortalité des colonies : agents infectieux (parasites dont le varroa "en tout premier lieu", bactéries, champignons, virus) ainsi que de "nombreux résidus de xénobiotiques" (insecticides, fongicides et acaricides) présents dans les matrices apicoles (miel, gelée royale, propolis, pollen, abeilles, nectar, pain d'abeilles, cire).

Les experts ont souligné "l'importance" de la co-exposition des abeilles à ces pesticides et agents infectieux pouvant entraîner leur effondrement. "La présence d'agents infectieux au sein des colonies, et l'exposition des abeilles à des pesticides de diverses origines et mécanismes d'action, entraînent selon toute vraisemblance le passage d'un état de santé "normal" à l'expression de pathologies pouvant conduire à leur effondrement, par le biais d'une baisse de l'immunité ou d'une diminution des mécanismes de détoxication des abeilles", explique l'Anses.

Interactions d'agents infectieux et/ou chimiques : quels impacts ?

Plusieurs agents infectieux et/ou chimiques peuvent interagir sur les mêmes cibles fonctionnelles de la larve et de l'abeille adulte et induire des "effets additifs ou synergiques", relèvent les experts. Les substances chimiques peuvent en outre perturber les mécanismes de détoxication et ainsi modifier la sensibilité des abeilles à d'autres substances. Certains agents biologiques (varroa) et certaines substances ont également des effets immunodépresseurs et "contribuent à l'amplification des infections/infestations en général", ajoutent-ils.

Le varroa agit également comme vecteur du virus de la paralysie aiguë (ABPV) et du virus du Cachemire (KBV) voire comme multiplicateur de l'infection par certains virus qu'il transmet (virus des ailes déformées (DWV)). Enfin, certaines substances pesticides comme des néonicotinoïdes et des acaricides, peuvent avoir "un effet sur la cohésion de la colonie et le comportement hygiénique des ouvrières, et donc sur les risques infectieux et parasitaires", prévient le rapport.

Ainsi, les interactions entre : le varroa et les virus (virus des ailes déformées DWV et virus de la famille des Dicistroviridae) ; les pesticides néonicotinoïdes et le champignon parasite nosema ; l'insecticide fipronil et le nosema ; les néonicotinoïdes et les virus (DWV et virus de la cellule royale noire (BQCV)) mais aussi entre les fongicides et les insecticides montrent "des effets de synergie menaçant le bon état de santé des colonies".

Ces différents mécanismes peuvent agir simultanément. Leurs effets dépendent de la saison. "Le niveau d'infection de la colonie à l'entrée de l'hiver dépend de l'interaction entre l'ensemble de ces facteurs pendant la période de butinage. Ils peuvent être seulement observables après un temps de latence", détaillent les chercheurs.

Les troubles observés peuvent résulter de co-expositions "concomitantes, mais également successives" à des facteurs de stress, précisent les chercheurs. Un facteur peut en effet induire des effets, par exemple sur l'immunité, dont les conséquences apparaîtront de manière différée, alors même que ce facteur ne serait plus présent dans la ruche.

Vers la prise en compte des co-expositions avant chaque AMM ?

Afin de préserver la santé des ruchers, l'Anses recommande d'intervenir sur l'ensemble de ces facteurs, notamment au travers des "bonnes" pratiques apicoles, via des mesures de biosécurité et de lutte contre les agents infectieux, et le maintien des populations d'abeilles adaptées aux conditions locales.

L'Anses appelle également à diminuer le recours aux intrants dans les pratiques agricoles afin de limiter l'exposition globale des abeilles aux produits phytopharmaceutiques. "Dans le cadre de discussions à engager au niveau européen", l'Agence recommande que soient intégrés dans la procédure d'évaluation de la toxicité des insecticides, avant leur autorisation de mise sur le marché (AMM), des tests pour mesurer l'effet de leur co-exposition à d'autres molécules. A savoir : une molécule acaricide anti-varroa, une molécule fongicide pour inhiber les mécanismes de détoxication des abeilles et enfin, un insecticide ayant un même mode d'action, si le produit phyto à tester est un insecticide.

Depuis le 1er juillet 2015, ce n'est plus le ministère de l'Agriculture qui délivre les AMM des phytosanitaires mais l'Anses. "La mise en œuvre effective de cette proposition est subordonnée à une adaptation de la réglementation communautaire, après mise au point des tests et procédures nécessaires", a souligné l'Agence.

L'Anses a également souligné l'importance de disposer à terme d'un réseau d'observation harmonisé et structuré au niveau national, permettant de produire des bilans de l'état de santé des colonies, notamment par la création de ruchers de référence. Ces ruchers "permettraient, sur la base d'une collecte standardisée de données de population et de production, de définir des référentiels régionaux pour les différents acteurs", a expliqué l'Agence.

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