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Jean-Philippe Carpentier démissionne de la présidence de la fédération des recycleurs

Jean-Philippe Carpentier quitte la présidence de la Fédération des entreprises du recyclage. À l'origine de la crise se trouve l'opposition de Federec à la consigne des bouteilles plastique.

Déchets  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com
Jean-Philippe Carpentier démissionne de la présidence de la fédération des recycleurs

Vendredi 13 mars, Jean-Philippe Carpentier a démissionné de la présidence de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec). En décembre 2018, il avait été réélu pour la troisième fois de suite à la tête de l'organisation professionnelle qu'il présidait depuis 2012. « J'ai toujours agi pour l'intérêt général et, pour préserver l'unité et l'avenir de la fédération, j'ai décidé de démissionner », explique-t-il à Actu-Environnement.

Jean-Luc Petithuguenin, président-directeur général de Paprec et vice-président de Federec en charge de la communication, assure l'intérim jusqu'à l'élection du nouveau président, conformément aux statuts de la fédération. Le prochain conseil d'administration était prévu le 2 avril, mais la crise liée au Covid-19 place Federec dans l'incertitude.

Cette démission intervient alors que la fédération professionnelle est dans la tourmente depuis que Séché, Suez et Veolia ont pris la décision, mi-février, de quitter la fédération professionnelle. Les trois grands opérateurs estiment que les positions prises par Federec ne sont pas représentatives de l'ensemble des points de vue exprimés par les adhérents. Dans la foulée, Federec a quitté la Confédération des métiers de l'environnement (CME), crée en 2015 conjointement avec la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l'environnement (Fnade). La CME devait permettre aux deux organisations professionnelles représentatives des acteurs de la gestion des déchets de défendre conjointement certaines positions. Aujourd'hui, le départ de Federec fragilise la fédération dans le cadre des travaux conduits par le Comité stratégique de filière (CSF) « transformation et valorisation des déchets ».

Federec, porte-voix de Paprec ?

Au cœur de la crise figure l'opposition de Federec à la consigne pour recyclage des bouteilles plastique. En juin dernier, la fédération professionnelle avait proposé une alternative à la consigne basée sur le développement massif du bac de tri. Elle plaidait pour que le bac jaune devienne le principal bac de collecte et accueille l'ensemble des déchets, à l'exception des déchets humides et du verre. Ensuite, les centres de tri auraient été chargés d'orienter les déchets du bac jaune vers les filières de valorisation appropriées.

Plusieurs acteurs contactés expliquent que cette position n'était pas consensuelle. Ils font valoir qu'elle était surtout favorable au groupe Paprec qui a placé au cœur de sa stratégie industrielle le tri des déchets et la vente des matières à recycler. La position de Federec ne convenait pas forcément aux acteurs plus diversifiés. D'ailleurs, cette position a été présentée à la presse par le P-DG de Paprec, fait valoir un interlocuteur.

« La consigne n'est pas une "position de Paprec" : le conseil d'administration de Federec a débattu et voté à deux reprises », explique Jean-Philippe Carpentier. Et d'ajouter, que « si certains sont déçus, on peut l'entendre, mais la fédération devait se positionner ». Plus précisément, il rappelle que la consigne pose la question de la propriété de la matière et concerne donc l'ensemble des activités de tri, de courtage et/ou de recyclage des adhérents.

Surtout, il reproche à Suez et Veolia, ainsi qu'à la Fnade, de ne jamais avoir exprimé être en faveur de la consigne. Et de rappeler qu'en juillet, à l'occasion de son audition devant les députés chargés d'étudier le projet de loi Économie circulaire, Philippe Maillard, alors directeur général adjoint de Suez France et président de la Fnade, reprenait à son compte l'essentiel des arguments avancés par Federec contre la consigne.

 
J'ai toujours agi pour l'intérêt général et, pour préserver l'unité et l'avenir de la fédération, j'ai décidé de démissionner.  
Jean-Philippe Carpentier
 
Relation tendue avec le ministère

Au-delà de la position de fond sur la consigne, les opposants ont adopté un ton virulent jugé dangereux et contreproductif par certains. La défense des positions relatives aux autres volets de la loi Économie circulaire était devenue inaudible, critiquent plusieurs acteurs. Surtout, le ton vigoureux adopté à l'encontre de Brune Poirson n'a pas plu aux grands groupes. En octobre, la secrétaire d'État à la Transition écologique avait publiquement dénoncé « la croisade personnelle » menée par certains.

« Jamais Federec et moi-même n'avons attaqué la secrétaire d'État », se défend Jean-Philippe Carpentier qui explique « s'être opposé sur le terrain des idées, mais jamais contre sa personne ». À l'inverse, en septembre, Brune Poirson avait critiqué sur France Inter les « lobbys de recycleurs », rappelle-t-il. Si le terme « lobby » est resté, la secrétaire d'État semblait viser des entreprises, plutôt que Federec : « J'ai [en face de moi] des gros recycleurs, c'est-à-dire des grosses entreprises qui fonctionnent et qui vivent du système actuel de gestion des déchets, qui, en France, est opaque, qui, en France, n'est pas clair [et] qui fait que les Français n'en ont pas pour leur argent ». La critique visait très probablement Paprec, plutôt que Federec. À l'époque, le P-DG de l'entreprise multipliait les sorties médiatiques contre la consigne.

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