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Agriculture bio versus conventionnelle : il faut comparer tous les impacts environnementaux

Qui, de l'agriculture biologique ou conventionnelle, a le moins d'impact sur l'environnement ? Cette question oppose pro et anti, mais pas seulement ! Les chercheurs eux aussi sont loin du consensus.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
Agriculture bio versus conventionnelle : il faut comparer tous les impacts environnementaux

Une étude, publiée en octobre dans la revue Nature communications, estime que l'agriculture biologique a plus d'impact sur l'environnement, et notamment sur le climat, que l'agriculture conventionnelle. L'explication ? L'agriculture biologique est moins productive, donc elle consomme plus de terres. L'étude évalue les conséquences, pour les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES), d'un passage à 100 % à l'agriculture biologique en Angleterre et au Pays de Galles. Elle prend appui sur une analyse du cycle de vie (ACV). Conclusions : « Nous prévoyons des déficits majeurs dans la production de la plupart des produits agricoles par rapport à une production de référence (conventionnelle). Les émissions directes de GES sont réduites grâce à l'agriculture biologique. Mais si l'on prend en compte l'augmentation de l'utilisation des terres à l'étranger pour compenser les déficits de l'offre intérieure, les émissions nettes sont plus importantes », indiquent les auteurs.

Raisonnement simpliste, rétorquent trois chercheurs français, danois et suédois, dans une analyse critique de nombreuses études d'ACV, publiée dans la revue Nature sustainability, le 16 mars. Selon eux, la plupart des analyses de cycle de vie omettent de prendre en compte certains indicateurs environnementaux et sont donc incomplètes. Or, l'impact environnemental ne peut être réduit aux émissions de GES.

Quid des impacts sur la biodiversité, les sols, l'eau ?

« Les études d'ACV actuelles ne prennent que rarement en compte la biodiversité, qui est d'une importance cruciale pour la santé et la résilience des écosystèmes, explique l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), où travaille l'un des trois chercheurs. Cependant, elle est en déclin dans le monde et l'agriculture conventionnelle s'est avérée être l'une des principales causes de tendances négatives observées, telles que le déclin des insectes et des oiseaux ». A contrario, les parcelles cultivées en agriculture biologique supporteraient « des niveaux de biodiversité environ 30 % plus élevés que les champs conduits en agriculture conventionnelle ».

Quid de l'impact des pesticides sur les sols, l'eau, les écosystèmes ? « Les avantages des pratiques agricoles biologiques, telles que des rotations mobilisant une plus grande diversité de cultures et l'utilisation d'engrais organiques, sont paradoxalement souvent négligés dans les études d'ACV », note l'Inrae.

 
Les parcelles cultivées en agriculture biologique supporteraient des niveaux de biodiversité environ 30 % plus élevés que les champs conduits en agriculture conventionnelle.  
Inrae
 
L'unité de comparaison choisie, par kilogramme de produit fini plutôt que par hectare, est également favorable à l'agriculture conventionnelle. Les auteurs concluent donc que « la méthodologie et les pratiques actuelles d'ACV ne sont tout simplement pas suffisantes pour évaluer les systèmes agro-écologiques tels que l'agriculture biologique ».

Une multiplicité d'indicateurs à prendre en compte

Ces difficultés d'évaluation avaient d'ores et déjà été révélées par les travaux sur l'affichage environnemental des produits agro-alimentaires, lancés en France par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'Association française de normalisation (Afnor) en 2011. Trois indicateurs avaient été retenus dans le référentiel méthodologique : les émissions de GES, l'éco-toxicité et la consommation d'eau. Les travaux menés révélaient la difficulté d'arrêter un indicateur unique et consensuel permettant de calculer l'impact d'un produit sur la biodiversité.

Réactions5 réactions à cet article

 

Il en va des études ACV agricoles uniquement basées sur les émissions de GES comme des tests d'émissions de véhicules thermiques avant la mise en place de la nouvelle norme Wltp : on se focalise sur un critère (le CO2) et on occulte tout le reste. Sauf que le reste sort bel et bien des pots d'échappement et que les poumons des gens en font les frais. Et au final, on récolte de somptueux scandales sanitaires et environnementaux et quelques menues affaires de mensonges d'Etat, à la limite de l'escroquerie mafieuse.
La biodiversité sauvage a toujours été le parent pauvre des politiques agricoles. Logique puisque la majorité des agriculteurs ne la connaissent pas, mises à part les espèces dites "gibier" et "nuisibles". Quant aux espèces protégées, elles ne forment guère qu'un corpus source de potentiels problèmes juridiques dont il faut se méfier comme la peste.
Il existe bien évidemment des agriculteurs aux compétences naturalistes avérées mais ils sont rares et sont bien souvent des personnes s'étant reconverties.

Pégase | 17 mars 2020 à 21h37
 
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Bien d'accord avec ce qui est dit pour contrer cette étude de la revue Nature communications; de plus combien de terres où l'on pourrait cultiver ont été artificialisées bétonnées? La biodiversité on 's'en fout' un peu partout: peu savent vraiment ce qu'il faut entendre par là surtout biodiversité invisible des sols. On parle que de climat comment peut-on les séparer? AVERN 18 mars 2020
http://www.avern.fr/

AVERN | 18 mars 2020 à 11h37
 
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Dans cette affaire il faut dénoncer l'inertie intellectuelle des écoles d'agriculture qui en sont encore le plus souvent restées aux techniques productivistes alors que des agronomes de renom exposent les possibilités d'une démarche plus respectueuse des richesses naturelles .
Quand pourrons nous entendre à nouveau le chant des alouettes dans les blés ? Ils valent tous les indices scientifiques .

sirius | 18 mars 2020 à 12h50
 
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@ sirius : à mes yeux, c'est lorsqu'on entendra à nouveau les vocalises de l'Outarde canepetière (certes bien moins gracieuses que celles de l'Alouette des champs) dans les plaines agricoles que l'on saura qu'on y a vraiment opéré une grande reconquête qualitative de la biodiversité. Car cette espèce "parapluie", qui était encore présente jusque dans les années 70-80 dans toutes les grandes plaines agricoles françaises (Beauce, Champagne-Ardenne, Limagne, Alsace, Franche-Comté, Champagne berrichonne, Poitou-Charentes, Crau, etc.), y a presque partout disparu, principalement du fait de la raréfaction du si favorable système de polyculture-élevage extensif provoqué par l'intensification inouïe des pratiques agricoles, causes qui se poursuivent encore.

Pégase | 19 mars 2020 à 08h52
 
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Toutes ces études sont-elles faites à production équivalente ? C'est à dire prend-on en compte les (trop) nombreuses surfaces cultivées destinées uniquement à l'alimentation intensive animale ? On pourrait plutôt établir ce que devrait être une superficie globale nécessaire à l'alimentation humaine (pas trop éloignée) et à l'alimentation animale raisonnée et raisonnable.
Mais le raisonnable n'a pas cours chez l'homme quand il s'agit de profit financier.

fred_ahp | 19 mars 2020 à 13h12
 
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