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Actu-Environnement

''Le Grenelle permet surtout de fonder un nouveau modèle de croissance''

Alors que s'ouvre la semaine du Développement Durable, Jean-Louis Borloo, revient pour Actu-Environnement sur la croissance des éco-activités et leur potentiel de recrutement dans un contexte de crise économique et financière. Une opportunité de poser les bases de la croissance verte ?

Interview  |  Gouvernance  |    |  Carine Seghier Actu-Environnement.com
   
''Le Grenelle permet surtout de fonder un nouveau modèle de croissance''

   
AE : Les secteurs de l'Environnement pourront-ils, à votre avis, contribuer à amortir les effets de la crise économique et financière actuelle ?
Jean-Louis Borloo :
Bien entendu ! Le Grenelle Environnement, ce sont près de 400 milliards d'euros d'investissement et plus de 550.000 emplois selon les professionnels, dans tous les domaines de la croissance verte : la construction, la rénovation thermique, les transports, les énergies renouvelables… Je rappelle d'ailleurs que 35% des investissements du Plan de relance sont directement consacrés à l'accélération des chantiers du Grenelle Environnement. Grâce à ces investissements programmés sur plusieurs années, nous donnons de la visibilité à nos industriels et à leurs milliers de sous-traitants. Quant aux Français, c'est l'occasion ou jamais de faire des économies sur leurs factures énergétiques en profitant dès maintenant de toutes les mesures fiscales du Grenelle Environnement comme par exemple le cumul exceptionnel entre « crédit d'impôt développement durable » et « éco-prêt taux zéro ». Selon une étude récente du Boston Consulting Group, la rénovation d'un appartement de 100 m2 en mauvais état permet d'économiser jusqu'à 1400 euros par an ! C'est un vrai « plus » en termes de pouvoir d'achat. Mais au-delà, ces mesures illustrent, au fond, une double réalité : le Grenelle Environnement participe, certes, pleinement de la relance mais il permet surtout de fonder un nouveau modèle de croissance pour les dix ou quinze années à venir.

AE : Des projections annonçant la création de centaines de milliers d'emplois sur les métiers de l'environnement, de la maîtrise de l'énergie et des énergies renouvelables ont été établies à l'issue du Grenelle Environnement, c'est-à-dire avant la crise. Doit-on s'attendre à un recadrage de ces chiffres ?
JL-B :
Absolument pas ! Et si vous voulez mon avis, s'il y a recadrage, ce sera plutôt à la hausse car tous les chantiers du Grenelle Environnement vont rapidement monter en puissance. Grâce à l'éco-prêt à taux zéro et à l'enveloppe exceptionnelle de 1,2 milliards d'euros de prêts à taux bonifié de la Caisse des Dépôts pour financer la réhabilitation de 100.000 logements sociaux sur la période 2009/2010, le seul secteur de la rénovation thermique permettra de créer près de 115.000 emplois. De plus, le Plan de relance prévoit d'accélérer les acquisitions foncières et les travaux préparatoires de nombreux projets : LGV Bretagne/Pays-de-la-Loire, seconde phase du TGV Est, Canal Seine-Nord-Europe… Ces opérations donneront du travail à nos entreprises dès 2009. J'ajoute enfin que 710 millions d'euros seront consacrés dès cette année à la réalisation de nouvelles lignes de transports urbains dans les grandes villes de France. Tous ces projets ont été programmés et financés depuis plusieurs mois. D'une certaine façon, le Grenelle Environnement, participe à la relance et permet d'en accélérer sa mise en œuvre.

AE : Si l'éco-prêt à taux zéro soutiendra sans nul doute les filières de la rénovation des bâtiments et de travaux à destination des particuliers, certains projets comme ceux de l'éolien et des grandes centrales solaires notamment, semblent aujourd'hui souffrir d'une timidité des investisseurs. Votre Ministère s'est-il penché sur la question ?
JL-B :
Très honnêtement, je ne vois pas pourquoi les acteurs hésiteraient à investir dans des secteurs qui connaissent une croissance annuelle comprise entre 60%, pour l'éolien, et 130%, pour le solaire photovoltaïque ! J'ai ainsi présenté au mois de novembre dernier, un plan de développement des énergies renouvelables dont le but est de doubler en 12 ans notre production annuelle soit une hausse de 20 millions de tonnes équivalent pétrole. Ce plan prévoit également la construction d'une centrale solaire par région et le lancement d'un troisième appel d'offre « biomasse » portant sur une puissance cumulée de 250 MW. Et puis, nous avons prévu des dispositifs fiscaux très incitatifs pour garantir la rentabilité de ces investissements sur le long terme : confirmation des différents tarifs d'achat, possibilité d'exonérer de taxe foncière les bâtiments qui intègrent des énergies renouvelables, exonération totale de TVA, de taxe professionnelle et d'impôt sur le revenu pour les panneaux photovoltaïques de moins de 30 m2… Nous encourageons les investisseurs et les entrepreneurs dans des domaines porteurs !

AE : Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le Plan de relance va à l'encontre des objectifs du Grenelle Environnement ? Autoroutes et industrie automobile constituent-ils des secteurs de recrutement et d'emploi d'avenir ?
JL-B :
D'abord, et comme je vous le disais tout à l'heure, je rappelle que 5 milliards d'euros soit 35% des investissements prévus par le Plan de relance sont directement consacrés à l'accélération des chantiers du Grenelle Environnement. De plus, lorsque nous prévoyons 85 millions d'euros pour la sécurisation des tunnels ou 200 millions d'euros pour moderniser le réseau national, il s'agit surtout de mesures de sécurité routière ! Effacer un carrefour dangereux ou supprimer un passage à niveau « accidentogène » n'ont jamais été contradictoires avec les principes du développement durable. Et puis, le Gouvernement entend aider les constructeurs automobiles français à commercialiser le plus rapidement possible des véhicules très faiblement émetteurs, qui sont, comme chacun sait, les véhicules d'avenir. L'Etat investit ainsi près de 400 millions sur trois ans en faveur de la recherche sur ces nouveaux modèles. Nous allons également étendre le bénéfice du bonus de 5.000 euros sur les véhicules émettant moins de 60 gCO2/km aux véhicules utilitaires légers. L'Etat procèdera enfin au renouvellement de son parc automobile dès 2009 afin de remplacer ses véhicules âgés de plus de 10 ans par des véhicules toujours plus performants sur le plan énergétique. L'objectif est d'atteindre à très court terme, le seuil de 100.000 véhicules électriques en circulation pour que les constructeurs français soient les plus compétitifs sur ce segment clef de la bataille économique de demain.

AE : Le dynamisme de certaines éco entreprises semble quelque peu impacté par la mauvaise conjoncture à l'image de l'industrie du recyclage. Ce secteur peut-il espérer une aide à l'instar des banques ou de l'automobile ?
JL-B :
Les éco-entreprises seront les premières bénéficiaires des 400 milliards d'euros d'investissement du Grenelle Environnement : rénovation thermique, recyclage, fabrication et installation de panneaux photovoltaïques, conseil aux particuliers, entreprises de construction… Il faut également attendre que les 35 mesures de fiscalité « verte » mises en place en 2008 produisent tous leurs effets : éco-prêt à taux zéro, prorogation et extension du crédit d'impôt « développement durable », verdissement des dispositifs d'accès à la propriété pour l'achat d'un logement particulièrement performant sur le plan énergétique, exonération totale de taxe sur les panneaux photovoltaïque de moins de 30 m2,…Et puis, les éco entreprises qui sont, la plupart du temps, des entreprises très innovantes peuvent bénéficier de tous les dispositifs de soutien à l'innovation comme le crédit d'impôt recherche ou les avantages liés aux fonds communs de placements. Ces entreprises ont toutes les raisons de croire en leur avenir !

AE : Une étude publiée sur Emploi-Environnement.com en décembre dernier pointait du doigt les faiblesses, tant qualitatives que quantitatives, en terme de formation sur les métiers de l'environnement et des énergies renouvelables. Qu'en pensez-vous ? Des dispositifs sont-ils prévus ?
JL-B :
Aujourd'hui, les formations, les universités et les grandes écoles intègrent progressivement, d'une façon ou d'une autre, le développement durable dans leurs enseignements sous forme de modules, de spécialisations ou de chaires… De plus, nous travaillons depuis le début du Grenelle Environnement en étroite collaboration avec l'ensemble des professionnels de chaque secteur pour voir comment améliorer le recrutement, les qualifications et les formations afin de mieux répondre aux besoins. C'est là qu'il nous faut vraiment concentrer nos efforts. Je suis convaincu que nos entreprises, nos ingénieurs et nos artisans seront au rendez-vous du Grenelle Environnement. En tout cas, je voudrais dire aux jeunes qui en ce moment même s'interrogent sur leur avenir : que vous aimiez la biologie ou le droit, que vous soyez attirés par des activités concrètes ou plus théoriques, que vous soyez encore sans qualification ou déjà diplômé, le développement durable offre de formidables opportunités de carrière. En clair, c'est là qu'il y aura du boulot demain.

Réactions5 réactions à cet article

 
équilibre

Très bien, des propositions, de l'espoir, MAIS,
a-t-on besoin d'un modèle de "CROISSANCE"? la Terre ne POURRA PAS la supporter! il n'est pas question de croître ou de décroître, il faut (et ce qui est présenté peut y participer!) un modèle de développement HUMAIN, de maintien d'un équilibre NATUREL, si la présence de l'homme le permet....

jpaprika | 02 avril 2009 à 10h40
 
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Croissance de quoi? du PIB?

Mon cher Jean-Louis, effectivement, les grandes écoles "intègrent progressivement [...] le développement durable dans leurs enseignements sous forme de modules, de spécialisations ou de chaires…"

Mais, pour ta gouverne, dans les grandes écoles, on nous apprend aussi que la croissance infinie du PIB (puisque c'est implicitement de celle-ci que tu parles), est strictement incompatible avec un monde dont les dimensions sont finies.
Changeons d'indicateur (quelque chose qui mesure d'une manière ou d'une autre le développement humain et non le flux de fric...), au lieu de vouloir relancer la croissance du PIB par d'autres moyen.

plop | 02 avril 2009 à 14h59
 
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Re:Croissance de quoi? du PIB?

On t'a reconnu Jancovici

Alex | 02 avril 2009 à 15h23
 
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Re:Re:Croissance de quoi? du PIB?

J'avais effectivement mis un lien vers son site en précisant qu'un peu de lecture sur l'équation de Kaya serait bien intéressante pour éclairer le sujet. Visiblement, le modérateur n'aime pas les liens...

Donc tapez "manicore kaya" dans un moteur de recherche pour tomber directement sur la page du site en question...

PS : il n'y a pas que Jancovici qui tient ce discours...

plop | 02 avril 2009 à 15h32
 
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Re:équilibre

Exactement.
Et ce monsieur B. parle d'emplois, et là je rigole bien: j'y suis, dans le secteur de l'environnement, mais il semblerais qu'il ne connaisse pas une partie de ce 'secteur': Celui de la gestion d'espaces naturels, tel les forêts, les étendues sauvages (ou non sauvages dans le sens proche des humains), les plans d'eau plus ou moins importants, les rivières et fleuves, sources, les montagnes, et j'en passe je n'aurais pas la place de tout citer ici.
Et dans cette partie de secteur que ce monsieur semble complètement ignorer, hé bien, du boulot, y en a pas. On n'embauche pas.
Pourquoi?
parce que ce n'est pas les entreprises qui rapportent qui y travaillent. C'est, la plupart du temps, l'état (fonction publique mourante). Donc, pas de boulot, pas de gestion, pas d'avenir possible pour la Nature.
Alors on parle de déchets, de recyclage, de gestion d'énergie... et c'est bien, j'admets. Mais en oubliant la Nature directement, c'est oublier d'où l'homme vient. Et ce monsieur B., à mon avis, n'y connait que dalle.
Mais dans un pays où la monarchie revient (sans s'appeler ainsi, sinon les moutons se douteraient de quelque chose), je doute fortement que notre espace vital soit pris en compte. Ils ne voient que l'or, comme depuis des centaines d'années.
Évolution, vous avez dit...?

Nuwanda | 03 avril 2009 à 00h13
 
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