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La limite planétaire de sécurité pour les polluants chimiques est dépassée

Une étude scientifique constate le dépassement d'une cinquième limite planétaire, celle liée aux produits chimiques. Les auteurs jugent extrêmement urgent de réduire les rejets nocifs pour contrer cette menace de déstabilisation du système terrestre.

Risques  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
La limite planétaire de sécurité pour les polluants chimiques est dépassée
Actu-Environnement Le Mensuel N°421 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°421
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« Nous concluons que les augmentations de la production et des rejets de [polluants chimiques] ne sont pas compatibles avec le maintien de l'humanité dans un espace de fonctionnement sûr, à la lumière de la capacité mondiale de gestion. » Tel est le résultat de la première évaluation de la limite planétaire liée aux produits chimiques de synthèse réalisée par quatorze chercheurs et publiée mardi 18 janvier dans la revue Environmental Science and Technology.

La pollution chimique est l'une des neuf limites planétaires identifiée en 2009 par une équipe internationale de chercheurs, limites qui ne doivent pas être dépassées sous peine de mettre en péril l'équilibre de la planète. Ces limites sont le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, les perturbations globales du cycle de l'azote et du phosphore, le changement d'usage des sols, l'acidification des océans, la destruction de la couche d'ozone, les aérosols atmosphériques, l'usage de l'eau douce et la pollution chimique. En 2015, ces scientifiques ont jugé que quatre de ces limites (climat, biodiversité, cycles de l'azote et du phosphore regroupées depuis en une seule) étaient déjà dépassées.

350 000 types de produits chimiques différents

   
Évaluation de la limite planétaire pour les produits de synthèse. © Environ. Sci.
 
   
Avec cette nouvelle étude, les chercheurs, appartenant à des universités suédoise, danoise, suisse, britannique et canadienne, estiment que l'humanité a dépassé la limite planétaire liée aux polluants environnementaux, parmi lesquels figurent les plastiques. Il faut dire que la présence des produits chimiques va toujours croissant. Selon l'étude, 350 000 types différents de produits chimiques manufacturés sont présents sur le marché mondial : plastiques, pesticides, produits chimiques industriels, produits chimiques ménagers, antibiotiques et autres produits pharmaceutiques. « La production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950. Elle devrait encore tripler d'ici à 2050 », situe Patricia Villarubia-Gómez, coauteure de l'étude et membre du Stockholm Resilience Centre. En ce qui concerne plus particulièrement les plastiques, leur masse totale sur la planète représente plus du double de la masse de tous les mammifères vivants.

 
La production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950. Elle devrait encore tripler d'ici 2050  
Patricia Villarubia-Gómez, co-auteure de l'étude
 
Or, les risques pour l'environnement et la santé liés à cette explosion ne sont pas sous contrôle. « La vitesse à laquelle ces polluants apparaissent dans l'environnement dépasse de loin la capacité des gouvernements à évaluer les risques mondiaux et régionaux », indique, en effet, Bethanie Carney Almroth, coauteure et chercheuse à l'université de Göteborg. Certains de ces polluants sont répandus sur l'ensemble du globe. « Nous avons des preuves accablantes d'impacts négatifs sur les systèmes terrestres, y compris la biodiversité et les cycles biogéochimiques », explique Mme Carney Almroth.

Et ces polluants peuvent être extrêmement persistants. Les plastiques, par exemple, contiennent plus de 10 000 autres produits chimiques dont la dégradation crée de nouvelles combinaisons de matériaux. Les rejets polluants dans l'environnement vont donc augmenter malgré les politiques mises en œuvre dans de nombreux pays. L'Union européenne, par exemple, a adopté, en octobre 2019, une stratégie sur les produits chimiques qui prévoit la suppression progressive des substances les plus nocives, comme les PFAS ou les perturbateurs endocriniens, dans les produits de consommation. Mais de grandes différences dans la capacité de gestion des risques existent selon les régions du globe. Même si des améliorations notables sont constatées dans certaines zones, ces polluants continueront d'être produits, utilisés et éliminés avec une réglementation insuffisante ou inexistante ailleurs.

Fixer des plafonds à la production

Les chercheurs appellent donc à un renforcement des actions pour réduire la production et le rejet de polluants, tout en notant que, même avec une telle réduction, la persistance de nombreux produits chimiques et de leurs effets associés continueront à représenter une menace.

Ils appellent à des actions immédiates, sans attendre les résultats des travaux scientifiques supplémentaires qui s'imposent. Ces actions passent notamment par « un degré plus élevé de circularité dans les chaînes d'approvisionnement des produits ». « Passer à une économie circulaire est vraiment important, explique Sarah Cornell du Stockholm Resilience Centre. Cela signifie changer les matériaux et les produits afin qu'ils puissent être réutilisés et non gaspillés, concevoir des produits chimiques et des produits pour le recyclage, et un bien meilleur dépistage des produits chimiques pour leur sécurité et leur durabilité tout au long de leur cycle de vie dans le système terrestre. »

À l'instar des plafonds fixés pour les émissions de gaz à effet de serre (GES), les auteurs appellent aussi à la fixation de tels plafonds pour les polluants. « Nous devons travailler à la mise en place d'un plafond fixe sur la production et le rejet de produits chimiques », affirme Carney Almroth.

Contacté par Actu-Environnement pour réagir aux conclusions de cette étude, le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) indique partager le même objectif que tous les citoyens de l'UE : « Vivre dans un monde où les risques liés à l'utilisation de produits chimiques sont minimisés pour protéger l'environnement et la santé des personnes. » L'organisation professionnelle indique travailler sur des solutions innovantes, comme la symbiose industrielle, l'intelligence artificielle ou l'élimination des substances nocives des processus de production. Le Cefic annonce soutenir également les initiatives telles que Responsible Care qui « obligent les fabricants de produits chimiques à aller au-delà de la conformité réglementaire en améliorant la performance environnementale de leurs processus ou en minimisant les déchets ». De même que l'Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques (SAICM) « pour garantir que les gens peuvent utiliser les produits chimiques en toute sécurité, quel que soit l'endroit où ils vivent ».

« Nous ne sommes pas naïfs face au défi considérable posé par la réduction des rejets chimiques et plastiques (…), en particulier avec le blocage lié à l'approvisionnement en produits chimiques qui offre une résistance à de tels changements », avaient anticipé les chercheurs en conclusion de leur étude. Pour faire face à ce défi, ils appuient la création d'un organe scientifique et politique international chargé de superviser les produits chimiques et les déchets.

Réactions8 réactions à cet article

 

Eh bien si les gouvernements sont autant sensibles aux arguments de ces chercheurs qu'à ceux des experts pour le climat...on a du souci à se faire; l'humanité risque de disparaître beaucoup plus rapidement qu'elle ne le pense, en tout cas beaucoup plus vite qu'elle n'est apparue sur la Terre! Ce qui serait la suite logique de la perte de biodiversité: pourquoi l'être humain ne serait -il pas impacté par les polluants au même titre que la faune et la flore ? Nous ne sommes pas différents, notre ADN contient les mêmes acides aminés. Mais je ne me fais aucune illusion, tout continuera as usual, par conséquent il nous reste environ 25 à 30 ans de vie à peu près correcte sur la Planète et si rien ne change, ensuite ce sera le naufrage.

gaïa94 | 20 janvier 2022 à 17h18
 
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Une limite planétaire est dépassée et aucune information sur le sujet dans les journaux télévisés ...Soit Actu/environnement est trop rapide, soit les radars ne sont pas au même niveau pour les autres!

La goutte d’eau | 20 janvier 2022 à 22h00
 
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Cette étude ne m'étonne pas. Bon nombre de produits concernés sont fabriqués à partir du pétrole. Vous retirez le pétrole, et tous ses produits dérivés, vous retirez une grosse partie du problème.
Mais par contre, nos conforts de vie seront méchamment chamboulés (chauffage, transport, santé, loisirs), faute d'alternative.
Après tout, qui veut revenir à l'ère pré industrielle, où c'était vraisemblablement plus "durable"? Moyennant une espérance de vie moindre et une population nettement moins conséquente.

Ca ne m'étonne pas non plus qu'AE soit "trop" rapide. AE travaille selon la publication des réglementations environnementales, c'est sa spécialité. Il n'est pas rare de lire la publication d'un arrêté dans leur veille réglementaire, puis de lire dans les jours qui suivent un article concernant l'arrête publié (encore merci pour cette veille qui m'est très utile!)
Bon nombre d'autres médias (télé, radio, internet) sont, eux, généralistes, c'est à dire spécialisés en tout et bons en rien.... et de toute façon, ce qui les importe, c'est la polémique du moment, quitte à raconter des énormités ou mal jouer avec les stats.. au point que de plus en plus de journaleux se présentent, eux même, comme des polémistes plutôt que comme des journalistes. CQFD.

nimb | 21 janvier 2022 à 10h50
 
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Les éléments de réponse du Cefic aux questions d'AE sont savoureux : de belles intentions, matinées d'IA (ça fait toujours sérieux, l'intelligence artificielle), pour de beaux lendemains qui sont censés chanter. Mais on voit bien, ne serait-ce qu'avec l'exemple de l'addiction au glyphosate, combien la résistance de multiples rouages au changement constitue un frein d'une puissance redoutable, au risque d'enrayer totalement le processus, voir de le faire capoter.
Or, de toute évidence - et les résultats de l'étude objet de l'article le démontrent sans ambiguïté -, nous ne pouvons plus nous permettre le "luxe" d'attendre. Il revient donc au législateur européen de trancher sans délai en faveur de l'intérêt général -la santé des européens et de leur environnement - et cela sans prévoir de nouveaux nouveaux nouveaux délais d'adaptation de l'industrie, de n-ièmes exemptions ou je ne sais encore quelles astuces dilatoires.

Pégase | 22 janvier 2022 à 21h43
 
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Juste une remarque : le constat est planétaire = mondial, pas européen. La prise de conscience doit donc être mondiale.
L'Europe a son REACh, quand bien même "douteux" selon d'éminents spécialistes en spécialistes.... ce serait déjà bien que TOUS les autres continents en fassent de même.
Sans oublier qu'un composé classé non-toxique à T, le sera peut-être à T+20 années, études scientifiques et statistiques à l'appui....
Ce genre d'étude a donc au moins le mérite d'ouvrir les yeux, du moins aux cyclopes qui ne sont pas borgnes!

nimb | 24 janvier 2022 à 09h54
 
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La chimie c'est mal. Pas glop pas glop. YAKA tout arrêter c'est vrai quoi !
Pas grave si les médicaments sont issus de la méchante chimie "de synthèse" ou si la chimie fait partie des solutions en matière de recyclages : en effet, où recycler des produits chimiques si ce n'est dans des usines chimiques ?
Vous avez quatre heures.
Allez courage à ceux qui travaillent !

Albatros | 31 janvier 2022 à 18h13
 
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Albatros: toujours dans l'amalgame facile, ça vous évite de réfléchir... Il n'y a que vous qui travaillez, hein! Economisez donc votre énergie si elle ne vous sert qu'à pondre des commentaires d'une telle nullité. Le mieux pour éviter de recycler et de polluer à tout va, c'est de produire à minima de la chimie de synthèse au lieu d'inonder la Planète, et c'est possible avec un peu de réflexion. Seulement cela n'arrangerait pas les affaires de la grosse industrie que vous défendez.

gaïa94 | 01 février 2022 à 17h07
 
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gaïa94, apparemment j'ai fait mouche.
On est effectivement plusieurs à travailler, j'imaginais (sans doute à tort) que vous en faisiez partie.
Courage à ceux qui travaillent.

Albatros | 01 février 2022 à 18h10
 
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