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Huile de palme : la taxe spéciale est une fausse bonne solution

Après les débats sur la "taxe Nutella", le ministère a étudié l'opportunité d'une taxation environnementale de l'huile de palme. Mais il estime ce projet complexe et préconise un meilleur encadrement des biocarburants, où réside réellement l'enjeu.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

"L'enjeu réel porte sur les biocarburants" plus que sur les huiles alimentaires, note le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) dans un rapport sur la durabilité de l'huile de palme et des autres huiles végétales, publié le 11 mai. Ce rapport découle des débats parlementaires vifs lors de l'examen du projet de loi relatif à la biodiversité. En effet, les députés souhaitaient y inscrire une "taxe Nutella", pour pénaliser l'huile de palme, dont les impacts environnementaux sont pointés du doigt. Mais cette proposition a finalement été rejetée au profit d'un compromis gouvernemental : évaluer sous six mois l'opportunité d'une taxation des huiles alimentaires afin d'y insérer une part écologique, lors des prochaines lois de finances.

Le CGEDD conclut donc qu'un meilleur encadrement des biocarburants serait plus pertinent qu'une taxation sur les huiles alimentaires. "En France, les huiles végétales sont plus utilisées pour le biocarburant que pour un usage alimentaire", explique-t-il. "L'huile de palme alimentaire ne représente qu'un sixième du total de l'huile de palme importée en France", qui elle-même ne représente que 20% de la consommation d'huiles végétales en France.

Un risque de report sur d'autres huiles aussi néfastes

Le CGEDD revient tout d'abord sur l'origine de la controverse sur l'huile de palme : son expansion rapide et la déforestation que ce développement a engendré, "bien que celle-ci ne soit due à l'échelle mondiale que partiellement à la culture du palmier à huile". En matière de changement d'affectation des sols, "la plupart des modèles se rejoignent en valeur relative pour attribuer à la culture du palmier à huile une responsabilité trois à quatre fois supérieure à la culture de colza". Globalement, les huiles cultivées sur le sol européen (tournesol, olive, colza) afficheraient moins d'externalités négatives que l'huile de palme, cultivée en zones intertropicales.

Cependant, "une taxation environnementale qui frapperait uniquement l'huile de palme ne paraît pas pouvoir être retenue. D'une part parce qu'elle pourrait entraîner un report sur d'autres huiles à l'impact environnemental tout aussi potentiellement négatif (coprah, soja…). D'autre part parce qu'elle présenterait un risque élevé de non-compatibilité aux règles de l'OMC [organisation mondiale du commerce]".

Une remise à plat de la taxation actuelle sur les huiles végétales, en y intégrant des exigences de durabilité, s'avérerait quant à elle complexe, étant donné les difficultés pour établir des critères robustes. De plus, "une taxation incitant à la durabilité des seules huiles alimentaires serait difficilement acceptable. Comment justifier que la culture du palmier à huile soit taxée et que celle du cocotier ou du cacaoyer ne le soit pas. Comment comprendre que la culture du colza ou du tournesol le soit et que celle du blé, de la betterave ne le soit pas ?", souligne le CGEDD.

Porter au niveau européen le projet de normes ou de règlement

"Si la voie fiscale paraît difficilement praticable à court terme, la puissance publique a néanmoins d'autres moyens d'action pour inciter, voire obliger, au respect de normes de durabilité par les producteurs et importateurs d'huile de palme", estime le CGEDD. Les certifications actuelles pour une huile de palme durable pourraient être évaluées et renforcées. Mais les approches sont multiples, dépendent également de la zone de production ciblée et des politiques nationales mises en place. "Il existe un grand nombre de systèmes de certification, aucun ne traite à ce jour, de façon satisfaisante la question de la déforestation. Le standard RSPO [rountable on sustainable palm oil] rassemble actuellement le plus grand nombre d'acteurs de la filière. À quelques exceptions prés, ces systèmes font l'objet de contrôles insuffisants".

La France pourrait travailler avec les parties prenantes sur des normes obligatoires sur les huiles alimentaires, mais cela implique la définition d'un cahier des charges. "Ce travail et ce dialogue inclusif peuvent prendre plusieurs mois, voire plusieurs années", relève le CGEDD. Encore une fois, ce dernier pointe le risque de discrimination des huiles végétales vis-à-vis d'autres produits importés non encadrés. Il préconise de porter ce sujet à l'échelon européen.

La France pourrait également défendre devant la Commission européenne l'idée d'un nouveau règlement inspiré de celui sur le bois illégal, "qui permettrait d'intégrer des critères de responsabilité sociale et environnementale, pour les importations de commodités agricoles (dont les huiles végétales)".

Enfin, le gouvernement français pourrait suivre l'exemple britannique en travaillant avec les ONG qui ont lancé l'alerte sur l'huile de palme (Amis de la terre, WWF, Greenpeace). Basé sur le volontariat et l'engagement des acteurs économiques, ce travail a été accompli il y a quelques années avec succès au Royaume-Uni.

Agir via la TGAP sur le biodesel à base d'huile de palme

A plus court terme, le CGEDD estime qu'il faudrait s'attaquer aux importations d'huile de palme à des fins de production de biodiesel, qui vont "à l'encontre de l'objectif de production locale pour les biocarburants, [ont] des conséquences très dommageables pour l'économie rurale nationale et [ne sont] conforme ni à l'esprit, ni aux dispositions des directives européennes". Cela pourrait passer par une réforme de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), en prévoyant que les biocarburants issus d'huile de palme ne soient pris en compte que pour une proportion de l'ordre de 50% de leur valeur énergétique aux fins du calcul relatif à l'obligation d'incorporation de biocarburants.

Réactions2 réactions à cet article

 

Dans ce cas, s'il faut respecter les principes de l'OMC, autant que le Boycott viennent de la part des consommateurs afin d'inciter les industriels à changer leurs recettes, à utiliser des huiles ayant des externalités négatives moins néfastes...

Louise | 17 mai 2017 à 14h34
 
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Madame,
Vous auriez pu citer les auteurs exacts de ce rapport, à savoir le CGEDD et le CGAAER (conseil général de l'alimentation, agriculture, et espaces ruraux). C'est en effet aux 2 conseils généraux que le premier ministre a commandé ce rapport.
Jean-jacques Bénézit

JJB | 18 mai 2017 à 12h09
 
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