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Climat et biodiversité : pourquoi la France s'oppose au projet actuel d'accord Mercosur-UE

Emmanuel Macron estime que le Brésil ne tient pas ses engagements en matière de climat et de biodiversité. L'Elysée annonce vouloir s'opposer au projet d'accord commercial Mercosur-UE.

Gouvernance  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

La présidence de la République indique qu'Emmanuel Macron s'oppose au projet de traité de libre-échange entre le Mercosur (qui rassemble l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay) et l'Union européenne, annonce Reuters, ce vendredi 23 août. Le député LREM Matthieu Orphelin précise que la France s'oppose au projet d'accord "en l'état", sous-entendant que l'opposition ne porte pas sur l'accord en lui-même, mais sur certaines dispositions du projet, en particulier en matière d'environnement. En l'occurrence, ce volet non contraignant du projet d'accord prévoit notamment que les signataires s'engagent "à mettre en œuvre efficacement l'accord de Paris sur le climat", explique la Commission européenne.

La Fondation Nicolas Hulot et l'Institut Veblen "saluent" l'annonce de la présidence de la République. Elles attendent dorénavant des actes concrets. "Pour que l'accord ne prenne pas effet, cette prise de position, annoncée en marge du G7, devra être confirmée par une décision du Conseil de l'Union européenne et de la Commission", expliquent les deux organisations non gouvernementales. Une demande que porte aussi Matthieu Orphelin.

Un accord censé arrimer le Brésil

Jusqu'à maintenant, le projet de traité était présenté par les négociateurs européens comme une opportunité pour "arrimer" le Brésil à l'Accord de Paris. L'accord commercial en cours de négociation devait assurer le respect des engagements brésiliens pris à Paris : réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37 % entre 2005 et 2025, fin de la déforestation illégale dans l'Amazonie brésilienne d'ici 2030.

Mais Emmanuel Macron "ne peut que constater que le [président brésilien Jair Bolsonaro] lui a menti lors du Sommet [du G20] d'Osaka" sur ses engagements climatiques, indique l'Elysée. "Les décisions et propos du Brésil ces dernières semaines montrent bien que le président Bolsonaro a décidé de ne pas respecter ses engagements", explique l'Elysée.

En juin dernier, tous les membres du G20, à l'exception des Etats-Unis, avaient adopté une déclaration réitérant leur engagement à mettre en œuvre l'Accord de Paris. A cette occasion, le président de la République française indiquait que "[Jair Bolsonaro lui avait] confirmé son engagement, contrairement aux inquiétudes qu'on pouvait avoir, sur l'Accord de Paris et sur le combat en faveur de la biodiversité".

Hausse sensible du nombre de feux observés en août

 
Robin des Bois souhaite une convention internationale Robin des Bois "souhaite qu'à l'occasion du G7 de Biarritz, la France jette les bases d'une Convention internationale sur la protection des forêts permettant d'identifier les causes locales et les effets transfrontières des incendies de forêts et des autres couverts végétaux".
L'ONG appelle notamment à quantifier au fil des années l'évolution des superficies touchées. Elle veut aussi que les Etats puissent échanger "sur les moyens disponibles ou à développer pour prévenir et combattre ce fléau mondial touchant à la fois la santé des populations et la biodiversité".
 
La tension est montée entre le Brésil et la France le 22 août, alors qu'Emmanuel Macron a qualifié de "crise internationale" les incendies en cours en Amazonie. Reprenant les mots de Jacques Chirac ("notre maison brûle"), le présidant français a lancé : "membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour parler de cette urgence". La réponse de Jair Bolsonaro a été particulièrement sèche : "la proposition du président français selon laquelle les questions amazoniennes devraient être discutées au G7 sans la participation des pays de la région évoque un état d'esprit colonialiste mal placé au XXIe siècle"...

Le géant sud-américain est actuellement en proie à de vastes incendies de forêt, dont la cause est attribuée à la déforestation qui sévit dans la région. "La déforestation (…) a été multipliée par quatre depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro", rapportent FNH et l'Institut Veblen, mettant en cause "l'importation des produits agricoles comme par exemple la viande de bœuf ou le soja, premier facteurs de déforestation en Amazonie".

Du 1er janvier au 23 août, l'Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE) a déjà enregistré 76.720 incendies, soit une hausse de 86 % par rapport à la même période de 2018. 52,6 % de ces incendies ont (ou ont eu) lieu en Amazonie. Par ailleurs, les données historiques montrent qu'à huit jours de la fin du mois, les chiffres du mois d'août 2019 (36.155 feux) figurent déjà parmi les plus mauvais des neuf dernières années. Pour l'instant, les chiffres sont toutefois loin du "record" enregistré en 2012 (91.085 incendies). Le mois de septembre à venir (le mois le plus marqué généralement par les feux de forêt) devrait être ausculté de près, confirmant (ou non) une reprise d'un phénomène qui avait ravagé le Brésil entre 2002 et 2010.

Réactions8 réactions à cet article

 

Cette thèse de la défense de la forêt amazonienne par M. MACRON est certainement très touchante. Il ne faudrait surtout pas manquer de se hausser du col sur la scène internationale et s'efforcer de faire bonne figure chez soi, où l'écologie tendrait à reprendre quelques couleurs chez les électeurs.
Mais pour ma part, j'y vois une toute autre explication, bien plus "pragmatique" et "rationnelle" : nos agri-managers des JA et de la FNSEA ayant montré ces derniers temps quelques signes d'agacement quant au traité de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, notamment en saccageant quelques permanences parlementaires et en promettant de s'en prendre à d'autres (sans soulever une grande indignation, comme d'hab'..., mais en terrorisant nos élites, comme d'hab' aussi), n'y aurait-il pas là une occasion à ne pas rater de leur donner quelques gages de bonne volonté, sous couvert d'un joli greenwashing ainsi qu'on sait si bien le faire désormais en France ?
A la FNSEA, on veut du libre échange, mais uniquement lorsqu'il permet aux excédents agricoles français d'inonder le monde (quitte à bousiller les agricultures vivrières locales).

Pégase | 24 août 2019 à 16h59
 
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Et alors "Pegase", on doit s"indigner de ça ? Notre président fait de l'écologie et du protectionnisme national et on devrait dire que c'est mal ? Je suis content de savoir qu'il sait manier intérêt international et conscience nationale. Encore heureux d'ailleurs qu'il fait ça, c'est son qu'on lui demande.

Je préfère aussi me dire que c'est notre agriculture (avec ses qualité et ses défauts) qui inondent la planète (pour l'instant) que de laisser l'Amazonie en proie à la déforestation pour du soja.

Poupou | 27 août 2019 à 08h36
 
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C'est malin de s'opposer maintenant alors que l'accord est bouclé...
L'environnement est très souvent utilisé par notre Président pour des postures de matador politique.
Il est parfaitement nul de prétendre "arrimer" qui que ce soit à l'accord de Paris, la raison fondamentale étant que les pays concernés n'ont pas les moyens d'imiter l'Union européenne qui consacre près de 20% de son budget dans un "paquet énergie et climat" parfaitement inutile: les objectifs de l'UE reviennent à réduire le réchauffement de 2 à 5 millièmes de degrés (selon la sensibilité climatique donnée dans le rapport AR5 du GIEC).
Avec ce budget, il serait plus opportun de financer la scolarité des jeunes et de nombre de spécialistes pour leur apprendre à compter (et à lire les rapports du GIEC).
Excellente rentrée à tous !

Albatros | 27 août 2019 à 14h35
 
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Ca tombe bien, "Poupou", que vous parliez du soja et de l'Amérique du Sud : l'élevage intensif (bovins, volailles, porcs) français importe quelques millions de tonnes chaque année de ce soja (à 80 % OGM, tant qu'à faire), sous forme de tourteaux principalement.
Notre agriculture tricolore contribue donc à la déforestation de forêts primaires en zones tropicales dont l'Amazonie ! Mais je ne vous apprend rien, tout le monde le sait déjà.

Pégase | 27 août 2019 à 14h42
 
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Raison de plus donc pour ne pas continuer dans ce sens, vous ne trouvez pas ? Il n'existe aucune baguette magique qui fasse qu'on change de système du tout au tout, d'un seul coup. Il faut d'abord l'arrêter.

Avant que les eaux ne repartent après une inondation, les eaux stagnent. Je ne vous apprends rien. Ici, c'est pareil, endiguer un système demande des décisions fortes avant de pouvoir inverser une tendance fortement influencée par des lobbies. Là ou vous criez au loup, je vois un premier pas, si petit soit-il, il faut prendre ce qu'on peut prendre.

Quant au rapport du GIEC, certes, c'est bien beau. Je vous conseille une autre lecture, plus intéressante que de scolariser une population, celle du dernier rapport sur l'eau des nations unies. Vous comprendrez vite que le climat est le dernier des soucis face à une raréfaction des eaux consommables en 2050. Je vous rejoins sur le fait que les rapports scientifiques ne sont pas assez pris en compte mais il faudrait déjà qu'on organise les échéanciers par rapport à ce qui est le plus urgent et non pas le moins contraignant pour l'ensemble des parties.

Macron s'est aussi positionné pour contrer les feux en Afrique qui ravagent beaucoup plus que ce qu'on est entrain de perdre en Amazonie et pourtant, peu en parle. Je vous laisse prendre le soin de m'expliquer quel enjeu nous avons de faire cela.

Je ne suis pas Macroniste si vous cherchez absolument une case pour me ranger. Je reconnais juste chaque part du Colibri.

Poupou | 27 août 2019 à 15h17
 
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Il n'en reste pas moins qu'il est plus utile de mettre une population en capacité de lire et de comprendre des documents plutôt que de sacraliser lesdits documents, d'en faire des textes sacrés et d'en imposer des interprétations politiques spécieuses et ruineuses...
Je vous suis à propos de l'eau: contrairement aux agitations climatistes, les techniques d'assainissement ont prouvé une efficacité certaine et demandent de l'investissement sagement orienté (et pas des grand-messes médiatiques).

Albatros | 27 août 2019 à 16h22
 
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Poupou, là où vous voyez un pas, je ne vois qu'un pas de danse !

Et merci à chacun de ne pas opposer les différents combats planétaires qui se présentent. CO2, Eau, qualité de l'air, biodiversité... A mon sens une seule cause à tous ces maux : surconsommation (j'utilise parfois consumérisme et ... je trouve que c'est souvent adapté). Soigner la cause plutôt que ces effets ? Un jour peut-être. Mais pour cela l'éducation a un grand pas à faire (Educ nat mais aussi et même surtout parentale), donc que ça serve à mieux comprendre les rapports du GIEC ou ne plus considérer que ce que diffuse des médias privés appartenant à de grands groupes industriels n'est pas de l'information mais de la communication, ça pourrait nous faire avancer.

Et pour la blague : "Emmanuel Macron ne peut que constater qu'il lui a menti au G20". Un politique qui serait surpris qu'un autre politique mente, c'est presque un aveu d'incompétence ça ! :-D

Tombour | 27 août 2019 à 18h00
 
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Les "combats planétaires" sont une vue de l'esprit quand ils se réduisent à des injonctions stériles (YAKAFOKON) ou à des incantations religieuses qui enjoignent de cesser d'étudier pour croire.
Je réitère l'assertion selon laquelle les solutions techniques existent pour l'assainissement.
Je me permets de souligner la vacuité de l'action climatique de la France qui n'a absolument pas les moyens de son ambition, certes noble.
En clair, les moyens publics sont à orienter vers des investissements tangibles (assainissement)...
Sincères salutations.

Albatros | 28 août 2019 à 16h13
 
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