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Déchets nucléaires : l'IRSN n'est pas convaincu par l'architecture de Cigéo

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire n'est pas convaincu que l'architecture de Cigéo empêche le transfert de radionucléides. Les modifications architecturales demandées par l'IRSN pourraient impacter le coût du site.

Risques  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com
Déchets nucléaires : l'IRSN n'est pas convaincu par l'architecture de Cigéo

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) n'est pas convaincu que les options d'optimisation de l'architecture du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) de déchets nucléaires garantissent une sûreté optimale. L'Institut souhaite que l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) revoie certaines options pour réduire le risque de transfert de radionucléides. C'est ce qui ressort de l'avis et des tomes 1 et 2 du rapport de l'IRSN sur le dossier d'options de sûreté du projet de stockage de déchets radioactifs de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MAVL) en formation géologique profonde.

L'architecture détermine le coût de Cigéo

En janvier 2016, un arrêté fixait un objectif de coût de 25 milliards d'euros pour le stockage souterrain des déchets radioactifs. Les principaux financeurs du projet, EDF et Areva, estimaient qu'il était possible d'enfouir ces déchets pour un coût de 20 milliards d'euros. L'Andra, qui est chargée de la construction, évalue pour sa part le montant du site dont la construction est envisagée à Bure (Meuse) à quelque 30 milliards d'euros. Quant à la Cour des comptes, elle faisait état en 2014 d'évaluations allant de 14,8 milliards (pour un contre-projet aujourd'hui abandonné) à 43,6 milliards (pour la fourchette haute de l'Andra).

Pour tenter de rapprocher les acteurs, Ségolène Royal, alors ministre en charge de l'environnement, leur demandait d'optimiser la conception du site afin d'en abaisser le coût. Au cœur de cette optimisation économique figure l'architecture de Cigéo : longueur des galeries, nombres d'alvéoles de stockage et nombre de scellements sont des éléments clés pour le coût de l'installation. EDF et Areva plaident pour un site plus compact. Ils proposent, par exemple, de creuser de plus grandes alvéoles pour en limiter le nombre. L'Andra, pour sa part, propose de réduire les risques en optant pour des alvéoles de plus petite taille, plus nombreuses et contenant moins de déchets. Cette optimisation économique de Cigéo passe aussi par la réduction du nombre de scellements des galeries.

L'IRSN explique que le dossier de l'Andra retient plusieurs grands principes architecturaux permettant de diminuer les linéaires de galeries et le nombre de scellements. Si l'évolution du site à long terme est conforme au scénario de référence, ces optimisations ne devraient pas augmenter significativement l'impact radiologique du site, explique l'IRSN.

Allonger les galeries

Mais la sûreté du site doit être évaluée pour tous les scénarios et "l'IRSN regrette que l'Andra n'ait pas présenté (…) une analyse d'options d'architecture qui permette d'évaluer l'impact des pistes d'optimisation qu'elle retient vis-à-vis de la sûreté en exploitation". L'Institut souhaite en particulier que l'Andra démontre que le transfert des radionucléides par les galeries reste inférieur à celui à travers la roche. "Les scellements apparaissent comme des ouvrages essentiels pour limiter ce transfert de radionucléides", rappelle l'IRSN qui "souligne que la suppression de plusieurs scellements de galerie dans la conception de Cigéo fait reposer un poids supplémentaire sur la bonne réalisation de tous les autres scellements". Ce point est d'autant plus important qu'il est très difficile de démontrer in situ l'efficacité des scellements.

L'IRSN demande donc à l'Andra de revoir l'architecture de Cigéo. "L'allongement des galeries entre les quartiers de déchets et les ouvrages de liaisons surface-fond permettrait de pallier partiellement un éventuel dysfonctionnement de ces scellements, en augmentant les temps de transfert des radionucléides à travers les ouvrages", suggère notamment l'Institut. Dans le même esprit, il recommande de revoir le positionnement des liaisons surface-fond par rapport aux quartiers de stockage. Ces recommandations visent tout particulièrement le quartier des déchets de moyenne activité à vie longue puisque les colis n'ont aucune fonction de confinement à long terme.

Vers des modifications majeures des alvéoles MAVL ?

Un autre élément menace les options architecturales retenues par l'Andra : le risque incendie associé aux déchets MAVL enrobés dans du bitume. Ces colis peuvent déclencher des réactions exothermiques et, lorsque ces réactions s'emballent, la matrice bitumée peut s'enflammer. Or, l'IRSN estime impossible de démontrer l'absence de risque pour des températures inférieures à 180°C, qui correspond au seuil retenu par l'Andra. "Un risque d'emballement de réactions exothermiques dans ces colis ayant pour conséquence un rejet important d'activité dans l'environnement ne peut être exclu en cas d'incendie", explique l'IRSN, concluant que "la conception actuelle du stockage ne [permet] pas le stockage sûr des déchets bitumineux". L'enjeu est de taille puisque ces colis représentent près de 20% de l'ensemble de ceux destinés à Cigéo.

Pour y remédier, l'IRSN demande qu'une solution de neutralisation de la réactivité de ces colis soit privilégiée avant leur enfouissement. "Si un tel procédé ne pouvait être mis en œuvre, avertit l'Institut, des évolutions de conception majeures des alvéoles MAVL sont nécessaires." L'IRSN ne précise pas quelles évolutions majeures devront être apportées, mais il précise que "les études associées apparaissent difficilement compatibles avec l'échéancier actuellement retenu pour la remise du dossier de demande d'autorisation de création". Au delà de l'augmentation du coût de Cigéo, c'est aussi le calendrier de mise en œuvre qui pourrait être malmené.

Réactions1 réaction à cet article

 

Pas grave du tout

Ce ne sont pas les parlementaires qui ont validés cette absurdité qui seront les plus impactés par ce surcoût classique dans le micro-cosme nucléaier mais les autres con tribuables

Sagecol | 18 juillet 2017 à 02h51
 
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