En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Nitrates et algues vertes : la France à contre-courant ?

Alors que la Commission demande des comptes à la France sur les algues vertes, un décret étend les zones d'épandage d'azote. Selon les écologistes, ce texte est à l'opposé des actions nécessaires pour lutter contre la pollution des eaux aux nitrates.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Nitrates et algues vertes : la France à contre-courant ?
   

Le 11 octobre, la commission des pétitions du Parlement européen était saisie par des élus d'Europe écologie les Verts (EELV) pour demander l'application du droit européen (directive cadre sur l'eau et directive nitrates) pour mettre fin au problème des algues vertes en Bretagne. Sandrine Bélier, eurodéputée EELV, a pu rencontrer à cette occasion des représentants de la Commission européenne : ''Selon eux, le plan d'action français n'est pas suffisant. La Commission souhaite un programme plus strict. Elle a remarqué de nombreuses carences, notamment dans la méthodologie de lutte et la définition des zones fragiles'', indiquait la député européenne à la sortie de la réunion. La Commission a d'ailleurs demandé par courrier à la France, le 18 juillet, de rendre des comptes sur son plan de lutte contre les algues vertes. La France, qui avait deux mois pour y répondre, a demandé un délai d'un mois supplémentaire. Sa réponse est donc attendue pour le 18 octobre.

Le même jour, le 11 octobre, la France publiait un décret controversé, destiné à remplacer les actuels programmes d'actions départementaux par un seul et unique programme national décliné en programmes régionaux. Ce texte prévoit d'étendre les zones de référence pour le calcul des quantités d'effluents d'élevage pouvant être utilisés pour l'épandage dans les exploitations agricoles, ce qui mènerait à une augmentation des quantités utilisées. Pourtant, ces rejets azotés sont à l'origine de la pollution des eaux aux nitrates et de la prolifération des algues vertes en Bretagne.

Près de 20 % de quantités d'azote épandues supplémentaires ?

 
Une pollution qui coûte cher La dégradation de la qualité des eaux liée aux excédents d'engrais azotés et de pesticides d'origine agricoles coûterait plus d'un milliard d'euros aux ménages français, soit 215€ par personne, selon le Conseil général au développement durable (CGDD) qui a publié le 30 septembre une étude sur le sujet.
L'évaluation européenne pour l'azote (ENA) évaluait quant à elle, en avril dernier, entre 150 et 740 euros le coût par personne et par an de la pollution de l'eau, de l'air et des sols due à l'azote en Europe.
Enfin Côtes d'Armor tourisme estime à 800.000 euros "la perte directe de dépense touristique (hébergement, loisirs)" liée aux algues vertes en 2011. Les journalistes du Figaro évaluaient, en août dernier, à un milliard d'euros le coût des algues vertes à la société depuis trente ans (ramassage et traitement des algues vertes, impact sur l'activité touristique, dépenses publiques pour la maîtrise des pollutions agricoles, dénitratation des réseaux d'eau...).
 
La directive européenne Nitrates, adoptée en 1991, pose les jalons de la lutte contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle prévoit que, dans les zones vulnérables, c'est-à-dire les zones où les valeurs limites européennes de concentration en nitrates dans les eaux superficielles destinées à l'alimentation en eau potable sont dépassées (50mg/l), les Etats mettent en œuvre un programme d'action adapté. La directive prévoit que, dans ces zones, l'apport d'azote organique (effluents d'élevage) doit être inférieur à 170 kg d'azote/ha épandable.

Or, le décret ministériel, étend la surface prise en compte pour le calcul du plafond d'épandage d'azote (170 kg /ha), en prenant comme référence la surface agricole utile (SAU) et non la surface potentielle d'épandage (SPE) plus restreinte. ''Cette surface potentiellement épandable (SPE) déduit les «surfaces à proximité des cours d'eau, du littoral, des tiers»'', explique Eau et Rivières de Bretagne, qui dénonce ce décret. Selon l'association, ce texte ''va permettre d'augmenter de 20 % les quantités d'azote épandues sur les sols''.

Un décret dénoncé par les écologistes

''Les ministres sont restés sourds aux protestations des Bretons, et ont signé un décret qui va rendre encore plus difficile la reconquête de la qualité des eaux exigée par la directive cadre sur l'eau'', regrette Jo Hervé, président d'Eau et rivières de Bretagne. L'association annonce qu'elle engagera un recours devant le Conseil d'Etat ''pour faire annuler ce décret absurde''.

De son côté, François de Rugy, député EELV, demande au ministère de l'Ecologie de suspendre ce décret, qui est une ''véritable provocation''. Il demande l'ouverture d'une concertation réunissant l'ensemble des partenaires concernés ainsi que la publication dune étude d'impact sur les conséquences des mesures envisagées avant toute prise de décision.

Réactions8 réactions à cet article

 

Bonjour,
C'est quoi ce DéLIRE français ?!!!!
Où est la logique ? du laxisme? ou de l'incompétence ?
->Correction en amont: réduire les intrants azotés sur les champs !!!
->Correction en aval d'ici que l'amont auto-corrige: ramasser les algues vertes AVANT l'arrivée sur les plages puis MéTHANISATION en combinaison avec d'autres contributions dans digesteur: lisier, éléments méthanogène,...
NKM, Merci de corriger ASAP !
A+ Salutations Guydegif(91)

Guydegif(91) | 13 octobre 2011 à 09h07
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Petite précision... importante quand même à la lecture de ce texte:
Le décret limite les apports à 170 kg d'azote ORGANIQUE (lisier,fumier, compost...) par hectare de SAU, mais il ne faut pas oublier que les bassins versants algues vertes sont déjà limités à 210 kg d'azote TOTAL(organique + minéral ou chimique) par Hectare de SAU (décrets d'application des programmes d'action modifiés en juillet 2009).
Cette réforme permet donc de substituer de l'engrais chimique par de l'engrais organique...est-ce vraiment un problème???c'est juste une modification pour le calcul du seuil!
En outre ce décret ne permet pas d'épandre sur les zones non épandables (c'est bien précisé à l'alinéa 6), il impose un équilibre pour chaque parcelle entre les besoins des cultures et les apports d'azote (alinéa 3)

ouioui | 13 octobre 2011 à 09h41
 
Signaler un contenu inapproprié
 

malheureusement depuis qu'elle est revenue a l'écologie NKM ne corrige plus rien !!

lio | 13 octobre 2011 à 09h44
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Politique, politique et politique
l'Ecologie le gvt s'en fout, simplement en ces temps d'Election il ne faut surtout pas se mettre à dos les cultivateurs. Eh bien qu'ils continuent à polluer les nappes phréatiques, les rivières et les mers.
C'est cela la démocratie. elle dure uniquement le jour d'avant l'élection, une fois élu c'est terminé et les lobbies repartent de plus belle. Quant à NKM, tout le monde sait que depuis qu'elle est à son poste, qu'elle est Bouche-Bée. Elle ne dit plus rien contre le pouvoir en place. Ses propres convictions à l'oubliette. L'ivresse du pouvoir ???

arthur duchemin | 13 octobre 2011 à 10h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Ce que dis ouioui est peut-être exact mais le problème ne vient de la quantité mais de plutôt l'endroit où est épandu cet engrais. Près des rivières et zone humide, les nitrates partiront plus vite vers la mer et les plages qu'en plein milieu d'une zone "sèche". Et puis engrais chimique ou engrais organique ça ne change rien c'est toujours des nitrates.

DelphineB | 14 octobre 2011 à 11h42
 
Signaler un contenu inapproprié
 

DelphineB,
Au risque de me répéter, à la lecture du décret, seul le calcul du seuil de 170 kg d'azote est modifié... pas les règles en matière d'épandage! au contraire il les impose au niveau national (la Bretagne est en avance de ce côté!). Par exemple il est toujours interdit d'épandre du lisier ou du fumier à moins de 50 m des cours d'eau, distance ramenée à 10 m s'il y a une bande enherbée de + de 10 m de large. Par contre il n'y a toujours pas de règle pour les engrais "chimiques", là il y aurait peut être quelque chose à faire... mais condamner toutes ces surfaces à zéro engrais signifie une importante baisse de la surface agricole...

ouioui | 16 octobre 2011 à 16h45
 
Signaler un contenu inapproprié
 

En effet, ouioui a raison, il s'agit d'une modification du calcul des volumes épandables et non pas des zones où l'engrais organique sera épandu. Il s'agit également d'une harmonisation avec la législation européene en vigeur sur le sujet.

kachech | 19 octobre 2011 à 10h09
 
Signaler un contenu inapproprié
 

D'accord avec Kachech et ouioui. Pour Delphine:
Plusieurs différences entre l'engrais chimique et l'engrais organique:
- Disponibilité du nitrate, pour l'engrais chimique il est tout de suite disponible pour la plante mais cela implique qu'il peut aussi être lessivé et finir dans les nappes phréatiques puis mer.
- Fabrication, l'engrais chimique demande beaucoup d'énergie et est produit à partir de combustibles fossiles, tandis que l'engrais organique est produit naturellement par l'animal

Yaniv | 20 octobre 2011 à 12h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…