En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Gestion des inondations dans l'Aude : des améliorations à mettre en place

Alors que l'Aude sort tout juste d'une période de vigilance orange pour pluies et inondations, un retour d'expérience sur la crue d'octobre 2018 pointe les nécessaires améliorations à engager pour mieux gérer ce risque. Retour sur les principaux conseils.

Eau  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com
Gestion des inondations dans l'Aude : des améliorations à mettre en place

Une culture du risque et une communication à approfondir, une actualisation des documents de planification dont le plan Orsec et des outils de prévision météo à améliorer : voici quelques axes de progrès proposés par une mission conjointe de services de l'État sur les inondations d'octobre 2018 dans l'Aude.

Le département subit en effet régulièrement des épisodes d'inondations. Les 15 et 16 octobre 2018, les intempéries ont été particulièrement intenses, avec des cumuls de pluie en 24 h atteignant 300 mm autour de Carcassonne, et provoquant de fortes crues.

Les conséquences de cet évènement sont lourdes : quatorze décès et des dégâts matériels estimés à environ 200 millions d'euros par les compagnies d'assurances pour les biens assurés, et à près de 69 millions d'euros pour les biens non assurables des collectivités territoriales.

« Les effets du changement climatique amorcé risquent à l'avenir d'en accroître encore la fréquence et l'intensité, souligne la mission. Il est donc d'importance majeure d'essayer de tirer tous les enseignements possibles d'un événement comme celui de la mi-octobre 2018. »

Concernant la prévention, un certain nombre d'initiatives a été initié. Ainsi devant la répétition des crues, le Conseil départemental a créé un syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR). Si cette structuration a permis d'avancer dans la gestion des inondations, diverses procédures et documents sont aujourd'hui dépassés.

Une nécessaire actualisation des documents et des procédures

Ainsi, au regard de la cartographie des plus hautes eaux réalisée suite aux inondations d'octobre 2018, la mission recommande d'étendre le périmètre des territoires à risque important d'inondation (Tri) du bassin de l'Aude. De la même manière, la stratégie locale de gestion du risque inondation (SLGRI) doit être revue pour intégrer un plan particulier de gestion de l'ensemble du bassin versant (PPGBV) et le programme d'actions de prévention des inondations (Papi), en ajustant les calendriers.

« Les acteurs locaux envisagent, avec raison, d'ajuster les calendriers de l'ensemble des outils stratégiques et opérationnels afin de les faire coïncider, sur un rythme de six ans, en tenant compte de l'adoption du prochain PGRI fin 2021, et en se calant sur un échéancier 2023–2029. Ceci amènerait à prolonger le PAPI II jusque fin 2022, explique la mission. Et surtout, ceci permet de mener à bien les études et concertations nécessaires afin de tirer tous les enseignements des inondations d'octobre 2018. Toutefois la DGPR doit tenir compte des moyens humains qui seront nécessaires sur le terrain et examiner leur intégration au futur avenant au PAPI II. »

Si le département de l'Aude est bien couvert avec près de 200 plans de prévention du risque d'inondation (PPRI) en vigueur, ces derniers doivent également être révisés pour une centaine de communes. En intégrant notamment la problématique du ruissellement.

« En zone urbaine, il semble préférable d'une part, de renvoyer à une prise en compte dans les schémas d'assainissement pluvial et, d'autre part, de prévoir des prescriptions de neutralité hydraulique dans les futures opérations d'aménagement », précise la mission.

La préfecture devra également engager rapidement un suivi de la mise à jour et de la qualité des plans communaux de sauvegarde (PCS).

Dernier document, mais pas le moindre, qui nécessite une actualisation : le plan d'organisation de la réponse de sécurité civile. « La dernière version actualisée du plan Orsec départemental de l'Aude a été adoptée en 2011. Ses dispositions générales, approuvées et mises en application, auraient dû faire l'objet d'une révision à sa date de fin de validité en 2016 », déplore la mission.

Autre constat : certaines de ses dispositions, qui auraient pu améliorer la gestion de crise, n'ont pas été suivies.

Enfin, la mission invite le préfet à l'élaboration d'un retour d'expérience écrit sur la mise en œuvre du plan Orsec en octobre 2018.

Mieux suivre les ouvrages comme le canal du midi

 
La mission suggère l'organisation d'une journée de mémoire chaque 15 octobre avec des séances de sensibilisation, d'information, des exercices, etc.  
 
Parmi les autres manques : le suivi des ouvrages hydrauliques. Pour l'améliorer, la mission propose que le Papi intègre des études pour un plan global de gestion des ouvrages hydrauliques non destiné à la prévention des inondations, mais également des investissements de sécurisation, dont des effacements. « Si les ouvrages de protection font généralement l'objet d'une gestion vigilante, celle des ouvrages hydrauliques non nécessaires à la prévention des inondations, ne prend pas toujours suffisamment en compte leurs impacts sur les écoulements et les conséquences des précipitations intenses », souligne la mission. Plus particulièrement, concernant le canal du midi, elle incite les préfets de l'Aude et de la région Occitanie, en lien avec Voies navigables de France (VNF), de lancer une étude de l'interaction du canal avec les inondations et de définir une stratégie de sécurisation.

Des progrès indispensables dans la sensibilisation et la coordination

Pour conserver la mémoire des aléas, un certain nombre d'événements ont déjà été organisés : journée annuelle sur les événements de type méditerranéen, affiches sur les bons comportements à adopter lors d'une inondation, etc.

Pourtant, lors du retour d'expériences, la mission a constaté le maintien de certains comportements inadaptés aux circonstances ; par exemple, des maires qui continuent à privilégier l'urbanisation à la prévention des risques, des habitants qui ont forcé la fermeture de routes inondées, etc.

La mission suggère l'organisation d'une journée de mémoire chaque 15 octobre avec des séances de sensibilisation, d'information, des exercices, etc. Elle propose également de s'appuyer sur les réserves citoyennes de sécurité civile pour créer des comités communaux inondations. Les citoyens formés pourraient participer à la sensibilisation mais aussi à la surveillance et à l'alerte.

« Il n'existe pas vraiment de gouvernance partagée de la prévention ni de la préparation de crise et ce, au sein même des services de l'État », a regretté la mission.

Elle encourage donc la création d'un pôle de compétence risques, piloté au quotidien par le directeur du cabinet du préfet et présidé au moins un fois par an par le préfet, ainsi qu'une commission départementale des risques et de sécurité civile.

Des moyens, qu'ils soient financiers, techniques ou humains, sont également à débloquer. La mission interpelle la direction générale de la Prévention des risques pour qu'elle accompagne le plan d'actions sur trois ans, proposé par le préfet de l'Aude.

Améliorer les outils de Météo France

Du côté de la prévision, les outils et méthodes disposent également de marge de progrès. L'amélioration de la densité des pluviomètres ou la performance des radars météo font ainsi partie des pistes à suivre. Des leviers pour faciliter l'analyse des données des prévisionnistes sont aussi à actionner. Enfin, les dispositifs d'avertissement manquent de lisibilité. Outre le faible taux d'abonnement au service d'avertissement aux pluies intenses ou très intenses, l'information se perd dans l'importance des messages émis. « Les maires rencontrés ont exprimé un sentiment de banalisation de ces avertissements : « nous en recevons trop souvent sans conséquences », rapporte la mission. Elle note également que le point sensible de la mise en œuvre des plans communaux de sauvegarde reste l'information des populations.

« D'une manière générale, au regard des crédits publics, dont ceux de l'État, ouverts avant et après des inondations, tant en prévention qu'en solidarité pour la réparation, il serait opportun d'assurer une meilleure coordination interministérielle sur la prévision, la prévention et le retour à la normale des inondations. Il serait pertinent de constituer un groupe inter-administration centrale (DGPR, DGCL, DGSCGC, DG Trésor) de suivi, pilotage et évaluation des dispositifs publics de prévision, prévention et retour à la normale des inondations, traitant notamment des crédits dédiés comme le FPRNM, le FARU ou le fonds de solidarité (programme 122) et s'appuyant sur un dispositif national de retours d'expérience dédié », appelle de ses vœux la mission.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Dorothée Laperche

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager