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Énergies renouvelables : le boom des contrats d'achat d'électricité directs (ou PPA)

Plus de trois ans après la signature des premiers Power Purchase Agreement (PPA) en France, la crise énergétique donne raison à ses pionniers et pousse de nombreux acteurs à s'y intéresser. Les demandes explosent.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat
Énergies renouvelables : le boom des contrats d'achat d'électricité directs (ou PPA)

« Au moment où Metro France discutait ses premiers PPA [Power Purchase Agreement], les prix de l'électricité étaient bas. On nous prenait pour des fous de discuter des contrats de long terme avec des prix plus élevés que ceux du marché », se souvient Franck Dubray, energy manager chez Metro France, à l'occasion de la conférence ENR Entreprises, organisée le 1er décembre à Paris.

Le grossiste alimentaire a été le premier à signer un contrat direct d'approvisionnement avec Eurowatt et Agregio pour la production d'un parc éolien situé en Eure-et-Loir et couvrant 20 % de ses consommations électriques. En 2021, un second PPA de long terme (vingt ans) a été signé avec Boralex pour couvrir à nouveau 20 % de ses besoins, à partir de 2024. Aujourd'hui, le pari s'avère gagnant : « On parle de millions d'euros de coûts évités chez Metro France grâce à ces contrats. »

Limiter l'impact de l'envolée des prix

 
On parle de millions d'euros de coûts évités chez Metro France grâce à ces contrats  
Franck Dubray, Metro France
 
Les premiers à s'être lancés dans l'aventure des marchés de gré à gré ne le regrettent pas : leurs contrats d'approvisionnement de long terme avec des parcs de production renouvelable les protègent en partie de l'envolée actuelle des prix des marchés. « Je ne connais pas une seule industrie qui peut se permettre d'avoir une telle fluctuation sur les prix », analyse Jean-Christophe Dall'Ava, directeur marchés de l'énergie chez Boralex. Depuis la crise du Covid, les prix de marché sont passés du plus bas au plus haut. « Aujourd'hui, les entreprises qui ont lancé tôt des démarches de PPA paient des prix beaucoup plus proches de l'Arenh [accès régulé à l'électricité nucléaire historique] que les autres. Les PPA ne remplacent pas les contrats de fourniture, mais ils viennent ajouter une composante fixe et de longue durée dans la facture énergétique des entreprises. »

La SNCF, qui consomme entre 5,5 et 6 térawattheures (TWh) d'électricité par an, a vu récemment sa facture énergétique augmenter de plusieurs centaines de millions d'euros. Le groupe a lui aussi signé l'un des premiers PPA tricolores et en compte désormais 12, pour 0,5 TWh d'électricité. « Notre objectif est d'atteindre 1,1 TWh de PPA au plus tard en 2028, ce qui représentera 20 % de notre consommation », indique Olivier Menuet, président de SNCF Energie. Le groupe s'engage en parallèle dans une réduction drastique de ses consommations et dans un plan solaire pour installer des centrales photovoltaïques sur son foncier.

Un fonds de garantie bienvenue

Si les PPA se multiplient depuis plus de trois ans, ils sont encore réservés aux grands groupes. À l'instar du constructeur automobile Renault, qui a annoncé, le 24 novembre, la signature d'un PPA record de 350 MW avec Voltalia, sur quinze ans. Ce qui lui permettra de couvrir jusqu'à 50 % de la consommation d'électricité de ses sites de production en France, en 2027. Originalité du projet : les centrales photovoltaïques seront installées sur les sites du groupe.

Mais pour pouvoir s'engager sur une telle durée, encore faut-il avoir les reins solides. « La difficulté était d'assurer que Metro France existera toujours dans vingt ans. L'assurance de Metro Group a facilité les choses », raconte Franck Dubray.

Afin de lever cette barrière, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un fonds de garantie à destination des industriels. Ce fonds, opéré par Bpifrance, couvrira le risque de défaut de l'industriel acheteur. « L'objectif est de prendre en garantie des premiers contrats en 2023. Le fonds est d'ores et déjà dimensionné pour pouvoir prendre en garantie des contrats représentant jusqu'à 500 MW de puissance installée cumulée », indiquait Bercy, en novembre.

« Le fonds de garantie va permettre de démocratiser et de massifier les PPA », se félicite Jean-Christophe Dall'Ava de Boralex, tout en reconnaissant que ces contrats resteront malgré tout réservés à des entreprises de taille conséquente.

Pour les autres, d'autres projets sont dans les cartons. Le projet de loi sur l'accélération des ENR, actuellement en examen à l'Assemblée nationale, prévoit, par exemple, la possibilité de lancer des appels d'offres mixtes entre l'État et d'autres consommateurs. Le projet renouvelable pourrait bénéficier de soutiens publics pour une partie de sa production et revendre l'autre partie en contrat d'approvisionnement direct. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) interviendrait comme tiers en cas de litige.

Délais, captation des rentes et hausse des coûts

Mais d'autres freins persistent. Avec la hausse des prix, les demandes se multiplient et l'offre peine à suivre la demande. « Au départ, les premiers PPA étaient signés avec des parcs existants, en sortie de contrat d'achat. Aujourd'hui, on tend vers la création de nouveaux parcs », explique Franck Dubray, de Metro France. Or, les projets renouvelables mettent des années à sortir de terre, avec des délais d'instruction à rallonge, assortis souvent de recours, auxquels s'ajoutent des embouteillages pour les raccordements. « Aujourd'hui, on n'arrive pas à répondre à toutes les demandes, ni en termes humains ni en termes de projets », reconnaît Jean-Christophe Dall'Ava, de Boralex. Plusieurs mesures du projet de loi sur les ENR devraient permettre de raccourcir les procédures adminis-tratives et d'accélérer les raccordements, afin d'assurer un déploiement plus rapide des renouvelables.

Mais d'autres projets connaissent des coups de freins. La signature de certains PPA est en effet suspendue aux détails du projet de captation des rentes sur les ventes d'électricité, annoncé par Bruxelles, qui peut remettre en question l'équilibre économique négocié par les contractants. « Les stylos sont levés », admet Olivier Menuet, de SNCF Energies. « Certains projets sont dans l'attente des détails, d'autres projets prévoient des clauses d'annulation au cas où », indique Corinne Duvermy, senior advisor chez Oxygeen. « Par ailleurs, les ENR font face à une hausse des coûts de développement liée au coût des matières premières, etc., coûts qui sont répercutés sur le prix des PPA. Cela commence à devenir rédhibitoire pour certains », ajoute-t-elle. Difficile de penser à long terme dans un contexte aussi incertain.

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