Robots
Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
Actu-Environnement

« Zéro émission nette », cet objectif ambitieux favorisera-t-il l'accaparement des terres ?

Les gouvernements et les entreprises misent sur les terres pour compenser leurs émissions de carbone afin d'atteindre zéro émission nette d'ici 2050. Une stratégie critiquable selon Oxfam qui pourrait menacer la sécurité alimentaire au niveau mondial.

Gouvernance  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
 « Zéro émission nette », cet objectif ambitieux favorisera-t-il l'accaparement des terres ?

En amont de la Conférence mondiale sur le climat (COP 26) en novembre prochain à Glasgow, les États et les entreprises sont de plus en plus nombreux à afficher l'ambition de parvenir à « zéro émission nette » ou à la neutralité carbone d'ici à 2050. Cet objectif doit permettre de limiter la température mondiale à 2°C voire 1,5°C d'ici la fin du siècle, comme le prévoit l'Accord de Paris sur le climat. Mais les pays et les entreprises qui s'engagent doivent également montrer comment ils y parviendront. Car cet objectif peut avoir des contours flous, pointe du doigt l'ONG Oxfam dans un rapport publié le 3 août : « L'objectif « zéro émission nette » ne doit pas devenir un « vernis vert », mais s'accompagner de véritables actions climatiques synonymes de changement », prévient-elle.

Plus de 120 pays engagés dans le « zéro émission nette » en 2050

À l'heure actuelle, 61 % des pays, 9 % des États et des régions parmi les pays fortement émetteurs, et 13 % des villes de 500 000 habitants (ou plus) auraient défini des objectifs zéro émission nette, selon l'inventaire d'Oxfam. Le gouvernement britannique figurait parmi les premiers pays du G7 à prendre un tel engagement en 2019 et « profite de sa présidence de la COP 26 pour obtenir des engagements similaires d'autres pays », rappelle l'association. Aujourd'hui plus de 120 pays, dont les États-Unis, le Japon et l'Union européenne se sont engagés à atteindre le zéro émission nette à l'horizon 2050 (et 2060 pour la Chine). Mais « leurs promesses sont pour la plupart imprécises et ne s'appuient pas sur des plans assortis de résultats mesurables », critique l'ONG.

Beaucoup d'entreprises et d'investisseurs se sont également fixés cet objectif pour leurs activités. Oxfam cite par exemple British Airways, Mars, Unilever, Citigroup, BlackRock ou encore Shell, BP, Eni ou TotalEnergies. Ainsi, un cinquième des 2 000 plus grandes sociétés cotées en bourse dans le monde ont prévu des objectifs « zéro émission nette » « qui dépendent, eux aussi, des puits de carbone terrestres », ajoute Oxfam.

Les pays et les entreprises misent sur les puits de carbone mais…

Dans la pratique, un objectif climatique zéro émission nette signifie réduire les émissions de gaz à effet de serre et « compenser » les émissions qui ne peuvent être réduites en stockant le CO2, explique Oxfam. Son analyse montre que plusieurs pays et entreprises misent en effet sur les terres et les puits de carbone naturels. Or, « l'utilisation des terres pour stocker le carbone à grande échelle entre inévitablement en conflit avec la production et la sécurité alimentaire », alerte l'ONG.

Chaque piste qui limite le réchauffement à 1,5°C, définie par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), suppose des volumes importants de stockage du carbone compris entre 5 et 40 gigatonnes d'équivalent carbone (Gt CO2e) par an, rappelle l'ONG. Toutefois, la superficie des terres disponibles serait « insuffisante pour stocker la fourchette haute de cette estimation », juge Oxfam.

…quid des terres disponibles ?

Selon ses calculs, le stockage de 40 Gt CO2e par an nécessiterait environ 3,8 milliards d'hectares de terres. Soit « plus de deux fois la superficie totale des terres actuellement cultivées dans le monde ».

« Même un pays aussi petit que la Suisse aurait besoin d'une superficie équivalente à celle de l'île de Porto Rico pour planter suffisamment d'arbres afin d'atteindre son objectif zéro émission nette », illustre par exemple Oxfam. La Suisse a récemment conclu des accords de compensation des émissions de carbone avec le Pérou et le Ghana. La Colombie vise aussi cet objectif « qui exige le reboisement de plus d'un million d'hectares de terres d'ici 2030, alors même que le pays est en proie à une déforestation galopante », critique également l'ONG.

De même, les plans de l'UE s'appuient sur les forêts et la nature pour absorber 225 millions de tonnes équivalent CO2. « Ce qui nécessiterait jusqu'à 90 millions d'hectares si les pays de l'Union s'en remettaient uniquement à la reforestation pour atteindre cet objectif », ajoute Oxfam.

L'association a en outre ciblé, dans son étude, les engagements des quatre plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde : BP, Eni, Shell et TotalEnergies. Pour atteindre l'objectif zéro émission nette d'ici 2050, ces dernières devraient « reboiser une superficie équivalente à plus de deux fois la superficie du Royaume-Uni », estime l'ONG. « À elle seule, la société TotalEnergies aura besoin d'une superficie équivalente à celle du Rwanda d'ici à 2050 ».

Le rapport d'Oxfam ajoute que si l'ensemble du secteur de l'énergie - « dont les émissions continuent de grimper en flèche - se fixait des objectifs « zéro émission nette » similaires, il lui faudrait une superficie à peu près équivalente à celle de la forêt amazonienne ». Soit un tiers de toutes les terres arables du monde.

 
Ces solutions (pour piéger le carbone) risquent de provoquer encore plus de faim, d'accaparement de terres et d'atteintes aux droits humains, tandis que les pollueurs s'en servent comme alibi pour continuer à polluer.  
Armelle Le Comte, responsable du plaidoyer climat à Oxfam France
 

Menace sur la sécurité alimentaire

Ainsi, Oxfam estime que les terres utilisées exclusivement pour stocker le carbone, et susceptibles d'entrer en concurrence avec la production alimentaire, pourraient couvrir jusqu'à 1,62 milliard d'hectares. Soit « plus que la totalité des terres arables actuelles ». L'ONG craint que « l'explosion » des engagements « zéro émission nette » provoque une nouvelle flambée de la demande en terres, « surtout dans les pays à revenu faible et intermédiaire, ce qui pourrait entraîner des déplacements de masse et une faim aiguë ».

Les méthodes de stockage du carbone, reposant sur l'utilisation des terres à grande échelle, pourraient entraîner une flambée des prix alimentaires mondiaux de l'ordre de 80 % d'ici 2050, estime Oxfam. Ces solutions « risquent de provoquer encore plus de faim, d'accaparement de terres et d'atteintes aux droits humains, tandis que les pollueurs s'en servent comme alibi pour continuer à polluer », déplore Armelle Le Comte, responsable du plaidoyer climat à Oxfam France.

À moins de 100 jours de la conférence des Nations Unies sur le climat à Glasgow, les gouvernements et les entreprises « doivent accorder beaucoup plus d'importance à une réduction drastique et rapide des émissions de carbone à court terme [d'ici 2030], en commençant par leurs propres activités et chaînes d'approvisionnement », souligne Armelle Le Comte.

Réactions16 réactions à cet article

 

Oxfam est une ONG qui fait des calculs trop simplistes, le bilan carbone des surfaces agricoles est toujours positif : elles stockent plus de carbone qu'elles n'en émettent dans un rapport 2/3 1/3 : 2kg émis = 3 kg stockés, à condition bien sur d'augmenter la densité végétale toute l'année et en priorité l'été !
le taux de CO2 atmosphérique a des cycles de 60 ans mais aussi des cycles saisonniers, ils baissent fortement au printemps et en été grâce à la photosynthèse ! on aura sauvé la planète quand les continents seront des océans de verdures ! N'oubliez pas non plus que sans photosynthèse il n'y aurait pas d’oxygène donc pas de vie animale ...

laurent | 05 août 2021 à 09h20
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Nous avons exporté nos déchets, maintenant nous allons exporter nos puits carbone (nous, au sens pays industrialisés) où quand la "doctrine" conduit à plus de dégâts que ce qu'elle voudrait combattre. Aujourd'hui nous avons ce qu'il faut pour alimenter la population mondiale (sous réserve d'un partage qui n'existe pas), mais demain les territoires africains ou d'Amérique du sud n'aurons plus de terres agricoles (?) La responsabilité serait de faire face aux engagements sans entraver la liberté des autres, mais certains ne semblent pas disposés à travailler dans cet esprit.

jmf | 05 août 2021 à 09h39
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Rappelons simplement la règle d’or en terme environnemental qui est de COMMENCER PAR EVITER selon la séquence « éviter, réduire, compenser » (ERC). Cela éviterait les mauvaises fausses pistes focalisées sur le stockage de C et aussi ce type de calculs aberrants qui prennent l'équivalent de toutes les émissions en espace de compensation...

vert_emeraude | 05 août 2021 à 09h59
 
Signaler un contenu inapproprié
 

L'accaparement des terres agricoles par la forêt est une vrai question. Il y a cependant une autre piste évoquée depuis plusieurs années qui est le stockage du carbone directement dans les sols agricoles. Cette voie n'est pas évoquée dans l'article de Rachida Boughritl. Voir le lien ci-dessous

https://agriculture.gouv.fr/stockage-du-carbone-dans-les-sols-un-enjeu-pour-le-climat-et-lalimentation

SAGITTE | 05 août 2021 à 15h50
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Le Zéro comme indicateur écologique ? "Zéro émission nette" de GES; "Zéro artificialisation nette" souhaité pour les sols en France...Il y a d'ailleurs un lien entre ces objectifs, les sols reconquis pouvant devenir des puits de carbone. Mais le rapport Oxfam pointant entre autres les risques alimentaires pour les pays vulnérables est une sérieuse mise en garde. La question est dans les deux cas celle d'un partage équilibré entre les différents usages des terres, et en lien avec elle, celle de la pratique de mécanismes de compensation aux finalités peu transparentes et souvent douteuses.

Pasisimple | 05 août 2021 à 18h10
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Je suis d'accord avec Armelle Le Comte : le greenwashing est inutile et dangereux ; le "zéro artificialisation nette des sols" consisterait d'abord à interdire toute construction nouvelle public, ou privé sans avoir explorer toutes les solutions d'acquisition, agrandissement par surélévation d'un bâtiment existant. Les collectivités locales et les entreprises pourraient donner l'exemple ; par exemple: ne pas construire de nouvelles piscines mais rénover les anciennes ou exploiter les sous-sols inutilisés des bâtiments publics ; ne pas construire de nouveaux entrepôts de stockage de marchandises mais moderniser et surélever les entrepôts existants . Qu'en pensez-vous ?

DUC | 05 août 2021 à 20h58
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Bon article je trouve. J'écoutais ce midi sur France Inter une interview d'un spécialiste à ce sujet, il ne disait pas beaucoup mieux : l'objectif premier est de réduire nos émissions, pas seulement de les compenser.

nimb | 05 août 2021 à 21h05
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Je ne garantis pas la réalité de cette réflexion d'un agriculteur: la culture du maïs stocke plus de carbone que la forêt.
Nous en tout cas on est mal barrés avec la disparition des terres arables d'un département par an et le désir réel mais non assumé d'avoir une France de 100 millions d'habitants, donc 30 milions de voyageurs en plus, loger 30 millions d'habitants.
Entre les grandes éoliennes de Yeu à Noirmoutier et les autres, on montera des puits de carbone de varechs et algues rouges (les vertes met favori des lièvres de mer n'ayant plus la cote.

pemmore | 06 août 2021 à 13h06
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Le 4/1000 est un leurre, avec la méthanisation, les milliers d'hectares de cultures dédiées et leur carbone sert a faire le fameux méthane "vert", donc encore moins de retour au sol du carbone

AUCASOU | 09 août 2021 à 14h03
 
Signaler un contenu inapproprié
 

EN fait, avec la multiplication de la méthanisation, il y aura à terme une baisse du retour du carbone au sol et donc un appauvrissement qui devra être compensé...En effet, la méthanisation des lisiers, fumiers et autres cultures dites "dédiées",utilisent le carbone pour produire le CH4. Le carbone ne sera donc pas stocké pendant 60 ans. Quand à la photosynthèse seule 17% du CO2 sera absorbé par les plantes, le reste participera à l’acidification des océans

AUCASOU | 12 août 2021 à 11h31
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@ AUCASOU : il faut reprendre le problème à la base : le carbone n'est pas un problème puisque c'est la nourriture des plantes !
Si le climat se résumait à l'effet de serre les températures au-dessus des mers seraient caniculaires puisque la vapeur d'eau est de loin le plus puissant gaz à effet de serre (60%) , pourtant on mesure exactement l'inverse !
les émissions de CO2 posent des problèmes de pollution en ville (trop de CO2 = pas assez d'oxygène) mais pas pour le climat !
Ce ne sont pas les voitures électriques qui vont arrêter les inondations mais des digues !

laurent | 12 août 2021 à 13h50
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Chez-nous, il n'y a que le chauffage qui pose problème, on peut tout à fait se chauffer sans utiliser un combustible fossile.
Pour l'automobile on pourrait construire des véhicules capables de consommer 2l/aux 100 pas plus.Perso j'ai possédé une db panhard, 4 places, scx meilleur que la ds, poids moins de 500 kg, son petit bicylindres consommait que 4 l aux 100, un moteur moderne à soupapes pilotées pourrait tourner à 2l /100.
On serait dans les clous, bien sur l'électrique, c'est pas une solution générale qu'on puisse mettre rapidement en fonction.

pemmore | 12 août 2021 à 16h27
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Accrochons nous à nos chaussettes, bientôt le grand circus périodique des sauveurs de planète (aéroportés au kérosène) qui vont nous expliquer qu'il ne faut absolument pas se conduire comme eux, à grands coups de slogans nuls (tous les Zéro), moralisateurs et culpabilisateurs.
Jusqu'à quel numéro cette pitrerie va-t-elle continuer ?
J'espère en tous cas qu'elle ne sera pas durable car il y en a un peu marre de tous ces parasites de la nouvelle religion néo-animiste (en particulier ceux qui calculent des "bilans carbone" dont j'aimerais connaître le bilan carbone.
Allez, courage aux gens qu'on culpabilise ici en permanence parce qu"ils produisent, et en particulier aux agriculteurs !

Albatros | 23 août 2021 à 18h55
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Voilà la bêtise des "politiques climatiques" actuellement en pleine inflation : ces politiques vont générer des réfugiés climatiques tellement désirés par les écolos (qui se contrefoutent des réfugiés "conventionnels", bien réels ceux-là.
Ou quand les catastrophes prédites ne se produisent pas, les politiques se chargent de les générer... Bravo !

Albatros | 25 août 2021 à 15h33
 
Signaler un contenu inapproprié
 

@Laurent : oui la vapeur d’eau est le principal gaz à effet de serre et l’effet de serre est souhaitable pour la vie sur terre mais il est actuellement à un niveau trop élevé de température pour notre survie à terme.
Ce n’est pas la vapeur d’eau qui est en cause mais bien les émissions anthropiques des GES de la période post-industrielle (avec CO2 et autres GES qui sont ensuite traduits en équivalent CO2). Ce CO2 anthropique vient rompre un équilibre énergétique entre l’énergie qui arrive sur terre et celle qui repart vers l’espace, avec un nouvel équilibre se faisant à une température supérieure qui tend à augmenter et à devenir invivable à terme.
On ne parle pas de climat mais de changement climatique et de PRG à 100 ans (Pouvoir de réchauffement global du gaz au bout de 100 ans, soit sa capacité à empêcher l’évacuation de chaleur).

vert_emeraude | 25 août 2021 à 16h18
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Le régime des micro suies causées par les diésels principalement à injection directe a perturbé le régime de génération des nuages puis la pluie, il n'est pas impossible qu'avec la fin du gasole et son 'interdiction de commercialisation ça change légérement le climat et éviterait peut être les violentes inondations de cette année.
Le diésel à injection directe est relativement récent et correspond à une diéselisation mondiale.
Normal le moteur à injection indirecte est rare et fragile ainsi que sa pompe, en injection directe un moteur typé essence se dieselifie sans problème, fume énormément, mais très solide.
Une solution peu coûteuse et efficace, mas polluante.

pemmore | 27 août 2021 à 01h37
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager

Economie circulaire : une expertise juridico-technique en droit des déchets LPA-CGR avocats