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La stratégie du gouvernement pour exploiter les grands fonds marins

Lors de l'annonce du plan France 2030, Emmanuel Macron a prudemment parlé d'une exploration des grands fonds marins en vue d'accéder à certains métaux rares. Une stratégie a en fait été lancée en janvier dernier pour relancer la dynamique.

Gouvernance  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com

« La France est la deuxième puissance maritime du monde (…). Qui peut accepter que nous laissions en quelque sorte dans l'inconnu la plus complète une part si importante du globe ? », a déclaré Emmanuel Macron lors de la présentation, mardi 12 octobre, du plan France 2030.

« Nous avons dans nos zones économiques exclusives la possibilité d'avoir accès à ces explorations, qui est un levier extraordinaire de compréhension du vivant, peut-être d'accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes, d'innovation en termes de santé, en termes de biomimétisme, etc. », a ajouté le président de la République, suscitant l'incompréhension de ceux qui se battent contre l'exploitation minière des grands fonds marins.

La volonté du gouvernement d'exploiter ces ressources minérales n'est pourtant pas nouvelle, même si le chef de l'État a pris soin de choisir ses mots. « J'entends déjà le débat à venir, je ne parle pas d'exploitation à ce moment-là, je parle d'exploration », a déclaré le président. Pourtant, le 22 janvier 2021, le secrétaire général de la Mer présentait une nouvelle stratégie nationale d'exploration et d'exploitation des ressources minérales dans les grands fonds marins à l'occasion d'une réunion du Comité interministériel de la mer. Quasiment au même moment, le chef de l'État fixait l'objectif de protéger 30 % des espaces maritimes nationaux d'ici à 2022, dont 10 % sous protection forte.

Pas de remise en cause de l'exploitation à terme

Que prévoit la stratégie présentée en début d'année, résultat de la mission de l'économiste et haut fonctionnaire Jean-Louis Levet ? Il en ressort que le gouvernement ne se pose pas la question de savoir s'il faut exploiter les grands fonds marins, mais plutôt quelle stratégie mettre en œuvre pour y parvenir. Il ne s'agit d'ailleurs pas de la première stratégie, cette nouvelle feuille de route étant censée tirer les enseignements de celle lancée en 2015.

« Des actions ont été menées dans ce domaine de l'exploration des grands fonds marins, les différents opérateurs de la recherche et de l'industrie se sont mobilisés, les ministères concernés ont poursuivi leurs missions tant au niveau national qu'à l'échelle internationale », rapporte le document. La France fait partie des pays auxquels ont été attribués des permis d'exploration dans les eaux internationales par l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Elle en détient deux, l'un dans l'Atlantique, l'autre dans le Pacifique. « Au sein de l'AIFM se déroule un jeu complexe des États avec une grande diversité des intérêts en présence. Toutefois, aucun d'entre eux ne remet en cause le principe de l'exploration en cours et la perspective à terme de l'exploitation », indique la synthèse de la stratégie.

Au contraire, le gouvernement propose une nouvelle dynamique en la matière face à « une forte montée en puissance des États » tant dans leur zone économique exclusive (ZEE) que dans les eaux internationales. « La France, de par son engagement de longue date dans l'exploration des grands fonds marins, s'est dotée d'atouts majeurs, sur lesquels cependant elle s'appuierait trop peu (…), comme la qualité reconnue de ses opérateurs de la recherche, l'existence d'un ensemble industriel, de formations, de compétences techniques, son engagement dans la prise en compte des enjeux environnementaux, la grande diversité des faciès géologiques présents dans sa vaste ZEE », souligne la stratégie.

Stratégie d'exploitation durable de la ressource

Pour remédier à cette situation « qui ne peut qu'accentuer un lent recul de la France dans ce domaine », cette dernière prévoit quatre priorités que le Premier ministre, Jean Castex, a déclinées dans une circulaire adressée, le 5 mai dernier, aux ministres concernés. La première de ces priorités est l'acquisition des connaissances sur les écosystèmes et les ressources minérales, en particulier avec un amplification des travaux d'exploration en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, mais aussi dans les eaux internationales, avec les deux contrats détenus par la France et dont l'Ifremer a la charge.

 
On discute de ce qu'est un protection forte. La doctrine française est de réduire au maximum les pressions alors que, à l'international, cela signifie aucune activité.  
Michel Peltier, délégué mer et littoral à l'Office français pour la biodiversité.
 
La deuxième vise à « amplifier les efforts de protection des fonds marins » tout en poursuivant « une stratégie d'exploration et d'exploitation durable de leurs ressources ». Il faut en effet que le gouvernement tienne dans le même temps l'engagement du président de la République d'atteindre 30 % d'aires marines protégées, dont un tiers sous protection forte, d'ici à 2022. « On discute actuellement de ce qu'est un protection forte, explique Michel Peltier, délégué mer et littoral à l'Office français pour la biodiversité (OFB). La doctrine française est de réduire au maximum les pressions alors qu'à l'international, cela signifie aucune activité. » Ce qui veut dire que le gouvernement n'exclut pas la possibilité d'un exploitation des ressources minérales, y compris dans les zones protégées, si l'exploitant démontre une absence d'impact fort sur les enjeux qui ont motivé la protection. Jean Castex annonce d'ailleurs la réalisation d'« une cartographie des espaces à protéger et des espaces ouverts à une éventuelle exploitation durable ».

La troisième priorité est clairement axée sur l'exploitation, puisqu'il s'agit de « valoriser les ressources des grands fonds marins en lien avec le potentiel industriel français ». Dans ce cadre, il est demandé aux ministres de créer un démonstrateur destiné à tester l'impact, le cadre et la faisabilité d'« une exploitation durable des grands fonds marins ». Ce démonstrateur est envisagée dans la ZEE de Nouvelle-Calédonie ou de Polynésie, dans le cadre de l'un des deux contrats détenus par la France dans les eaux internationales, ou dans la ZEE de la Norvège en partenariat avec l'Allemagne.

Un moratoire incompatible avec la stratégie française

Les deux derniers axes de la stratégie visent à renforcer le partenariat avec les collectivités d'outre-mer et à « travailler à la future et indispensable information des populations et des décideurs sur les ressources de l'océan profond ».

« La question du moratoire en matière d'exploration et d'exploitation est évoquée de manière générale par certaines ONG. Il convient de l'aborder avec attention et sans dogmatisme quel qu'il soit en distinguant bien l'exploration de l'exploitation et les zones sous juridiction de la Zone », indique le chef du gouvernement. Les appels à un moratoire se multiplient en effet, avec des ONG locales et internationales, des dirigeants communautaires, des scientifiques, des gouvernements et des organisations de pêcheurs en tête, confirme le WWF, qui s'est positionné pour un tel moratoire en lançant l'initiative No Deep Seabed Mining.

« Les avantages intrinsèques à long terme d'un océan sain dépassent de loin les incitations à court terme offertes par l'exploitation minière des grands fonds marins », explique l'ONG. Selon celle-ci, des solutions alternatives existent déjà : « Une combinaison d'innovation, de recyclage et de réparation peut satisfaire les besoins des industries en matières premières sans ouvrir le fond marin à l'exploitation minière. »

La question du moratoire a également été portée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) lors du Congrès mondial de la nature, à Marseille, contraignant le gouvernement français à se positionner. Ce dernier s'est en effet opposé à la motion de l'UICN, finalement adoptée le 8 septembre. Outre l'exploitation, cette résolution demande également un moratoire sur la délivrance de nouveaux contrats d'exploration tant que plusieurs conditions ne sont pas réunies : évaluation d'impact rigoureuse, mise en œuvre du principe de précaution, utilisation responsable des métaux, consultation du public.

Autant dire que l'opposition française a fait tâche cinq jours après l'annonce par le chef de l'État, en ouverture du Congrès international dont il était l'hôte, de plusieurs initiatives en faveur de la protection des océans.

Réactions1 réaction à cet article

 

"les ressources de l'océan, mythe ou réalité" de Coulmy et Page : ce bouquin est paru en 1974, il n'a pas pris une ride ! En clair, les ressources sont mal connues, les méthodes d'exploitation pas au point, et surtout... les moyens de contrôle des impacts écologiques totalement insuffisants voire inexistants. Quel organisme aura les reins assez solides (et les moyens de protection, les exploitants ne sont pas des enfants de chœur) pour aller voir ce qu'il se passe à 5000m de fond ?! Pourquoi aller chercher dans les abysses ce qui existe déjà en bonne part dans nos déchets ?! Bref, cette idée participe essentiellement de la fuite en avant du toujours plus de technologie pour nous sortir du pétrin actuel, et surtout ne pas remettre en cause la position dominante de la finance !

dmg | 14 octobre 2021 à 14h13
 
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