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Définition des perturbateurs endocriniens : l'Efsa appelle à des tests supplémentaires sur ces substances

Une substance active est potentiellement perturbatrice endocrinienne quand elle génère un effet nocif résultant de son interaction avec le système hormonal, définit l'Efsa tout en appelant à développer des tests supplémentaires sur ces substances.

Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Saisie par la Direction générale (DG) de la santé des consommateurs (Sanco) de la Commission européenne en octobre 2012, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a rendu mercredi 20 mars son avis scientifique visant la définition et l'harmonisation des critères d'identification des perturbateurs endocriniens (PE).

Cet avis doit contribuer à définir réglementairement ces substances chimiques susceptibles d'interférer avec la régulation des hormones alors que plusieurs législations européennes (directive sur les biocides, règlement Reach sur les produits chimiques, règlement sur la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques) prévoient un retrait du marché des PE les plus dangereux dès courant 2013. Les enjeux autour de la définition de ces substances à exclure sont importants pour les secteurs de l'industrie, la santé et l'agriculture car elle servira de base à ces législations. La Commission européenne doit trancher sur une définition d'ici au 14 décembre 2013 et sur les critères d'exclusion de ces substances pour les produits phytopharmaceutiques.

Alors comment l'Efsa distingue-t-elle un perturbateur endocrinien et évalue-t-elle ses risques sanitaires ?  Le comité scientifique de l'agence a adopté la définition donnée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) d'un perturbateur endocrinien comme étant "une substance ou un mélange exogène altérant les fonctions du système endocrinien et induisant de ce fait des effets nocifs sur la santé d'un organisme intact [pour les mammifères], de ses descendants ou au niveau des (sous)-populations [pour la faune sauvage, dans les écosystèmes]".

L'agence qualifie de "substances actives sur le système endocrinien", les substances chimiques qui interagissent ou interfèrent avec "l'activité hormonale normale". Les perturbateurs endocriniens doivent quant à eux présenter à la fois "un effet nocif", "une activité endocrinienne" et ''un lien de causalité plausible entre les deux'', conformément à l'OMS.

Substances actives et PE : le lien de causalité au cœur de la définition

Mais l'Efsa souligne la difficulté de prouver ce lien de causalité. Elle rappelle que les substances actives sur le système endocrinien peuvent être naturelles (par exemple, les phytooestrogènes dans le soja) ou fabriquées par l'homme (comme certains pesticides ou polluants). Certaines substances actives "sont utilisées intentionnellement dans des médicaments pour leurs propriétés d'action sur le système endocrinien (ex. : pilules contraceptives, substituts aux hormones thyroïdiennes)".

Or, l'Agence conclut que toutes ces substances actives "ne sont pas nécessairement" des PE. Selon l'Efsa, "il n'existe pas de critère scientifique spécifique défini pour distinguer les effets nocifs potentiels des perturbateurs endocriniens par rapport à une régulation normale des fonctions corporelles (appelées réponses adaptatives). Des experts doivent évaluer le poids des éléments probants disponibles au cas par cas pour chaque substance", explique l'agence. Cela dépend donc de l'existence de "preuves raisonnables" démontrant que la substance "peut générer un effet nocif résultant de son interaction ou interférence avec le système endocrinien".

Effets à faible dose et expositions combinées : l'Efsa botte en touche

Le comité scientifique de l'Efsa conclut également que les tests existants permettant d'identifier les substances actives sur le système endocrinien se révèlent généralement "adéquats" pour les mammifères et les poissons et, dans une moindre mesure, pour les oiseaux et les amphibiens, et couvrent quatre voies endocriniennes "importantes" et "connues" au niveau international "pour être sensibles" aux PE : les hormones oestrogènes, androgènes et thyroïdiennes ainsi que la steroïdogénèse (processus biologique pour la production d'hormones stéroïdiennes).

Mais l'agence estime cependant qu'un test unique "n'est pas suffisant pour décider si une substance est un perturbateur endocrinien". Les tests sont généralement conçus pour établir soit une activité endocrinienne soit différents types d'effets nocifs, mais pas les deux. "Plusieurs tests doivent être effectués et être ensuite évalués dans leur ensemble par des experts dans le cadre d'une approche fondée sur le poids de la preuve", estime l'Efsa.

Certaines questions relatives aux tests sur des substances chimiques durant les périodes critiques du développement et d'autres questions liées à la toxicologie, tels que les effets à faible dose, les courbes dose-réponse non monotones et l'exposition combinée à de multiples substances sont quant à elles encore "sujettes à un débat scientifique", juge l'Efsa.

Le comité scientifique de l'agence note ainsi "l'absence de consensus international sur l'existence/la pertinence des effets dits «à faible dose »". Par conséquent, l'Efsa "ne peut pas déterminer si les tests en vigueur sont adéquats pour définir complètement les relations entre dose et réponse pour les perturbateurs endocriniens".

L'agence recommande donc, dans le cadre du suivi de cet avis, de réaliser des travaux supplémentaires pour "clarifier la question des seuils et des critères de nocivité (c'est-à-dire ce qui constitue un effet nocif sur la santé par opposition à ce qui constitue une réponse adaptative), ainsi que la question de l'exposition combinée à de multiples produits chimiques et des relations dose-réponse non monotones". Le comité scientifique de l'Efsa souligne également "la nécessité de développer d'autres stratégies expérimentales pour tester ces substances de façon systématique et transparente" et "générer des données adéquates".

Réactions5 réactions à cet article

 

Merci pour ce résumé.

Wackes Seppi | 20 mars 2013 à 18h38
 
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Cette chère Efsa reporte encore les prises de décisions: on n'est pas sur...., les études ne sont pas assez....,il faut développer d'autres statégies expérimentales...Pendant ce temps nous continuons à être considérés comme des cobayes et l'industrie chimique gagne du temps.

Duport Claude | 21 mars 2013 à 09h35
 
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bravo Rachida pour cet excellent compte rendu
continuons donc dans ce chemin etroit est tortueux
jusqu'a ce que..........Dieu que c'est loin !!!

gil32 | 21 mars 2013 à 10h09
 
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Il y a plus simple et plus responsable : pourquoi ne pas exiger la preuve de la NON toxicité, ou de la NON nocivité. Engageant ainsi la responsabilité des scientifiques. Puisqu'ils sont si surs de leur maitrise, cela ne devrait pas poser de problèmes...

Toutoune | 21 mars 2013 à 16h04
 
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Merci pour cet éclairage.
La preuve de la non-existence de quelque chose est plutôt ardue à amener, même pour la puissante (et bien sûr diabolique) industrie chimique. Demandez aux athées à qui on demande (parfois très violemment) de prouver l'inexistence de Dieu...

Albatros | 22 mars 2013 à 09h53
 
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