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Exploitation des métaux des fonds marins : un non-sens selon Greenpeace

Alors qu'une nouvelle vague de négociations internationales sur l'exploitation minière en eaux profondes débute ce jeudi 16 mars en Jamaïque, Greenpeace publie un rapport dévoilant ses réflexions et mises en garde sur le sujet.

Energie  |    |  F. Bénard
Exploitation des métaux des fonds marins : un non-sens selon Greenpeace

Si le traité sur la haute mer adopté la semaine dernière à l'ONU marque une étape importante dans la protection des milieux marins, il n'intègre pas d'encadrement de l'exploitation minière. Sans compter qu'il est encore loin d'être adopté et ratifié par les États. Les négociations de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM) à venir du 16 au 31 mars sont donc primordiales, et un accord doit être trouvé avant le mois de juillet. Il s'agit en effet de la date butoir au-delà de laquelle des licences d'exploitations pourraient commencer à être délivrées aux industriels, même sans moratoire international. À l'heure actuelle, l'AIFM a délivré 31 contrats d'exploration, mais aucun d'exploitation à visée commerciale. Ce qui pourrait donc changer si aucun accord n'est trouvé.

Une exploitation indispensable à la transition énergétique ?

C'est l'argument principal des défenseurs d'une exploitation à large échelle : obtenir les ressources nécessaires à la fabrication de batteries au Li-ion par exemple, « et, dans une moindre mesure, au stockage stationnaire de l'énergie ». Mais pour Greenpeace et l'Institut Oeko de Fribourg (Allemagne), auteur d'un rapport qui alerte sur les risques d'une exploitation prématurée des ressources minières des grands fonds marins, l'argument ne tient pas.

L'exploration a déjà commencé : l'entreprise canadienne The Metals Company s'est, par exemple, vu accorder une autorisation d'exploration à Clarion-Clipperton, une zone qui suscite un grand intérêt, « tant du point de vue de l'approvisionnement en ressources que des perspectives économiques », mais à tort selon Greenpeace. Dans la ligne de mire des industriels : les nodules polymétalliques. Particulièrement convoités pour les métaux qu'elles renferment, ces petites boules d'un diamètre de 5 à 10 cm se trouvent sur le plancher océanique, jusqu'à 6 000 m de profondeur. Si leur potentiel de ressources est supérieur aux réserves terrestres, en réalité la part de matière première réellement extractible et exploitable est faible. Une exploitation est de plus peu probable avant 2030 : ces gisements ne pourraient donc pas contribuer à court terme à la transition énergétique, point non négligeable selon Greenpeace. Seuls le cobalt, le nickel et le manganèse sont en effet réellement exploitables. Or, parmi eux, « seul le cobalt serait nécessaire en quantité importante pour les usages spécifiques de la transition » énergétique, soit principalement pour les batteries des véhicules électriques.

“ Nous n'avons pas besoin d'ouvrir un nouveau front de destruction de l'environnement ” François Chartier, Greenpeace France
Selon l'ONG, les besoins de ces métaux seraient surestimés par rapport aux projections de The Metals Company, d'autant plus que la composition des batteries est amenée à évoluer, et qu'elles pourraient ne plus contenir de cobalt et de nickel à terme. Ces trois matières premières sont donc substituables, dans le cas des batteries autres que le Li-ion. Greenpeace appelle à pousser la recherche dans ce sens. De plus, le prix croissant du cobalt pourrait inciter à son remplacement par d'autres métaux, phénomène qui se profile déjà.

Quant au cuivre, s'il est présent dans les nodules et non substituable à la fabrication de batteries, les besoins sont bien moindres en comparaison des autres métaux.

Enfin, outre le cobalt, les besoins les plus importants concernent le lithium et le graphite. En revanche, ces métaux actuellement sous tension « ne peuvent pas être obtenus à partir des nodules ». L'extraction du lithium s'avère trop difficile et les quantités trop faibles pour que ce soit envisagé dans les projets d'exploitation. Le graphite n'est quant à lui tout simplement pas présent dans ces nodules, mais il est substituable dans les batteries.

L'extraction menacerait un environnement méconnu et fragile

L'ONG craint qu'une exploitation minière des fonds marins soit non seulement irréaliste et inutile, mais aussi dangereuse pour les écosystèmes marins. Elle exposerait en effet la biodiversité marine et la chaîne alimentaire océanique à des risques multiples, à commencer par la destruction et la fragmentation de l'habitat benthique, c'est-à-dire le plancher océanique. Les forages provoqueraient des panaches de sédiments et un rejet de résidus miniers sur une surface qu'il est difficile de prévoir. Autre impact : la pollution sonore, en raison du bruit occasionné par l'extraction, mais aussi par les navires, également sources de pollution chimique.

Enfin, l'extraction pourrait perturber le puits de carbone que constitue le plancher océanique, en limitant ses capacités de séquestration ou en libérant du carbone dans les océans.

En résumé, des impacts similaires à l'extraction terrestre, mais dont l'ampleur est incertaine, et de surcroît dans un milieu très peu connu mais déjà menacé par le réchauffement climatique. Greenpeace exhorte donc d'appliquer le principe de précaution. « Nous n'avons pas besoin d'ouvrir un nouveau front de destruction de l'environnement », appuie François Chartier, chargé de campagne océans chez Greenpeace France.

Quelles solutions alternatives à l'exploitation minière ?

L'ONG affirme « qu'une décision défavorable à l'exploitation minière en eaux profondes ne sonnera pas le glas de la production mondiale des batteries au Li-ion ni des projets en faveur des technologies d'énergies vertes qui en dépendent ». Elle plaide pour « un approvisionnement durable en métaux, basé sur le recyclage et la sobriété », mais aussi sur la réparabilité, la réutilisation et la reconversion des batteries.

Enfin, Greenpeace préconise de « repenser les schémas de transport », en abandonnant le modèle des voitures individuelles privées, même électriques, au profit de « solutions de mobilité des biens et des personnes qui soient plus efficaces ».

Réactions2 réactions à cet article

Au vu de l'évolution politique mondiale, les choses sont parties de travers inéluctablement.

28plouki | 15 mars 2023 à 13h37 Signaler un contenu inapproprié

Il est grand temps de réfléchir avant d'agir...
J'ai également appris énormément en écoutant l'interview d'Aurore Stephant sur Thinkerview... c'est édifiant !!! surtout la conclusion du rapport évoqué à environ 58:30...
Cette spécialiste explique (entre autre) cet exploitation des fonds marins et sa faisabilité...
Extrêmement instructif :)

ArnauLdL | 16 mars 2023 à 11h02 Signaler un contenu inapproprié

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