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Comment faire du futur de l'éolien en mer une réalité ?

Onze ans après l'ouverture du premier appel d'offres, l'éolien en mer n'a toujours pas décollé en France. Pour rattraper le retard, les acteurs du secteur réclament une planification mieux élaborée et une standardisation des études environnementales.

Energie  |    |  Félix Gouty  |  Actu-Environnement.com
Comment faire du futur de l'éolien en mer une réalité ?

Il aura fallu onze ans après l'ouverture du premier appel d'offres pour qu'un parc éolien en mer français soit opérationnel. Ce constat amer – en particulier pour la filière – et les solutions pour éviter qu'il ne se reproduise ont constitué l'un des sujets centraux de discussion lors du dernier Colloque national éolien.

L'an prochain, la Loire-Atlantique sera en effet le premier département à inaugurer la mise en service d'un parc éolien au large de ses côtes. Il s'agit de celui installé actuellement au large de Saint-Nazaire et doté de 80 éoliennes posées de 6 mégawatts (MW) chacune. Six autres parcs offshore ont été attribués ou sont en construction et des procédures d'appels d'offres en cours en prévoient six supplémentaires. Au total, jusqu'à 7,3 gigawatts (GW) de capacité électrique additionnelle sont prévus, a priori, d'ici à 2030 – à comparer aux 6,2 GW, au mieux, fixés pour 2028 par la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

Preuve du décalage de la France en matière d'éolien en mer, la capacité attendue en 2030 équivaut, peu ou prou, à la capacité actuelle installée au large de l'Allemagne. Comment s'assurer de rattraper le retard de la France sur ses voisins et d'améliorer la cadence à l'avenir ? Pour Gro de Saint-Martin, chargée de projet Énergies marines renouvelables chez RTE, si l'Allemagne « est allée plus vite, c'est parce qu'elle a planifié à l'avance ». Une programmation plus précise et plus ambitieuse, sur le plan temporel, paraît indispensable.

Planifier par façade maritime, sur vingt ans

Pour commencer, toujours selon Gro de Saint-Martin, il est nécessaire de « voir au-delà de dix ans, car c'est le temps de construction d'un projet, mais plutôt au moins vingt ans ». Pour Brice Cousin, directeur développement offshore du producteur WPD, « il faut faire ce qu'il s'est passé en Allemagne : mettre onze ans pour ouvrir un premier parc, en 2012, puis en lancer 27 de plus en dix ans ». Le directeur exécutif chargé de la direction des affaires maritimes de RTE, Régis Boigegrain, insiste, lui aussi, sur le besoin d'accélérer le rythme d'installation : « Entre 2023 et 2025, il faut attribuer autant de gigawatts que ce qui a été attribué depuis 2011. »

La planification sur un temps plus long et l'installation de davantage de parcs sur un temps plus court ne sont pas les seuls leviers. D'autres modifications sont possibles, comme une réforme des débats publics, obligatoires avant chaque installation. Selon Brice Cousin, il ne faut plus discuter « projet par projet » mais de préférence « des objectifs à atteindre localement », à savoir « façade par façade ». Cette disposition est déjà esquissée par la loi Climat et résilience à travers l'élaboration de PPE régionales, partagées en trois façades maritimes pour la France continentale en ce qui concerne l'éolien en mer. « Toutes les façades n'auront pas le même nombre de projets, mais au moins cinq par façade en moyenne », estime déjà Brice Cousin.

 
Entre 2023 et 2025, il faut attribuer autant de gigawattheures que ce qui a été attribué depuis 2011  
Régis Boigegrain, directeur exécutif chargé de la direction des affaires maritimes de RTE
 
Dans cette optique, ce dernier préconise d'installer les futurs parcs « en grappes sans zone tampon entre eux », c'est-à-dire sans espace conséquent de séparation entre les premiers et les seconds dans une même zone. L'idée est d'exploiter le « gisement territorial » de la manière la plus rentable, en termes d'occupation de l'espace, mais aussi de faciliter le raccordement. Gro de Saint-Martin, de RTE, confirme que « le raccordement individuel, en râteau, a des limites » aux niveaux économique et environnemental. Elle privilégie une mutualisation des parcs (à savoir, en peigne) à l'avenir, en commençant notamment par les parcs éoliens flottants en Bretagne et en Méditerranée.

Par ailleurs, pour prendre de l'avance sur les décisions politiques, le syndicat de la filière, France Énergie éolienne (FEE), s'est déjà fixé comme objectif d'atteindre 50 GW d'ici à 2050 (pour 300 GW à l'échelle européenne). Cette ambition s'inscrit dans la lignée des scénarios prospectifs dévoilés récemment par RTE : l'analyse de l'opérateur envisage, à même échéance, l'installation de 45 à 62 GW d'éolien en mer (à condition de ne pas lancer de nouveaux réacteurs nucléaires). Pour Filippo Cimitan, directeur général France de Siemens Gamesa, cette trajectoire est « réaliste ». Néanmoins, nuance Brice Cousin de WPD, l'objectif des 50 GW en 2050 n'est « atteignable seulement qu'en combinant l'éolien posé et flottant, à hauteur d'un tiers et de deux tiers respectivement ». Pour réaliser cette perspective, Laurent Michel, directeur de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), insiste sur le « besoin d'un soutien public fort pour l'éolien flottant en France, si nous voulons nous doter d'une avance industrielle et d'un savoir-faire exploitable ».

Standardiser et réaliser davantage d'études environnementales

Un obstacle de taille demeure cependant face à cet horizon téméraire : l'évaluation environnementale. « Réussir à planifier sans connaissances n'est pas évident », atteste Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Mer. « Nous ne sommes pas organisés pour atteindre 50 GW en 2050, affirme, de ce point de vue, Élodie Martinie-Cousty, vice-présidente du Conseil économique social et environnemental (Cese) et pilote du réseau océan, mer et littoral chez France Nature Environnement (FNE). Nous n'avons toujours pas de connaissances sur les impacts environnementaux des autres activités maritimes arrivées avant l'éolien en mer, ce qui le met en danger », en référence à l'influence négative de ce manque d'information dans les débats publics. Elle souligne, de plus, que « les services experts de l'État n'ont actuellement pas les moyens pour faire leurs mesures et les projets n'avanceront pas sans argent pour la recherche ».

Le gouvernement tente déjà d'y pallier. Dernièrement, il vient d'accorder 50 millions d'euros pour financer des études scientifiques sur les milieux marins, en amont. Brice Cousin, de WPD, voit ce budget comme une occasion pour aller plus loin, rejoignant l'objectif de planification : « Chaque enquête environnementale pourrait être effectuée par façades et non plus par projets, à l'aide d'un protocole uniformisé au niveau national ». Cette standardisation serait le point de départ de la création d'une « agence nationale chargée de ces études et financée par exemple sur la base de cotisation des développeurs », imagine Gro de Saint-Martin. À cet égard, elle fait écho aux modèles danois, où le gestionnaire du réseau produit l'ensemble des études, et néerlandais, doté d'une agence gouvernementale à part entière. « Il faut y arriver avant 2025, pour que les futurs appels d'offres en bénéficient (et) éviter de reproduire un creux, comme pour Dunkerque, qui se répercute ensuite sur l'industrie, prévient cependant Brice Cousin. Se réconcilier avec les connaissances, c'est le combat à mener du côté de la filière. »

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