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A la veille du One Planet Summit, Paris se rêve en capitale de la finance verte

Le verdissement de la finance est le thème majeur du One Planet Summit voulu par le Président de la République Emmanuel Macron. Il est organisé en partenariat avec les Nations Unies deux ans jours pour jours après l'adoption de l'Accord de Paris.

Gouvernance  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

Organisé à l'initiative d'Emmanuel Macron deux ans pile après l'adoption de l'Accord de Paris, le One Planet Summit, qui aura lieu à la Seine Musicale dans les anciennes usines de Boulogne-Billancourt (Hauts de Seine) le 12 décembre, se veut un sommet international où finance et climat vont enfin converger. La finance verte ne veut pas rester une goutte d'eau dans un océan d'actifs ''bruns'', plus ou moins nocifs pour le climat et dénués de transparence.

 
Les green bonds représentent un marché très dynamique, mais la valeur boursière n'en est pas impactée. La Bourse de New York est bien plus réactive à un tweet de Trump  
Anne-Catherine Husson-Traore, Novethic
 
A l'heure où les portefeuilles financiers brassés dans les places boursières au rythme des transactions à haute fréquence représentent un encours de 17.000 milliards de dollars (Mds $) par an, les obligations vertes, green bonds dans le jargon, n'en mènent pas large du haut de leurs 130 Mds $ en 2017. Un encours qui représente 0,1% du marché obligataire, chiffre certes à la hausse, alors que les capitaux nécessaires à la transition vers une économie bas carbone sont estimés à 1.000 Mds $ par an pour la seule transition énergétique.

Un contexte favorable

Pour Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, ''les green bonds représentent un marché très dynamique, mais la valeur boursière n'en est pas impactée. La Bourse de New York est bien plus réactive à un tweet de Trump''. Le contexte est pourtant favorable et certains signaux sont encourageants, même si nombre d'observateurs constatent que ''shifting to trillions'' (''faire basculer les milliards'' vers la transition écologique), mot d'ordre de la première édition du Climate Finance Day en 2015, reste encore un vœu pieux.

Le mouvement ''divest-invest'' de désinvestissement des énergies fossiles a fait des émules. Lancé par des universités américaines, il a été suivi par des collectivités locales (Berlin, Oslo, Copenhague, Sydney, San Francisco) et des institutions religieuses. Le fonds de pension gouvernemental norvégien et les fonds de pension californiens CalPERS et CalSTRS, qui gèrent près de 1.500 Mds $ d'actifs cumulés, ont désinvesti du charbon pour se conformer à des lois adoptées par leurs parlements respectifs.

L'engagement actionnarial est de plus en plus perceptible, signale Novethic. Le 31 mai dernier, les actionnaires d'Exxon Mobil ont adopté à plus de 62% une résolution demandant au plus grand producteur de pétrole et de gaz coté en Bourse de publier un rapport sur les risques financiers auxquels l'expose le changement climatique. Ce qui a poussé les grandes sociétés de gestion d'actifs financiers mondiales que sont BlackRock (le plus grand gestionnaire d'actifs du monde), Vanguard ou State Street à se joindre à la coalition qui exige qu'Exxon Mobil publie l'impact d'un scénario 2°C sur son modèle économique.

Selon un sondage présenté par Aviva France, le 7 décembre, 7 Français sur 10 seraient favorables à la généralisation de labels indépendants permettant de savoir si les placements financiers sont éthiques. Publiée à la veille du One Planet Summit, cette enquête dévoile que les épargnants y sont plus sensibilisés : 62% d'entre eux - soit un potentiel de 21,7 millions d'épargnants - jugent important que leur épargne soit investie dans des placements éthiques. Cette sensibilité est particulièrement forte chez les plus jeunes.

Faire basculer la finance

Partout dans la capitale se tiennent ces jours-ci des conférences autour du crédo : faire basculer la finance vers le vert, c'est incontournable pour sauver la planète. C'est également incontournable pour la finance elle-même, car un monde à +4°C n'est pas assurable, comme le martèle désormais le groupe Axa.

Reste à savoir comment les allouer à des technologies et des infrastructures à bas carbone, et selon quels critères de sélection. Novethic invite les investisseurs à identifier les secteurs carbo-intensifs dans leurs portefeuilles, à repérer les principaux émetteurs de gaz à effet de serre grâce à des bases de données telles que le Carbon Dislosure Project ou la liste Carbon Underground 200.

Il s'agit aussi de pousser les entreprises, qui ont de plus en plus recours au marché obligataire, à modifier leurs stratégies. Les coalitions d'investisseurs vont s'y employer. Sous la bannière ''Climate Action 100+'', ils publieront dans les tout prochains jours une liste d'entreprises très émettrices de plusieurs secteurs à qui elles demanderont de réduire leurs émissions, renforcer leur reporting financier lié au climat et améliorer leur gouvernance climatique. L'exploitation du pétrole et du gaz en Arctique est dans leur ligne de mire. Des institutions financières françaises, dont Préfon, Ircantec, Mirova, Natixis AM, ont par exemple pris la tête d'une coalition de 19 investisseurs qui appellent à limiter fortement les activités pétrolières et gazières en Arctique.

Paris, première place boursière verte mondiale

L'enjeu du One Planet Summit et des événements associés est aussi de renforcer l'attractivité du système financier de la Place de Paris au moment où le Stock Exchange londonien est frappé par le Brexit. Des recommandations pour une stratégie française de la finance verte seront présentées sous la forme d'un rapport attendu lors du side-event officiel, le Climate Finance Day ouvert par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, et clôturé par Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances, à Bercy.

Des personnalités telles que Ségolène Royal, envoyée spéciale de l'Alliance solaire internationale, Ma Jun, président de la commission pour la finance verte de la Société chinoise de la finance et de la banque, géant de la finance verte, Barbara Buchner, directrice de la Climate Policy Initiative, à l'origine des principaux chiffrages des flux financiers bas carbone, prendront part à cette journée, troisième édition du Climate Finance Day dont le mot d'ordre est ''Accélération''. La capitale accueillera désormais chaque année cet événement.

Pour Philippe Zaouati, directeur du fonds Mirova, qui gère quelque 8,2 milliards d'euros, dont 2 Mds d'obligations vertes, ''il est clair qu'on ne peut pas séparer une finance qui serait «green» et le reste de la finance dont il faut changer le business model. C'est aussi la stratégie qu'on voudrait imprimer à la place de Paris, nous voulons en faire la capitale de la finance de demain. Une place de Paris qui serait orientée vers le long terme, soucieuse de son empreinte écologique, innovante, digitale, collaborative''.

C'est le sens de l'initiative Finance for Tomorrow qui vise à entraîner la Place de Paris dans son ensemble vers une dynamique plus vertueuse, en relation avec les autres places financières internationales. La France s'estime bien placée dans ce paysage émergent puisqu'elle est n°3 mondial du marché des obligations vertes après la Chine et les Etats-Unis.

Réactions3 réactions à cet article

 

Même si toutes les évolutions d'ordre métaphysique, pour ne pas dire spirituelle, sont "dans la nature",, comme les goûts, il y a projet "vert" et projet "vert".

Par exemple soutenir une entreprise de production de viande de poulets bio n'est pas forcément cohérent

Si un cadre d'une usine d'armement investit ses économies dans un projet écolo, ça peut donner bonne conscience, mais ....

Dans "écologique" il semble qu'il y ait logique

Sagecol | 11 décembre 2017 à 09h07
 
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Nous assistons à l'officialisation du greenwashing de la finance. En attendant le prochain crash boursier qui ne saurait tarder...
et qui sera vert à coup sûr.

Albatros | 13 décembre 2017 à 14h24
 
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Vert peut-être.

Mais on va surtout rire jaune si on n'a pas pris la précaution, bien plus sûre qu'une assurance-vie, d'acheter quelques "napoléons" et/ou "quelques" grammes d'or stocker à l'étranger.

Car le clash est inévitable, alors que le FGDR, c'est du pipeau.

Sagecol | 13 décembre 2017 à 15h45
 
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