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Recyclage du plastique : la priorité doit être accordée à l'augmentation du taux d'incorporation

La France figure parmi les mauvais élèves européens en matière de recyclage des plastiques, constate un rapport officiel. Pour y remédier, les mesures de soutien à l'incorporation de résines recyclées sont jugées prioritaires.

Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com
Recyclage du plastique : la priorité doit être accordée à l'augmentation du taux d'incorporation

Un rapport ministériel constate les « mauvaises performances » du recyclage des plastiques en France. Le sujet est jugé d'autant plus critique que le recyclage est estimé « stratégique », car il « est une des conditions de l'acceptation sociale de ce matériau ». Pour améliorer la situation, le document propose de s'appuyer, en priorité, sur l'augmentation du taux d'incorporation de résines recyclées dans les produits. Il formule des recommandations en ce sens. Il propose aussi de renforcer les liens entre les acteurs et la rentabilité des recycleurs.

Il s'agit là des principales conclusions concernant le recyclage du plastique en France issues d'un rapport des services du ministère de la Transition écologique et du ministère de l'Économie. Le document, publié le 5 mai, passe en revue sept filières de recyclage : les métaux et plus précisément l'acier, l'aluminium et le cuivre ; les granulats ; le papier-carton ; les plastiques ; le bois ; le verre ; et les textiles.

Quatre mesures pour soutenir l'emploi de plastique recyclé

Comment faire progresser le recyclage du plastique en France ? « La priorité est de faciliter l'incorporation de matières premières recyclées », répond d'emblée la mission, qui juge que l'augmentation de la collecte « ne saurait être pleinement utile » sans cela.

Pour y parvenir, le rapport recommande de jouer sur quatre leviers. Il faut d'abord réduire les barrières règlementaires limitant inutilement la réincorporation. Le rapport envisage notamment d'« actualiser [les contraintes] limitant l'emploi des matières recyclées pour des raisons sanitaires en s'appuyant sur les connaissances plus récentes ».

Il faut aussi « adopter, préférentiellement à l'échelon européen, dans le cadre de la directive européenne [relative aux plastiques à usage unique (directive SUP)], des obligations d'incorporation ». Aujourd'hui, l'obligation ne concerne que les bouteilles. Le rapport propose de l'étendre aux plastiques automobiles, aux plastiques du bâtiment et aux films plastique.

Troisième mesure : la modulation des éco-contributions en fonction de l'emploi de matière recyclée.
Enfin, il faut soutenir des projets de recherche. Le document cite en exemple le programme Orplast « qui a permis, avec 30 millions d'euros d'aides publiques, de favoriser l'incorporation annuelle de 250 kt (milliers de tonnes) de plastique recyclé ».

Le document veut aussi sortir la filière de « son relatif isolement ». Pour cela, les recycleurs doivent développer des liens avec les principaux producteurs et metteurs sur le marché de matières plastiques vierges, ainsi qu'avec les industriels utilisant du plastique. Concrètement, la mission préconise de définir des feuilles de route communes. « L'éco-conception, l'étude d'impact en termes de recyclage de toute nouvelle matière, ou tout nouveau produit, doit faire partie de ce dialogue, qui peut se tenir soit au sein des comités stratégiques de filière, soit au sein des éco-organismes. »

 
La France se positionne comme l'un des pays européens qui recycle le moins les plastiques.  
 
Enfin, le document recommande d'améliorer la rentabilité de recycleurs. Pour cela, il faut favoriser l'accès à la matière en réduisant l'élimination des déchets. La hausse de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) y participe. Au-delà, « un renforcement de l'interdiction de l'enfouissement pourrait être étudié ». La mission suggère aussi que les « les éco-organismes [puissent] percevoir des éco-contributions tenant compte du cours des matières premières vierges pour financer une diminution du prix des matières à recycler ». Lorsque le prix des résines vierges baisse, le soutien financier apporté au recyclage serait alors plus important. De plus, « il pourrait être envisagé (…) de donner aux éco-organismes des objectifs de collecte ambitieux assortis de sanctions financières si ces objectifs ne sont pas atteints ».

Une filière fragile

En amont de ces recommandations, le constat des auteurs est mauvais : « la France se positionne comme l'un des pays européens qui recycle le moins les plastiques ». En 2016, l'Hexagone produisait environ 3 400 milliers de tonnes (kt) de déchets plastique. Seulement 886 kt de ces déchets et 80 kt de chutes de production étaient collectés en vue du recyclage. Dans les grandes lignes, le recyclage se limite essentiellement au PET (du fait du recyclage des bouteilles plastique), au PE (grâce au recyclage des films plastique) et au PP. « Entre 250 et 300 kt sont finalement de nouveau incorporées dans le cycle de production en France, ce qui représente seulement 6 % de la production de plastiques », synthétise le rapport. Ce chiffre a certes progressé selon les dernières données européennes disponibles, mais la France figure toujours en queue de peloton.

Six raisons expliquent ces « mauvaises performances ». Tout d'abord, 20 % des plastiques ne sont pas recyclables. Ensuite, des contraintes sanitaires poussent à privilégier les résines vierges. Le coût « prohibitif » de la matière recyclée et l'« effet d'image » associé au recyclé, constituent deux autres obstacles. Enfin, la complexification des résines pour des raisons marketing (les bouteilles d'eau de couleur, par exemple) et la collecte « insuffisante compte tenu de règles de tri peu lisibles et non homogènes sur l'ensemble du territoire », achèvent d'entraver le recyclage du plastique.

S'agissant du volet économique, le document constate que « les recycleurs de plastiques en France constituent une filière fragile ». L'essentiel est constitué de PME intervenant sur des marchés de niche et disposant de capacités d'investissement et de capacités industrielles limitées (de l'ordre de 20 à 40 kt par an). En outre, ils pâtissent de « la stratégie d'investissement des grands industriels professionnels de la gestion des déchets, davantage tournée vers les activités de valorisation énergétique et d'enfouissement ». Et de constater que les recycleurs « sont pris en étau » entre, en amont, une collecte limitée et onéreuse, et, en aval, des industriels qui préfèrent des résines vierges moins chères. « La rentabilité du recyclage des plastiques est, dans ces conditions, éminemment variable et fragile ».

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