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Un sommet financier international pour sortir les pays en développement de l'impasse climatique

Peu pollueurs mais premières victimes des dérèglements planétaires, les pays en développement peinent à trouver des financements pour faire face aux enjeux climatiques. Un sommet s'ouvre à Paris, pour trouver des solutions.

Gouvernance  |    |  N. Gorbatko
Un sommet financier international pour sortir les pays en développement de l'impasse climatique

Pour les observateurs comme pour de nombreux responsables politiques, le constat est sans appel : l'aide au développement a définitivement trouvé ses limites. Sous l'effet dévastateur d'une triple crise (réchauffement planétaire, pandémie de Covid et guerre en Ukraine), les pays à revenus faibles ou intermédiaires se trouvent en effet confrontés à de grandes difficultés. Aujourd'hui, 80 % des indicateurs de suivi des Objectifs de développement durable (ODD) stagnent ou régressent, tandis que près de la moitié de la population mondiale vit désormais dans des régions vulnérables aux changements climatiques. Leurs habitants y sont quinze fois plus susceptibles de décéder des impacts d'inondations, de sécheresses ou de tempêtes que les autres.

Mais leurs moyens pour faire face à la situation se réduisent considérablement. Début 2023, 52 pays « en développement », représentant plus de 40 % de la population la plus pauvre du monde, étaient en situation de surendettement ou près de le devenir. Leurs taux d'intérêts s'envolent tandis que les flux censés les aider leur échappent. En 2022, l'aide publique au développement, instrument historique de mobilisation de fonds, n'aura levé que 204 milliards de dollars, soit 5 % des besoins annuels identifiés par l'ONG Oxfam. Il en aurait fallu 1 000 milliards de plus pour respecter les obligations internationales. En 2009, lors de la COP 15 de Copenhague, les pays industrialisés s'étaient par ailleurs engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, pour accompagner les moins favorisés dans leur lutte contre les dérèglements climatiques. La promesse n'a pas été tenue. Elle non plus. En 2020, seuls 89 milliards de dollars leur sont parvenus.

Un mur d'investissements à franchir

Les droits de tirage spéciaux (DTS) créés par le Fonds monétaire international (FMI) pour compléter les réserves des pays membres sont par ailleurs peu accessibles à ces États à faibles revenus, puisque leur montant se calcule en fonction du poids des échanges commerciaux et des transactions financières de chacun. Incapables d'engager les fonds nécessaires, les pays plus pauvres se fragilisent toujours plus. Or, selon Oxfam, relever les défis climatiques et sociaux nécessiterait d'engager 27 400 milliards de dollars d'ici à 2030, dont 13 700 milliards pour l'atténuation, 2 800 milliards pour les « pertes et dommages » résultant des catastrophes climatiques et 2 400 milliards pour l'adaptation.

“ C'est tout un système qui doit accepter collectivement de supporter plus de risques ” Laurence Tubiana, AFD
Un « énorme mur d'investissement », commentait Laurence Tubiana, présidente du conseil d'administration de l'Agence française de développement (AFD), lors d'une conférence organisée, lundi 19 juin, par le réseau international Global Strategic Communications, mais aussi une somme à mobiliser impérativement durant cette décennie « critique » 2020-2030, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Face à ces besoins cependant, « le système ne répond pas », résume Laurence Tubiana. C'est à ces enjeux que devra répondre le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, inauguré ce jeudi 22 juin à Paris.

Des promesses à tenir

Annoncée par le président de la République, Emmanuel Macron, lors de la COP 27 et coorganisée avec l'Inde, qui assume la présidence du G20 cette année, la réunion se déroulera en présence de représentants d'une centaine de pays et d'organisations internationales, dont le Premier ministre chinois, Li Qiang, le président brésilien, Lula, le chancelier allemand, Olaf Scholz, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Préparées par un comité directeur international de haut niveau incluant plusieurs pays, la Commission européenne, les Nations unies, le FMI, la Banque mondiale et l'OCDE, les rencontres devront examiner les différentes options de financements, publics et privés, à mettre en place pour répondre plus équitablement à ces défis et comment lever les freins qui les bloquent.

Les solutions sont multiples. La première d'entre elles consisterait déjà à tenir les engagements non honorés, dont celui de réallouer 100 milliards provenant des DTS des pays riches vers les moins favorisés, en plus des 100 autres milliards d'aides par an non encore atteints. Un moyen de restaurer la confiance des pays en développement actuellement bien détériorée. Les dettes pourraient aussi être allégées, suspendues lorsqu'un pays est frappé par une catastrophe naturelle, voire annulées.

Des institutions à revoir

La nécessité de réformer les institutions financières, FMI, Banque mondiale et autres banques de développement, fait globalement consensus, afin de maximiser leur potentiel et de leur permettre de s'appuyer plus fortement sur les dynamiques et les besoins nationaux. « Les pays du Sud ont été et continuent d'être structurellement sous-représentés dans le système de prise de décision financière, qui maintient des relations de pouvoir inégales à l'échelle mondiale, analyse le Réseau Action Climat (RAC). Cette situation compromet la capacité des gouvernements du Sud à tracer leur propre voie de développement et à prendre des décisions économiques dans l'intérêt de leurs populations ».

Les enfants d'abord ?

Vulnérables parmi les vulnérables, les enfants sont très exposés aux conséquences de la crise climatique : manque d'eau et de nourriture, maladies, freins à l'accès aux services de base tels que l'éducation ou les soins de santé... Plus d'un milliard d'entre eux seraient concernés. Pourtant, cette partie de la population est peu prise en compte dans les engagements de financement relatifs au climat. Selon un rapport publié ce jeudi 22 juin par la coalition Children's Environmental Rights Initiative (Ceri), Save the Children et l'Unicef, seuls 2,4 % des principaux fonds mondiaux alloués à des projets liés au climat, au cours des dix-sept dernières années, ont intégré les besoins des enfants. L'attribution de ces fonds de financement multilatéraux est importante car elle catalyse et coordonne les investissements d'autres institutions financières publiques et privées, y compris sur le plan national, nécessaires pour impulser un changement plus large.

Aujourd'hui, ces institutions prêtent prioritairement aux pays à revenu intermédiaire, laissant de côté les pays à faible revenu. Seuls 14,6 % des crédits de la Banque mondiale ont été accordés à des pays africains en 2020, indique le réseau Focus 2030. Des prêts par ailleurs trop longs à se mettre en place, à raison de quatre-cent-soixante-cinq jours en moyenne pour la Banque mondiale, et insuffisamment consentis pour la transition énergétique. « C'est tout un système qui doit accepter collectivement de supporter plus de risques », insiste Laurence Tubiana. En parallèle, de nouveaux instruments, de garantie en particulier, pourraient encourager plus largement l'investissement privé.

Oser de nouvelles taxes

L'accord risque d'être plus difficile à trouver pour ce qui concerne la mise en place de « financements innovants » :  taxe sur les transactions financières, sur les énergies fossiles, sur le transport aérien ou sur le transport maritime international. Ce dernier point, le plus abouti, pourrait malgré tout être à l'ordre du jour d'une prochaine réunion de l'Organisation maritime internationale (OMI). Oxfam propose aussi une taxe de 5 % appliquée aux actifs de l'ensemble des milliardaires et multimillionnaires de la planète. Elle serait susceptible de rapporter 1 700 milliards de dollars.

Quelle sera la portée de ces débats ? Difficile de le dire à ce stade. L'absence de dirigeants de nombreux pays du Nord, les plus à même de changer la donne financière, suscite quelques inquiétudes. Parmi ces derniers figurent notamment Joe Biden, le président américain, et Rishi Sunak, le Premier ministre britannique. « Le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial n'est pas une fin en soi, souligne toutefois l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), dans une note publiée le 15 juin dernier. Il doit contribuer à renforcer une dynamique politique. » Pour le laboratoire d'idées, en effet, « l'espace des solutions devra être plus ouvert aux innovations, trop souvent jugées irréalistes, tant économiquement que juridiquement, techniquement ou encore politiquement ».

Toutes les idées avancées ne trouveront pas une expression concrète à la fin du sommet, estime également la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi). « Mais les plus solides, progressivement décantées et amplifiées, peut-on espérer, suivront leur chemin ». Pour l'Iddri, ce symposium pourrait ainsi viser plusieurs échéances : d'abord, conforter un cadre politique et des coalitions pour mettre en œuvre des premières actions concrètes, poser ensuite les bases pour des décisions plus difficiles en 2023 et en 2024, dans le cadre du G20 de septembre prochain, des réunions du FMI et de la Banque mondiale, en octobre et lors de la COP 28 en décembre, puis, enfin, ouvrir des discussions sur des mécanismes financiers internationaux et de nouvelles règles à l'horizon 2030. « Il faudra ensuite assurer le suivi de ces initiatives », complète Laurence Tubiana.

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