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Quel modèle agricole derrière le plan méthanisation ?

La méthanisation à la ferme se cherche encore Actu-Environnement.com - Publié le 09/03/2015

Le plan méthanisation, lancé en 2013, favoriserait surtout les installations de grande taille, les plus rentables, et notamment celles portées par les élevages industriels.

La méthanisation à la ferme se cherche...  |    |  Chapitre 2 / 4
Environnement & Technique N°345 Ce dossier a été publié dans la revue Environnement & Technique n°345
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"Développer un modèle français de la méthanisation agricole". Tel est le but, selon le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, du plan énergie méthanisation autonomie azote (Emaa), lancé en 2013. En mettant le monde agricole au cœur de ce plan, le gouvernement visait un triple objectif : procurer un complément de revenus aux exploitations agricoles, valoriser l'azote et développer une énergie renouvelable à l'échelle des territoires.

Par modèle français, le ministre entendait se différencier du modèle allemand, où la méthanisation agricole a été développée de manière industrielle, en s'appuyant massivement sur les cultures énergétiques. Pourtant, aujourd'hui, le modèle français peine à s'installer.

Agriculteurs et producteurs d'énergie

Dès l'annonce du plan, de nombreux acteurs ont craint que les agriculteurs ne soient transformés en "énergiculteurs", perdant ainsi l'essence même de leur métier : la production alimentaire.

   
Les effluents d'élevage possèdent un faible potentiel méthanogène. Source : Methasim 2010
 
   
Pour l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (Apca), la méthanisation présente bien plusieurs intérêts pour l'agriculture : elle permet de valoriser les effluents d'élevage et sous-produits agricoles pour produire de l'énergie, dans une logique d'économie circulaire, puisque l'azote organique retourne au sol et peut se substituer partiellement à l'azote minéral.

Cependant, "la méthanisation est un nouveau métier pour le secteur agricole. On est dans une activité qui exige des compétences solides, face à des procédures complexes et pas toujours lisibles", analyse Jean-Marc Renaudeau, président de la chambre d'agriculture des Deux-Sèvres et référent Energie climat pour l'Apca. Selon lui, la méthanisation agricole n'a pas vraiment pris son envol aujourd'hui, car les freins sont nombreux et les agriculteurs manquent d'informations et d'orientations sur le sujet.

"Les risques d'accidents sont importants, estime pour sa part Georges Baroni, membre de la commission Energie climat de la Confédération paysanne. Ces installations sont classées pour l'environnement. Les agriculteurs ne sont pas toujours à même de gérer ces unités industrielles". Et de relater la mort de quatre personnes en 2005 en Allemagne, liée à l'émanation de sulfure d'hydrogène (H2S).

Les petites installations délaissées

Le plan national vise particulièrement le développement de la méthanisation de taille intermédiaire. La raison ? Assurer l'approvisionnement en intrants et donc la pérennisation de l'installation. Ces projets sont souvent portés à l'échelle collective par plusieurs agriculteurs et d'autres acteurs (collectivités, industrie agroalimentaire).

 
Des exemples européens à suivre ? Le Danemark a lui aussi fait le choix de favoriser les unités collectives et la valorisation des effluents d'élevage. Outre la vente d'électricité (avec un tarif d'achat), les méthaniseurs danois ont de réels débouchés pour la chaleur produite : plus de la moitié des logements sont desservis par un réseau de chaleur. En France, la valorisation de la chaleur est plus difficile et les besoins souvent saisonniers : séchage de récoltes, de fourrages, chauffage des bâtiments agricoles…

Autre piste peu développée en France et pourtant la plus rentable : l'injection du biogaz dans le réseau et la valorisation du biogaz en carburant. C'est notamment le choix qu'ont fait la Suède et la Suisse.
 
"Mais certains acteurs ont eu l'impression que la méthanisation n'était accessible que pour les exploitations d'une certaine taille. Elle est pourtant destinée à tous les systèmes d'exploitations, mais souffre d'un manque de solutions technologiques à des coûts raisonnables pour la petite méthanisation à la ferme" (moins de 250 kW), explique Jean-Marc Renaudeau. Il regrette que les pouvoirs publics et les industriels ne s'investissent pas davantage sur la problématique de ces petites unités. Résultat : les agriculteurs manquent d'informations sur les technologies appropriées. "Il faut créer des références sur les installations existantes, apporter des éléments aux agriculteurs sur les technologies adaptées à leur système de production agricole, faire des études agronomiques et économiques…". En attendant, de nombreux projets restent dans les cartons faute de modèle économique.

Des revenus ou des dettes supplémentaires ?

Car la rentabilité n'est pas forcément au rendez-vous. Le gouvernement a souhaité favoriser le recours aux effluents d'élevage (fumiers et lisiers), en revalorisant en 2013 la prime d'achat de l'électricité produite à partir de biogaz issu de ces effluents. L'idée était de compenser la faible capacité méthanogène de ces matières (inférieure à 30 m3 de méthane par tonne de lisier contre 330 m3 pour le maïs).

Mais malgré ce soutien financier, les installations actuelles sont peu rentables, estime Georges Baroni : "Le coût de réalisation d'un méthaniseur varie aujourd'hui entre 6.000 et 9.000€ le kilowatt. Nous avons étudié la situation de trente unités installées depuis 2010 : la majorité est déficitaire. La dette des agriculteurs peut atteindre des niveaux incroyables".

Les retours sur investissement sont longs, de dix à douze ans. Résultat : "La méthanisation ne devient une source de revenu supplémentaire que pour les très grosses installations, liées la plupart du temps à des élevages industriels", analyse le viticulteur. A l'instar de la très polémique ferme des 1.000 vaches ou encore du projet collectif Méthalandes, qui vise la valorisation de 153.000 tonnes de matières organiques, dont 100.000 tonnes de lisier de canard (100 éleveurs). Coût du projet réalisé par le groupe Monnoyeur et Eneria : 25 M€.

En décembre dernier, l'Association des agriculteurs méthanisateurs de France (AAMF), qui rassemble 60 exploitants, alertait les pouvoirs publics sur cette faible rentabilité : "Nos expériences concrètes depuis trois, quatre ans montrent que le résultat net est nul, contrairement à des communications optimistes, qui sous-estiment les coûts de réparation, maintenance et contrôles", soulignait alors Alain Guillaume, président de l'AMMF.

Quelle place pour les cultures énergétiques ?

En Allemagne, où la méthanisation est très fortement développée, la rentabilité des installations est liée à l'utilisation massive de cultures énergétiques. Pour l'heure en France, cette question fait toujours débat. Dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique, les députés ont adopté, avec l'avis favorable du gouvernement, un amendement visant à interdire les cultures dédiées. En commission, les sénateurs sont revenus sur ce vote : désormais, les méthaniseurs doivent être "majoritairement alimentés par des déchets, des effluents d'élevage, des résidus de culture et des cultures intermédiaires (…) à vocation énergétique", dans des conditions définies par décret.

Ce sujet est loin de faire consensus. La Confédération paysanne est opposée aux cultures énergétiques. L'Apca, de son côté, "n'est pas favorable à ce que les cultures dédiées constituent un approvisionnement majoritaire" mais ne souhaite pas fermer la porte à cette solution, en complément des effluents d'élevage et d'autres intrants, afin de sécuriser l'approvisionnement des méthaniseurs. "Les cultures intermédiaires ne répondront pas forcément à cette problématique, car elles ne seront pas disponibles toute l'année, sur l'ensemble du territoire", regrette Jean-Marc Renaudeau.

Sophie Fabrégat

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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