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La suspicion de risque sanitaire du Bisphénol A chez l'homme se renforce

Des effets avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme, même à de faibles niveaux d'exposition, justifient la diminution des expositions au BPA des populations les plus sensibles, estime l'Anses dans deux nouveaux rapports.

Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

L'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rendu public ce mardi 27 septembre deux rapports qui mettent en évidence des effets sanitaires du Bisphénol A (BPA) avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme ''même à de faibles niveaux d'exposition''.

Le Bisphénol A est un produit de synthèse utilisé depuis une cinquantaine d'année dans la fabrication de nombreux plastiques (polycarbonate et polyépoxy ou résines époxydes), a rappelé Marc Mortureux, directeur général de l'Anses lors d'une conférence presse. "Près d'une soixantaine de secteurs d'activité potentiellement utilisateurs de bisphénol A en France ont été identifiés" dans un premier rapport sur les usages liés au BPA allant "du bâtiment à la  construction aéronautique et spatiale, en passant par la fabrication des contenants et  emballages alimentaires ou encore à celle des revêtements de conteneurs métalliques". Le BPA est ainsi présent dans plusieurs objets courants : boîtes de conserves ou cannettes, tickets de caisse des supermarchés, matériel médical, planches de surf, certains contenants alimentaires ou encore bouteilles réutilisables, amalgames dentaires, CD ou lunettes. La substance entre aussi dans la composition du PVC et de certains plastifiants, dans les papiers thermosensibles. Mais les sources d'exposition principales au BPA restent les matériaux au contact des aliments. En 2010, la France emboîtait le pas au Danemark, au Canada, à l'Australie et plusieurs Etats américains en bannissant la vente des biberons fabriqués à base du BPA. Finalement en juin 2011, les autorités européennes ont décidé d'en interdire la fabrication et la commercialisation.

Limiter l'exposition des femmes enceintes et des enfants

Saisie par les ministères de la santé et de l'écologie en 2010 pour évaluer aussi les dangers de 50 perturbateurs endocriniens dont le BPA, l'agence a analysé ''en détail'' pendant une année (de janvier 2010 à janvier 2011) plus de soixante-dix publications scientifiques sur le sujet portant majoritairement sur les animaux, les études épidémiologiques s'avérant à ce jour ''rares'', a précisé l'agence. L'Anses avait déjà publié des recommandations en 2010 sur la réduction des expositions au BPA et sur la nécessité d'un étiquetage, après avoir relevé des signaux d'alerte et reconnu l'existence ''des effets subtils'' du BPA chez des jeunes rats.

"Même si nous n'en sommes qu'à une étape de l'évaluation de risques et (...) que les effets du bisphénol A sur l'homme ne sont pas avérés, l'Anses considère qu'il y a néanmoins suffisamment d'éléments scientifiques à ce stade pour appeler à agir (...) dans une logique de prévention". Telle est la conclusion du second rapport dédié aux effets sanitaires du BPA présenté ce matin par l'Anses qui va plus loin dans son analyse des risques liés à la substance. Dans ce rapport, l'Anses recense en effet une dizaine d'effets potentiels sur l'animal et l'homme. Parmi les effets avérés chez l'animal figurent l'augmentation de la survenue de kystes ovariens et de lésions sur la glande mammaire, des cancers du sein, l'altération de la production spermatique ou encore l'avancement de l'âge de la puberté. Des effets avérés sur le système immunitaire ou le cerveau ont aussi été listés chez l'animal. ''Les études écotoxicologiques montrent des effets sur la reproduction et le développement des espèces sauvages'', résume l'agence.

Chez l'homme, le BPA est suspecté d'avoir des effets sur la fertilité féminine, les pathologies cardiovasculaires et le diabète. Ces effets ''sont mis en évidence à des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires et plus particulièrement lors de certaines périodes de la vie correspondant à des périodes de susceptibilité aux effets du Bisphénol A (grossesse, périodes pré et postnatale)'', précise Dominique Gombert, directeur de l'évaluation des risques de l'Anses. ''Les effets de la substance sur le système reproducteur masculin'' restent en revanche "controversés", a-t-il indiqué.

L'objectif ''prioritaire'' consiste donc ''à réduire les expositions au Bisphénol A des populations les plus sensibles, c'est-à-dire les femmes enceintes ou allaitant, les nourrissons ainsi que les enfants en bas âge'', et ce notamment au travers des emballages de denrées alimentaires, a déclaré le directeur de l'Anses Marc Mortureux. Si la substance chimique migre plus vite dans les aliments que la boîte ou le biberon lorsqu'ils sont chauffés, la migration du BPA peut néanmoins également se faire à un taux ordinaire de température, a souligné le directeur.

S'assurer de l'innocuité des produits de substitution au BPA

L'agence plaide pour l'utilisation de produits de substitution au BPA pour réduire l'exposition par voie orale des personnes sensibles, liée à plusieurs articles tels que les contenants ou revêtements destinés au contact des denrées alimentaires, les jouets ou encore les articles de puériculture. Recourir à ces substances ou technologies alternatives peut se faire ''à condition toutefois que l'on puisse également apporter les preuves de leur innocuité'', insiste Dominique Gombert. ''Il faut s'assurer que les produits de substitution ne présentent pas les mêmes risques voire davantage de risques que le BPA alors que le Bisphénol S est suspecté d'avoir les mêmes effets'' , ajoute de son côté Marc Mortureux.

Or, concernant les résines époxydes, notamment utilisées dans des matériaux au contact des denrées alimentaires, les recherches sur les produits de substitution s'avèrent ''plus difficiles'', a d'ores et déjà prévenu l'Anses, contrairement aux plastiques polycarbonate où les solutions alternatives existantes (autres types d'emballages plastiques ou verre pour le biberon)''ne sont pas identifiées comme perturbateurs endocriniens'', a souligné Gérard Lasfargues, directeur scientifique adjoint à l'Anses.

L'agence a aussi lancé hier un appel à contributions à destination des industriels afin justement ''de recueillir d'ici au 30 novembre des données scientifiques ou informations sur les produits de substitution au BPA disponibles" et de s'assurer qu'ils soient sans danger. Le directeur de l'Anses a par ailleurs rappelé sa recommandation de signaler la présence de BPA sur les étiquettes des produits afin d'améliorer l'information des consommateurs.

Vers une révision du seuil d'exposition européen ?

L'Anses a indiqué qu'elle allait prochainement transmettre ses conclusions à l'Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) et à l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) "en vue d'examiner la pertinence d'une révision des doses de référence réglementaires" et ''d'éventuelles restrictions d'usage de la substance'' dans le cadre du règlement REACH.

 
''Ouvrir la voie à l'interdiction du BPA'', selon le RES A la suite de la publication des rapports de l'Agence, le Réseau Environnement Santé (RES) ''s'est félicité de ce changement de doctrine de l'Anses, une demande que nous portons depuis notre création, il y a 3 ans''. Selon le RES, leurs conclusions ''devraient conduire à une extension de l'interdiction de ce perturbateur endocrinien''. Pour André Cicolella, porte-parole du RES, ''il faut maintenant que l'Anses aille jusqu'au bout de sa démarche en fixant une nouvelle Dose Journalière Admissible (DJA) à partir de la littérature scientifique actuelle. En appliquant les règles habituelles en évaluation des risques, celle-ci devrait être 2 millions de fois plus faible que l'actuelle DJA''.
 

Or, dans un avis publié en septembre 2010, l'EFSA estimait qu'il n'y avait pas de nouvelle preuve de toxicité du Bisphénol A et ne jugeait pas nécessaire d'abaisser la Dose Journalière Tolérable (DJT) fixée actuellement à 50 µg/kg/j (microgrammes par kilo et par jour). Les travaux menés par l'Anses pourraient toutefois ''remettre en cause ce seuil d'exposition'', a indiqué Marc Mortureux tout en réitérant prudemment qu'il s'agissait ''d'une première étape dans le processus d'évaluation des risques''. Sachant que persistent des débats et des incertitudes liés aux effets du BPA sur l'homme. ''Il y a encore une difficulté de reconstruction des expositions humaines pour permettre les études épidémiologiques'', explique M.Gombert. L'agence entend par conséquent poursuivre ses travaux pour évaluer les expositions humaines alimentaires et environnementales et caractériser les risques sanitaires du bisphénol A, ainsi que les risques liés aux autres substances potentiellement perturbatrices endocriniennes. ''Il est nécessaire de récolter des données robustes sur la population générale et professionnelle", a indiqué M. Gombert. D'autant que si l'ingestion reste la voie principale d'exposition au BPA, la voie cutanée n'est pas écartée par les chercheurs. ''Les travaux sont en cours pour recenser tous les niveaux d'usage et d'exposition des articles à base de BPA comme les lunettes ou les pare-chocs'', a indiqué Gérard Lasfargues. Et ce, afin d'établir ''une priorité de substitution du BPA''.

''La complexité et l'ampleur des questions posées conduisent à inscrire ces travaux d'expertise dans la durée'' afin de ''documenter les incertitudes'', a indiqué l'Anses. Début 2012, l'Agence devrait remettre un nouvel avis aux pouvoirs publics habilités à réviser le cadre réglementaire. Les conclusions définitives sur l'évaluation des risques liés à la substance sont attendues fin 2012.

Réactions2 réactions à cet article

 

" ... une dizaine d'effets potentiels ...encore l'avancement de l'âge de la puberté" ==> la puberté précoce actuellement constaté chez les enfants est-elle une conséquence du BPA ?

chris | 28 septembre 2011 à 15h12
 
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peut-on mesurer le taux de bpa dans le sang ? et si oui combien ça coûte ? merci urgent

marie | 07 octobre 2011 à 13h34
 
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