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Stockage stationnaire d'énergie : le marché s'amorce sous l'impulsion des réseaux

Porté pour l'instant par les besoins d'équilibrage des réseaux électriques, le marché du stockage stationnaire démarre progressivement en France. Mais reste à trouver un modèle économique pour ces services systèmes assurés par des batteries.

Energie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Stockage stationnaire d'énergie : le marché s'amorce sous l'impulsion des réseaux

Le marché du stockage stationnaire d'énergie amorce un démarrage en France métropolitaine. La désignation, le 25 février dernier, des lauréats des premiers appels d'offres de long terme (AOLT) pour le marché de capacité donne le feu vert à une dizaine de projets de stockage par batteries. Ces futurs projets s'ajouteront aux quelques mégawatts de stockage stationnaire déjà en service aujourd'hui.

Favorisé par la baisse rapide des coûts des batteries lithium-ion, le stockage d'électricité devrait, dans les dix années à venir, se faire une place dans la fourniture de services systèmes. Il pourrait également constituer une alternative au renforcement des réseaux, comme le montrent les expérimentations lancées récemment par RTE et Enedis. Mais pour l'heure, les premiers développements portent sur le réglage de fréquence, c'est-à-dire la réserve primaire.

D'un mégawatt à plusieurs dizaines de mégawatts

Sur les 377 MW de nouvelles capacités qui seront soutenues sur les périodes 2021-2027 et 2022-2028 après l'appel à projets AOLT, 253 MW sont des capacités de stockage. Des projets de petite et grande taille puisqu'ils vont de 1 MW de capacité certifiée à 75 MW pour le plus gros.

Parmi eux, deux projets de 30 MW chacun (24 MW certifiés) portés par le développeur RES. « Il s'agit de projets indépendants, c'est-à-dire non couplés à des parcs de production renouvelable et entièrement dédiés à l'équilibrage du réseau », explique Francisco Varela, responsable du stockage chez RES pour le marché français. Ces batteries vont pouvoir être appelées par le réseau pour stocker ou restituer de l'énergie, dans un laps de temps extrêmement court, « de l'ordre de la demi seconde ». Cette réactivité est un atout pour le stockage, quand la réserve doit être mobilisable en 30 secondes maximum.

 
L'ouverture à la concurrence de ce marché a fait baisser les prix, autour de 7 € le mégawatt aujourd'hui  
Benjamin Huriet, Boralex
 

Cependant, le modèle économique doit encore être trouvé. « L'appel d'offres AOLT est important car il nous apporte un signal de moyen terme en garantissant des revenus sur sept ans. Mais il n'apporte qu'un tiers des revenus, les deux tiers restants devront être trouvés sur le marché de la réserve primaire, que RTE organise quotidiennement. C'est la partie la plus risquée ».

Une concurrence qui fait baisser les prix

D'autant que les besoins en réserves sont faibles, de l'ordre de 500 à 600 MW. Et « l'ouverture à la concurrence de ce marché a fait baisser les prix, autour de 7 € le mégawatt aujourd'hui », indique Benjamin Huriet, directeur Ingénierie & Innovation de Boralex.

Le groupe a lancé, le 1er mars, sa première batterie (2 MW) issue du projet Venteea, dans l'Aube, sur le marché du réglage de fréquence. « Ce projet est pour nous un pilote. Aujourd'hui, le stockage est difficilement rentable avec les niveaux de rémunération de ce service », analyse le directeur. Le marché de capacité apporte un revenu supplémentaire, mais pas suffisant.

D'autres marchés de services systèmes devraient s'ouvrir dans les prochaines années : la réserve secondaire (autour de 1 000 MW de besoins), la gestion des congestions…

« La taille de notre batterie ne nous permettra pas de participer à d'autres services, estime Benjamin Huriet. Ce projet va avant tout nous permettre d'apprendre et de définir, d'ici la fin de l'année, si le marché du stockage en France métropolitaine a un intérêt pour notre modèle économique actuel ».

Des besoins de stockage localisés à l'avenir

RES fait de son côté le pari de capacités de plusieurs dizaines de mégawatts « afin de réaliser des économies d'échelles » et de se positionner sur différents marchés. « Une des clés des projets de batteries est de les rendre les plus flexibles possibles pour conjuguer différentes applications », analyse Francisco Varela. Réserves primaire, secondaire et tertiaire sont ciblées, mais pas seulement…

Les gestionnaires des réseaux RTE et Enedis expérimentent actuellement le recours au stockage pour éviter des investissements dans le réseau. Un premier projet a été lancé par Enedis en Corrèze pour sécuriser l'approvisionnement en électricité d'un village à l'aide d'un stockage et d'une centrale photovoltaïque.

RTE expérimentera, entre 2021 et 2024, une ligne virtuelle « Ringo », s'appuyant sur un système de stockage-déstockage simultané (de 30 à 40 MWh) sur batteries de 10 à 12 MW. Les batteries seront positionnées à trois endroits du réseau, là où les lignes sont congestionnées et absorbent une forte proportion d'énergies renouvelables (Vingeanne, Côte d'Or ; Bellac, Haute-Vienne ; Ventavon, Hautes-Alpes). « À partir de 2024, les batteries seront exploitées par des tiers et pourraient rendre plusieurs services : services système fréquence, ajustement production/consommation, résolution de congestions, etc.», explique RTE.

Quid du stockage des surplus renouvelables ?

Le stockage par batterie peut également permettre d'écrêter la production d'électricité renouvelable, lors des pics de production ou de faible demande. « D'ici quatre ou cinq ans, un marché devrait émerger pour le solaire avec stockage, estime Francisco Varela de RES. Aux États-Unis, ce marché existe déjà car le fort développement du solaire a conduit à une chute des prix lors des pics de production ». Le stockage permet alors de revendre l'électricité à des heures plus rentables. La relative stabilité du profil de production photovoltaïque permet de dimensionner au mieux les batteries, sans nécessiter beaucoup de capacité. A l'inverse, « l'éolien, avec des profils de productions très variés et des coups de vents qui peuvent durer plusieurs jours, nécessite beaucoup plus de capacité de stockage. La batterie ne nous paraît pas être le vecteur le plus adapté », analyse l'expert de RES.

Réactions6 réactions à cet article

 

il existe des systèmes de stockage sans batterie avec volant à inertie, idéal pour le solaire
https://www.ecosources.info/dossiers/Stockage_energie_volant_inertie

les barrages sont aussi d'excellents éléments de stockage d'énergie électrique, on peut même re-pomper l'eau dans les moments d’excès de production

laurent | 13 mars 2020 à 09h15
 
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L'argument de batteries correctrices de l'intermittence éolienne est donc caduc .Les promoteurs éoliens nous en avaient pourtant chanté les virtualités .

sirius | 13 mars 2020 à 11h12
 
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Avec moins de besoins de miniaturiser le système de stockage, il y aura peut être de la place pour les accumulateurs au graphène, même 10 fois plus volumineux que le lihium ne posera pas de souci.l'industrialisation aura un avantage énorme sera de préparer le remplacement des accus au lithium avec la recherche au plus petit.
Pour dire l'utilisation des mégacondensateurs (pas encore au graphène) aux 24h du Mans ont prouvé leur utilité en charge et décharge rapide et seules les voitures équipées ont fait le podium.

pemmore | 13 mars 2020 à 11h58
 
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Bonjour,
pourriez vous devenir un peu plus exigeant avec les unites mentionnées dans vos articles, l'énergie est en kWh ou MWh, la puissance est en kW ou MW, les 2 sont necessaires mais insuffisant pour caracteriser une batterie car interviennent les intensités des courants de charge:decharge et donc la duree d'immobilisation et d'utilisation. Entre autre et pour simplifier...

ilgele63 | 13 mars 2020 à 16h27
 
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c'est ce que Elon Musk a déjà développé aux Usa si je ne me trompe et c'est une solution utile pour chaque ville alimentée par ses éoliennes et panneaux photovoltaïques plus besoin de lignes à haute tension dangereuses.

wibart | 13 mars 2020 à 18h00
 
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Ben oui, un modèle économique... On fait mine de découvrir qu'un moyen de production intermittent non pilotable associé à un stockage coûte au moins deux fois plus cher qu'un système de puissance pilotable... Et on va nous faire avaler la couleuvre... Lamentable.

dmg | 30 mars 2020 à 18h06
 
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