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ClimAgri : un outil d'agro-écologie au service des territoires

Les Chambres d'agriculture et l'Ademe ont réaffirmé leur engagement en faveur de la transition agro-écologique et énergétique via la démarche ClimAgri qui vise à mieux intégrer le secteur dans la lutte contre le changement climatique au niveau local.

Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Au Salon de l'Agriculture, Bruno Lechevin, président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et Guy Vasseur, président des Chambres d'agriculture (Apca) ont réitéré le 26 février la contribution possible des agriculteurs à la transition énergétique et à la lutte contre le réchauffement. A cette occasion, ils ont dressé un point d'étape de leur démarche partenariale ClimAgri® de diagnostic des consommations d'énergie et des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'agriculture et de la forêt, à l'échelle des territoires et régions.

 
On ne pourra pas atteindre le facteur 4 en 2050 (…) sans la contribution de l'agriculture et des forêts  
Bruno Lechevin, président de l'Ademe
 
Lancé en 2010 par l'Ademe, ClimAgri est en effet un outil de modélisation de l'impact climatique de différentes stratégies agricoles autour de trois indicateurs. Il évalue les émissions de GES du secteur : le dioxyde de carbone (CO2) issu des consommations énergétiques (engins et bâtiments agricoles) et de la fabrication des intrants (engrais, produits phytosanitaires et aliments du bétail), le méthane (CH4) lié en grande partie à l'élevage (digestion des ruminants …) et le protoxyde d'azote (N20) (épandages de fertilisants minéraux et organiques…). ClimAgri analyse également le stock de carbone lié aux sols agricoles et à la biomasse forestière ainsi que la production de matière première agricole (potentiel nourricier).

Comment intégrer les enjeux agricoles et forestiers dans les Plans-Climat-Energie Territoriaux ?

L'agriculture émet 20% des émissions nationales de GES en France. "Contrairement aux autres activités économiques, ces émissions ne sont pas majoritairement liées aux consommations d'énergies fossiles mais aux processus biologiques impliqués dans les fixations et pertes de carbone et d'azote par les végétaux, les animaux et les sols," souligne l'Ademe. Le N20, émis par les sols agricoles fertilisés et les déjections animales, représente 50% des émissions de GES du secteur tandis que le méthane (CH4), émis lors de la fermentation entérique et via les déjections animales, 40%.

ClimAgri compile les données dans un tableur Excel sur la structure agricole (cheptel, surface agricole utile, etc.) et sur les pratiques (nature des cultures, usage des intrants, rendements blé, production laitière, pratiques d'élevage, etc) relatives au territoire étudié. A l'issue d'une étape de consolidation à partir du bilan azote et alimentation animale, le tableur produit une estimation des consommations d'énergie et de GES du territoire, par poste de production, par type d'énergie et de gaz, de la phase amont jusqu'aux portes de la ferme. Des simulations d'actions sont testées.

Douze territoires ont expérimenté en 2009-2010 la pertinence de l'outil : pays du Cambrésis, région Bretagne, département de la Mayenne, pays Loire-en-Layon et Saumurois, pays Barrois, pays Vendômois, pays Beauce Val de Loire, canton de Lignières et des Aix d'Angillon, pays Sud Charente, région Limousin, canton de l'Oisans, pays de l'Albigeois et des Bastides et parc naturel régional Normandie-Maine.

"Les conclusions de l'expérimentation mettent en évidence la pertinence de cet outil pour accompagner la co-construction d'un plan d'actions visant à résoudre les défis climat et énergie à l'échelle des territoires", concluait l'Ademe en 2011, en présentant les premiers retours d'expérience.

ClimAgri est la première étape vers la mise en place de plans d'actions pour constituer le volet agricole des Plan Climat énergie territorial (PCET) et des Schémas régionaux Climat Air Energie (SRCAE). La démarche ClimAgri s'étend en moyenne sur 6 à 12 mois, après concertation des acteurs économiques (conseils régionaux et généraux, chambres d'agriculture, coopératives agricoles, etc.). Le plan d'actions peut prévoir la diminution de l'usage d'intrants dans les pratiques agricoles, le développement de l'autonomie énergétique et protéique des exploitations ou encore la formation à l'éco-conduite des engins agricoles.

L'expérimentation avait toutefois présenté des limites de l'outil liées à la collecte des données : "dépendance des résultats à la qualité des données d'entrée, incertitudes très élevées sur certains facteurs d'émission".

40 à 50 territoires déjà engagés

Aujourd'hui 40 à 50 territoires se sont engagés dans la démarche, a indiqué jeudi Jérôme Mousset, chef du service agriculture et forêt à l'Ademe. Parmi ces territoires figurent les régions Nord-Pas-de-Calais, Aquitaine, Champagne-Ardennes ainsi que le pays des Six Vallées. Le département des Bouches du Rhône doit prochainement les rejoindre.

Les 212 territoires à énergie positive, lauréats en février de l'appel à projets du ministère de l'Ecologie, constituent également "un levier" de la démarche ClimAgri, a ajouté Gérard Gatay, chargé de mission Recherche et Développement à la Chambre d'agriculture du Loir-et-Cher. Il est l'un des 40 experts accrédités par l'Ademe pour collecter les données sur les territoires et régions. Pour l'heure, 17 experts sont issus des Chambres d'agriculture. Selon M. Gatay, ClimAgri devrait bientôt prendre en compte la qualité de l'air en réponse aux SRCAE.

Méthanisation, levier d'action majeur

L'Ademe a élaboré des scénarios prospectifs avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) démontrant le potentiel de réduction des émissions de GES du secteur à l'horizon 2030, jusqu'à 30 millions de tonnes équivalent CO2 (carbone) par an  (MtCO2eq/an) par rapport à l'année 2010, et son rôle possible à la lutte contre le changement climatique. L'agriculture est vecteur de GES mais elle peut compenser une partie de ses émissions en stockant du carbone dans les sols et la biomasse. Le secteur participe à l'essor des énergies renouvelables (EnR), qu'il s'agisse de la méthanisation ou de la production de biomasse-énergie via notamment l'agroforesterie et des haies.

"On ne pourra pas atteindre le facteur 4 en 2050 (…) sans la contribution de l'agriculture et des forêts", a déclaré Bruno Lechevin, président de l'Ademe. Ainsi, optimiser la fertilisation azotée permettrait d'économiser 6,1 MteqCO2 par an en valorisant notamment les fertilisants organiques. Il s'agit également d'améliorer la gestion des déjections animales via la méthanisation (- 5,8MtCO2 par an). L'agroforesterie et les haies représentent un potentiel de réduction de 2,8MteqCO2 par an.

Guy Vasseur, président de l'Apca a déploré les "freins pour gagner le pari des 1.000 à 1.500 méthaniseurs" d'ici à 2020 prévus par le gouvernement. En juin dernier, il avait déjà appelé l'Etat à réduire les délais entre le projet d'unité de méthanisation et la réalisation. En Allemagne, il faut 18 mois pour monter un dossier, contre 4 ans en France. Didier Marteau, président de la commission environnement de l'Apca a également pointé jeudi le prix moyen de rachat de l'électricité produite par les installations, autour de 16 c€/kWh, qui "limite la rentabilité".

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