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“ Avec un potentiel de 5 GW, le raz Blanchard est devenu le premier site hydrolien mondial en terme industriel ”

La Basse-Normandie se prépare pour accueillir, d'ici 2020, un parc éolien offshore et deux fermes pilotes hydroliennes. L'unification de la Normandie, en 2016, fera de cette façade un véritable pôle d'attraction pour les énergies marines.

Interview  |  Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°348 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°348
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“ Avec un potentiel de 5 GW, le raz Blanchard est devenu le premier site hydrolien mondial en terme industriel ”
Géraldine Martin
Directrice générale d'Ouest Normandie énergies marines (Onem)
   

Actu Environnement : Onem a-t-il été créé comme une force de frappe de la région en matière d'énergies marines renouvelables (EMR) ?

Géraldine Martin : Onem est une société publique locale, créée en 2012 à la suite d'un accord politique entre trois collectivités : la région Basse-Normandie, le département de la Manche et la communauté urbaine de Cherbourg. Ces trois acteurs se sont rassemblés autour des EMR. L'objectif était de créer une porte d'entrée du territoire pour les industriels. Il fallait un interlocuteur unique et un chef d'orchestre pour permettre le développement de la filière.

Nous avons dès lors établi une stratégie EMR. Il fallait mettre en concordance le développement des technologies, leur agenda de maturité, notre potentiel et nos capacités d'investissements. L'éolien posé est apparu comme une technologie immédiatement applicable sur laquelle il fallait investir. Concernant l'hydrolien, le raz Blanchard constitue le deuxième gisement mondial, avec un potentiel estimé à 5 GW. L'éolien flottant est moins intéressant pour notre région, car les fonds marins ne deviennent pas profonds rapidement, comme c'est le cas en Bretagne ou en Méditerranée. Enfin, sur l'houlomoteur, nous restons en veille, mais les perspectives de développement sont à plus long terme. Cependant, dans ce secteur, les choses évoluent très vite. Nous réactualisons chaque année, voire plusieurs fois par an, notre stratégie afin de coller avec les nouveaux développements.

Ainsi, alors que l'Ecosse était le seul et principal acteur européen en matière d'hydrolien il y a trois ans, le site du raz Blanchard, peu connu à cette époque, est apparu extrêmement attractif pour un développement industriel : il est situé au pied des côtes, à proximité immédiate d'infrastructures portuaires industrielles et d'infrastructures électriques permettant déjà d'évacuer 2,5 GW. C'est ainsi devenu le premier site hydrolien mondial en terme de potentiel industriel. Mais nous devons rester humbles car ces projets sont complexes, les technologies sont difficiles à mettre en œuvre, les milieux sont mouvants… Il faut avancer à la bonne vitesse, ni trop vite, ni trop lentement.

AE : Comment préparez-vous le territoire ? Est-ce qu'il a fallu éviter une concurrence entre les collectivités pour attirer les porteurs de projets ?

GM : Il n'y a pas de concurrence car nos deux ports sont réunis dans une même entité Ports normands associés (PNA), portée par les collectivités bas-normandes. Cherbourg est un port en eau profonde, avec des quais lourds, il peut donc accueillir les grandes installations industrielles. Caen-Ouistreham sera davantage dédié à l'exploitation et à la maintenance. Mais nous devions auparavant créer les conditions pour accueillir ces activités.

Pour l'éolien, PNA a lancé des travaux de développement portuaire, afin d'accueillir les deux usines d'Alstom à Cherbourg. Le quai des Flamands a été allongé pour un investissement à hauteur de 40 M€. Des études en vue d'une extension du port sont lancées pour accueillir l'activité hydrolienne (extension de 40 ha sur la mer, 50 M€). L'idée est d'être prêts au moment où la filière se développera.

Nous avons par ailleurs mis en place un cluster qui planche au développement de la filière sur le territoire. Un état des lieux des entreprises sous-traitantes et de leurs compétences a été réalisé, afin de les présenter aux industriels qui répondront aux appels d'offres lancés par le consortium Eole maritime France. Nous travaillons également à la mise en place de formations afin d'anticiper les métiers, mais surtout le rétro-planning, afin que les compétences soient là au bon moment.

AE : Est-ce que la recherche s'organise sur le territoire ?

GM : L'université de Caen Basse-Normandie a été proactive sur le sujet, en développant une compétence EMR qui n'existait pas historiquement. Elle a lancé la plateforme Greenmar pour rendre visible les capacités de recherche en énergies renouvelables en Basse-Normandie. Dix-huit laboratoires, publics ou privés, travaillent soit directement sur les EMR, soit avec des compétences transférables à ce secteur (chimie des matériaux, environnement côtier, transport sédimentaire, corrosion…). Par exemple, le laboratoire universitaire des sciences appliquées de Cherbourg est spécialisé sur le transport électrique. C'est un sujet important pour les hydroliennes, car les connecteurs sous-marins constituent l'une des briques technologiques à dépasser. Le CNRS travaille quant à lui sur la biologie des organismes aquatiques et finance actuellement une thèse sur l'impact du parc éolien offshore de Courseulles-sur-Mer sur les réseaux trophiques.

Nous faisons également de la coopération avec l'école centrale de Nantes, l'université d'Edimbourg. Nous essayons au maximum de nous ouvrir et de faire venir des compétences sur le territoire.

AE : La région s'organise pour accueillir les EMR. Pourtant, les projets et les marchés sont décidés à l'échelle nationale…

GM : Si nous voulons que les énergies marines se développent, nous devons être volontaristes à tous les niveaux : auprès des industriels, de l'Etat… C'est pourquoi Onem est présent à un niveau national, européen et international. Nous travaillons avec l'Etat afin que soit installé un marché pour les EMR (appels d'offres, AMI…). Nous pilotons un groupe de travail consacré au cadre réglementaire et au marché dans le cadre du forum des EMR, installé par la Commission européenne en juin 2014. A l'échelle internationale, nous animons, avec les Ecossais et les Canadiens, une plateforme de développement de sites d'essais hydroliens. L'idée est d'échanger nos expériences et de tirer profit des retours d'expériences, mais aussi de se rendre visible. La partie ne se joue pas en local, mais sur des marchés mondiaux.

AE : En 2016, la Basse-Normandie et la Haute-Normandie vont fusionner. Est-ce que vous envisagez de collaborer sur ce sujet ?

GM : Les deux Régions travaillent ensemble depuis janvier. En s'associant, elles vont représenter un véritable marché pour les EMR avec, d'ici 2020, trois des six parcs éoliens actuellement décidés en France (Courseulles-sur-Mer, Fécamp, Le Tréport, pour 1,5 GW de capacité installée) et deux fermes pilotes hydroliennes (EDF EN / DCNS et GDF Suez / Alstom). La Normandie atteindra ainsi un seuil intéressant pour favoriser l'installation des entreprises spécialisées (câbliers, fondations…). Alstom, après avoir remporté trois parcs éoliens offshore, a ainsi décidé de fabriquer ses éoliennes en France. Si les parcs français occuperont les premières années d'activité de ses usines (au rythme d'un parc par an en moyenne), celles-ci se positionneront sur des marchés étrangers. Le Royaume-Uni représente par exemple un potentiel de 30 GW.

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