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Sécheresse et canicules : les impacts sur les milieux naturels ne sont pas assez anticipés

Les travaux de recherche sur les impacts du changement climatique sur le vivant sont trop rares et les conséquences trop peu anticipées, note l'administration, dans une évaluation des impacts de l'été 2019 sur les milieux naturels.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat  |  Actu-Environnement.com
Sécheresse et canicules : les impacts sur les milieux naturels ne sont pas assez anticipés

« Les conséquences biologiques d'épisodes climatiques extrêmes (mortalités, réductions de populations, perte de biodiversité, etc.) [sont] rarement immédiates et détectables, ne se révélant parfois qu'après plusieurs années d'affaiblissement des milieux impactés », notent le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), dans un rapport sur les impacts des épisodes de canicules et de la sécheresse de l'été 2019. Cependant, des effets ont déjà été observés, présageant des dommages sévères sur les milieux naturels.

Entre les assecs constatés sur de nombreux cours d'eau, les dépérissements observés dans des forêts déjà fragilisées, la mortalité accentuée de certaines espèces animales ou, au contraire, l'invasion d'autres espèces plus résistantes, le constat appelle à la réaction. La mission dresse une liste d'actions à mener à court terme pour mieux identifier les risques et limiter les impacts. Elle s'inquiète de « la rareté des programmes de recherche dédiés aux impacts du changement climatique sur le vivant (naturel et agricole) et aux solutions permettant de les contenir. Ce double constat semble indiquer une anticipation trop tardive des problèmes », prévient-elle.

Assèchement des cours d'eau : anticiper et diffuser les bonnes pratiques

Dans les cours d'eau, « il a été constaté assecs et ruptures d'écoulement, jamais observés avec une telle ampleur dans certains secteurs ». L'Observatoire national des étiages (Onde) a observé les premiers assecs fin mai. Ce phénomène n'a cessé de s'amplifier pendant la saison estivale. Fin septembre, ils représentaient un tiers des observations, quand les ruptures d'écoulement représentaient 6 % des observations. Ils ont touché particulièrement le Centre-Val de Loire, le Grand-Est, la Bourgogne Franche-Comté, les Pays-de-la-Loire et le nord de la Nouvelle Aquitaine.

Ces phénomènes perturbent la continuité écologique des cours d'eau, limitant les déplacements des poissons et bloquant leur cycle de vie à des périodes critiques, indique la mission. Les organismes moins mobiles, comme les jeunes alevins ou certains batraciens, sont quant à eux touchés par l'assèchement des linéaires. L'élévation de la température de l'eau conduit à des déséquilibres biologiques (eutrophisation, développement de cyanobactéries, augmentation de la virulence de certains agents pathogènes…). La qualité physico-chimique de l'eau et la végétation aquatique peuvent aussi être modifiées. La répétition de ces phénomènes d'une année sur l'autre peut enfin conduire à une modification de « l'ensemble du cortège faunistique et floristique (...), avec une disparition des espèces autochtones les plus sensibles au profit d'espèces tolérantes ubiquistes ».

 
La rareté des programmes de recherche dédiés aux impacts du changement climatique sur le vivant (naturel et agricole) et aux solutions permettant de les contenir. (...) semblent indiquer une anticipation trop tardive des problèmes  
CGAER et CGEDD
 

Face à ces constats, la mission recommande d'amplifier le dispositif de surveillance et d'améliorer les prévisions saisonnières des niveaux de nappe et des débits d'étiage. Elle préconise également de s'appuyer sur les solutions fondées sur la nature (zones humides, tourbières, ripisylves…) pour réduire les impacts, et aider notamment à anticiper les déficits en eau (rôle tampon). Les noues, les haies, les pratiques agro-écologiques peuvent permettre d'augmenter la recharge des nappes ou la réserve utile des sols. La mission recommande de mieux partager les retours d'expériences et de diffuser les bonnes pratiques à l'échelle nationale.

Forêts : suivre les mortalités et travailler sur les reboisements

Les milieux forestiers sont quant à eux déjà fragilisés par les phénomènes climatiques, la hausse des émissions de CO2 et l'augmentation des températures, note la mission. L'été 2019 a succédé à un été 2018 « également critique du point de vue climatique », conduisant à des dépérissements en augmentation et une hausse des mortalités dans les plantations.

Cependant, « il a été noté en 2019 des phénomènes peu repérés jusqu'à présent » : dépérissements inédits de hêtres dans le Grand-Est, attaques de pins sylvestres par des insectes cambiophages, gril dans le Gard de milliers d'hectares de chênaies « en une seule journée », invasion de scolytes (insectes ravageurs) dans les pessières du Grand Est...

La mission recommande d'engager « dès à présent un suivi cartographique LIDAR haute définition pour accroître la connaissance des mortalités des boisements confrontés aux aléas climatiques » et propose la mutualisation d'un outil de télédétection avec d'autres pays européens touchés par ces phénomènes (Allemagne, République tchèque…).

Si l'été 2019 n'a pas été particulièrement marqué par des incendies d'ampleur en France, « la multiplication des conditions météorologiques propices au feu (combinaison de températures élevées, d'une humidité de l'air faible), l'extension des zones menacées du fait de l'urbanisation, l'abandon de pratiques agricoles créant de vastes continuités arbustives » pourraient à l'avenir être propice aux feux de forêts. La mission recommande de revoir la cartographie des zones sensibles au danger pour mieux les anticiper, et de lancer des travaux de recherche et développement sur la régénération des peuplements incendiés dans les régions nouvellement concernées.

 

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