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Transition bas-carbone : Il faut accélérer et engager des changements structurels, estime l'Iddri

La France n'est pas en mesure d'atteindre ses objectifs en matière de transition bas-carbone, alerte l'Iddri. Pour y parvenir, la SNBC et la PPE doivent entrainer un changement de braquet et viser des changements structurels.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

Ce jeudi, les experts de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) publient une évaluation de l'état d'avancement de la transition bas-carbone en France. Au-delà du bilan, leur étude identifie des enjeux prioritaires et appelle les pouvoirs publics à accélérer le pas. Sans un changement de rythme notable et sans des changements structurels, la France n'atteindra pas ses objectifs, préviennent les chercheurs de l'Iddri. La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) attendues sont des opportunités à ne pas manquer pour rétablir le tir, préviennent-ils.

Le constat et l'analyse de l'Institut s'appuient sur les données de l'observatoire climat-énergie créé en septembre par le Cler, le Réseau Action Climat (RAC), Entreprises pour l'environnement (EpE), l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) du ministère de la Transition écologique et solidaire et l'Iddri.

Une modification structurelle des secteurs clés

"Avec la PPE et la SNBC, la France dispose de bons outils pour piloter la transition énergétique et mettre en œuvre son plan climat, mais il faut que ces outils soient efficaces", explique d'emblée Lola Vallejo. Pour l'instant, ce n'est pas le cas : "tous les indicateurs sont au rouge", rappelle la directrice du programme climat de l'Iddri. Ce constat n'est pas nouveau. Il est partagé par le comité de suivi de la SNBC et il ressort clairement des données de l'observatoire climat-énergie. A ce stade, l'Institut ne juge pas la situation critique. En effet, "on est encore au début de l'utilisation de ces outils, il est encore temps de mieux faire". Mais à l'heure de réviser la PPE et la SNBC, le moment est "crucial", insiste Lola Vallejo. A quels défis devront répondre les deux outils de planification ?

En matière d'énergie, domaine essentiel de la transition bas-carbone, la France devra réaliser "un effort substantiel" pour atteindre son objectif de division par deux de la consommation d'énergie finale entre 2012 et 2050, prévient Andreas Rüdinger. Elle devra tout d'abord quadrupler le rythme de l'amélioration de l'efficacité énergétique pour atteindre son objectif de baisse de 20% de la consommation énergétique finale en 2030. De même, il faudra multiplier par trois le rythme de réduction de la consommation d'énergies fossiles pour atteindre une baisse de 30% entre 2012 et 2030. Pour cela, explique le chercheur, "il faut une modification structurelle des secteurs clés du bâtiment et des transports". Ceux-ci font l'objet de développements spécifiques dans la note de l'Iddri.

Il faudra aussi clarifier la transformation du système électrique. L'Iddri, appelle le gouvernement à fixer un cap et des échéances clairs, en matière de renouvelables et de nucléaire. Sur ce dernier point, l'Institut estime que l'Etat doit clarifier les mécanismes et les critères qui permettent de sélectionner les réacteurs à rénover et à fermer. Mais le choix des unités revient aux acteurs. Enfin, l'Institut défend un effort renforcé en matière de chaleur renouvelable, dont la part devra doubler d'ici 2023, et de développement du biogaz. Pour l'instant, l'augmentation du fonds chaleur à 300 millions d'euros pour 2019, n'est pas à la hauteur du doublement attendu de longue date de l'enveloppe (pour atteindre de l'ordre de 400 millions d'euros par an).

"Frilosité" des pouvoirs publics

Dans le domaine des transports, le bilan est tout aussi accablant : les émissions de CO2 progressent depuis trois ans, alors qu'elles devraient baisser. Pour y remédier l'Iddri recommande de revoir la demande de mobilité. Mathieu Saujot critique ici la "frilosité" des pouvoirs publics qui refusent d'aborder ce qu'ils considèrent être une demande sociale. Or, "la mobilité est moins une envie qu'un besoin de déplacements", explique le chercheur qui rappelle que le nombre de trajets diminue alors que les distances augmentent. Il faut donc travailler sur l'aménagement du territoire pour réduire les trajets contraints. Il faut aussi s'attaquer aux "mirages" qui entravent l'amélioration réelle de l'efficacité énergétique : écarts de 20 à 40% entre émissions homologuées et réelles, augmentation des ventes de SUV (un tiers des immatriculations), ou encore "faux" véhicules hybrides surpuissants. Quant à l'électrification du parc, il serait illusoire de croire que les objectifs seront atteints sans une baisse du nombre globale de voitures : il faudrait que leur vente progresse de 20% par an jusqu'en 2040 pour qu'à cette date ne soient plus immatriculées de voitures thermiques…

Dans le secteur du bâtiment aussi, les émissions de CO2 croissent, alors qu'elles doivent baisser. La source du problème ? Les outils financiers, comme le crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE), ne sont pas tournés vers la rénovation globale, mais vers une liste d'équipements ou de travaux. Pour y remédier, il faut élaborer une feuille de route sur les 5 à 10 prochaines années pour transformer les dispositifs incitatifs et réglementaires en outils de rénovation globale des bâtiments au standard basse consommation. Paradoxalement, explique Andreas Rüdinger, cette approche est présente dans la plupart des initiatives territoriales, alors qu'elle n'existe pas à l'échelle nationale.

Reste l'agriculture, dont la trajectoire tendancielle n'est pas compatible non plus avec les objectifs climatiques de la France. Dans ce domaine, l'Iddri a listé une série de mesures prioritaires. Parmi celles-ci figurent des mesures "sans regret", telles que le développement des cultures de légumineuses qui permettent de fixer l'azote dans le sol et réduisent le besoin en engrais. Cet enjeu est identifié de longue date, mais entre 1990 et 2016, les surfaces de légumineuses ont été divisées par deux, explique Pierre-Marie Aubert. La légère reprise depuis 2014 ne change pas la situation. "Nous ne sommes pas du tout sur le bon rythme", résume le chercheur. Le problème est du même ordre en matière de perte de prairies permanentes et de développement de la méthanisation. Et de rappeler qu'on ne compte qu'un peu plus de 300 méthaniseurs à la ferme, alors que l'objectif du précédent quinquennat était d'en implanter 1.000 d'ici 2020.

Réactions2 réactions à cet article

 

Alors, voilà, pour améliorer le bilan carbone de la France :
* arrêtons Fessenheim, on verra bien plus tard ce qu'on mettra en backup derrière les éoliennes,
* soutenons le gaz au lieu de l'électricité dans le chauffage de l'habitat (RT2012),
* supprimons le diesel, qui consomme 20% de moins que l'essence,
* etc.
Trouvez l'erreur...

dmg | 18 octobre 2018 à 16h59
 
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Le caractère erratique des "politiques climat" est stupéfiant: toujours davantage de "solutions" qui ne marchent pas. Cela rappelle quelque chose...

Albatros | 22 octobre 2018 à 18h10
 
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