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Phytosanitaires : face à la hausse des ventes, un nécessaire changement de paradigme ?

En 2018, les ventes de produits phytosanitaires à usage agricole ont bondi de 23 %. Année après année et plans après plans, la réduction de l'usage des phytosanitaires ne s'amorce pas, au contraire.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Phytosanitaires : face à la hausse des ventes, un nécessaire changement de paradigme ?

Le 7 janvier, les ministres de la Transition écologique, de la Santé, de la Recherche et de l'Agriculture, ont réuni le comité d'orientation stratégique et de suivi (COS) du plan national de réduction des produits phytopharmaceutiques, Écophyto 2+. Et le bilan n'est pas fameux… « Après une légère baisse en 2017, le comité a constaté une augmentation globale forte des quantités de produits phytopharmaceutiques vendues en 2018 ». Les ventes ont augmenté de 21 % par rapport à 2017, et de 23 % pour les seuls usages agricoles. En 2018, 85 876 tonnes de substances actives ont été vendues, soit une augmentation de 22  %, en moyenne triennale, depuis 2009-2011.

« Cette évolution paraît liée à une anticipation des achats en fin d'année 2018, en prévision de l'augmentation de la redevance pour pollution diffuse qui taxe les substances les plus préoccupantes au 1er janvier 2019 », analysent les ministres. Les données pour 2019 seront communiquées mi-2020. Elles permettront de confirmer ou d'infirmer cette analyse. « La Confédération paysanne ne croit pas à cet argument qui ne peut justifier une telle hausse », estime le syndicat dans un communiqué. Car malgré les explications conjoncturelles, les bilans année après année d'Écophyto 1, puis d'Écophyto 2, puis d'Écophyto 2+, confirment la dépendance de l'agriculture à la chimie et les difficultés à réduire l'usage des phytosanitaires.

Pour rappel, le lancement d'Écophyto en 2008 visait à réduire de moitié l'usage des pesticides en France d'ici 2018. Face à l'échec du premier plan, une deuxième version a été lancée en 2015, elle-même renforcée en 2018, repoussant dans le même temps l'objectif de 50 % à 2025.

Un plan pas assez contraignant ?

 
Après une légère baisse en 2017, le comité a constaté une augmentation globale forte des quantités de produits phytopharmaceutiques vendues en 2018.  
Comité d'orientation stratégique et de suivi
 
« Il est maintenant évident que ce plan restera un échec tant que l'État s'en remettra au bon vouloir de la profession agricole pour faire évoluer de manière volontaire ses pratiques ! La période des mesures non contraignantes a vécu et il faut maintenant que l'État français fixe des règles beaucoup plus contraignantes », réagit l'association Générations Futures.

En début de quinquennat, le Gouvernement a demandé aux filières d'organiser leur propre transition en s'engageant au travers de plans. Mais devant leur manque d'ambition, ces documents devaient être revus et présentés à l'automne dernier. Rien depuis...

Pour Générations futures, face à l'échec constaté, « une évolution radicale du plan Écophyto » est nécessaire. « Celui-ci doit imposer des objectifs de réduction par culture et par région, décroissants dans le temps année après année, qui soit contraignants et dont le non-respect déclenche des sanctions, notamment financières. À l'inverse, les agriculteurs les plus performants dans le domaine de la réduction de l'usage des pesticides doivent être soutenus et aidés pour les efforts qu'ils déploient, l'ensemble pouvant s'assimiler à un système de bonus/malus ».

 
Plus de biocontrôles et moins de substances dangereuses En 2018, les ventes sont liées, à 74 %, à des usages agricoles, hors produits de biocontrôle à risque faible (micro-organismes, phéromones, kairomones, substances naturelles d'origine végétale, animale ou minérale) qui représentent, quant à eux, 24 %. Leur vente a augmenté de 20 % entre 2017 et 2018. « Le poids important de la part du biocontrôle à risque faible dans la QSA [quantité de substances actives] totale est dû notamment au soufre, substance particulièrement pondéreuse, c'est-à-dire appliquée à des doses de plusieurs kilogrammes par hectare. Une partie de l'augmentation de la QSA totale s'explique donc par l'augmentation des surfaces agricoles en agriculture biologique », note le bilan Écophyto. Les substances les plus vendues en 2018 sont le soufre (16 %) et le glyphosate (11 %). Enfin, les ventes des substances les plus préoccupantes, classées « cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction » (CMR) ont diminué de 15 % pour la catégorie 1 (caractère avéré ou présumé) et de 9 % pour la catégorie 2 (caractère suspecté) entre 2009-2011 et 2016-2018 (moyenne triennale).
 
C'est par ailleurs ce que préconisait récemment France stratégie, l'organisme de prospective rattaché auprès du Premier ministre : un système de bonus-malus ciblés sur les biens publics globaux dans la cadre des aides de la Politique agricole commune.

Mais à l'issue du COS, mardi, les ministres ont seulement annoncé que les données de vente seront désormais territorialisées afin de permettre une meilleure identification des usages. De plus, ils « ont chargé l'Anses, l'INRAE et l'OFB d'installer un comité scientifique et technique auprès du COS pour assurer une interprétation claire et robuste des indicateurs de suivi, mais également évaluer tout ou partie du plan, et proposer, le cas échéant, des évolutions pour renforcer la politique de réduction des produits phytosanitaires ».

Protéger les agriculteurs face à la concurrence déloyale

La Confédération paysanne regrette pour sa part que « la massification et le transfert de pratiques pour réduire l'utilisation des pesticides n'ont pas eu lieu », malgré 700 millions d'euros de financements. « Les fermes Dephy montrent pourtant qu'il est possible d'atteindre au moins une baisse de 50 % de l'utilisation des pesticides à système économique constant. Contrairement à ce qui a pu être dit [lors du COS], il existe donc des solutions techniques pour réduire l'utilisation des pesticides L'ensemble des responsables agricoles doit aller dans le sens du progrès pour encourager ces démarches et enjeux contemporains ». Pour le syndicat, les principaux freins sont économiques et commerciaux : « Ce qui empêche [la transition] ce n'est pas la supposée absence d'alternatives, mais le surcoût du changement et l'absence de rémunération des produits agricoles ». La Confédération paysanne dénonce régulièrement la concurrence déloyale des produits agricoles importés, non soumis aux mêmes contraintes réglementaires.

Réactions8 réactions à cet article

 

Nouvelle illustration de l'incompatibilité fondamentale entre la nécessaire transition environnementale et la mondialisation libérale. Tant que cette dernière ne sera pas remise en cause par la soumission du libre échange à des exigences fortes en matière d'écologie et de "développement durable", les discours, les promesses et les plans, qu'ils émanent des politiques ou des acteurs économiques, demeureront des vœux pieux.
Je soupçonne d'ailleurs la plupart d'entre eux d'en être parfaitement conscients mais de continuer ce "cinéma" de "greenwashing" pour des raisons évidentes d'image auprès d'une opinion publique sensible mais souvent inculte et donc aisément manipulable...

adjtUAF | 10 janvier 2020 à 09h58
 
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Excellente année 2020 à tous.

Cet article nous montre, en somme et pour faire clair:
Que l'utilisation des phytosanitaires à risque faible a augmenté de 20% env. entre 2017 et 2018.
Que l'utilisation des phytosanitaires à risque fort a diminué de 13,5% env. entre 2016 et 2018.

On remplacerait donc, dans ce laps de temps,de façon progressive mais bien significative, les pesticides parmi les plus dangereux par les pesticides les moins dangereux. Libre à chacun d'apprécier et d'encourager, comme moi, ce processus. Je note que le soufre et le glyphosate sont employés en plus grandes quantités, au détriment d'autres produits plus toxiques.

Cependant, on nous parle, en dépit du constat de ce début de réussite, "d'échec constaté" et l'on réclame contraintes et sanctions pour les soit-disant "mauvais élèves, et récompenses pour les soit-disant "bons élèves".
Pourtant, l'augmentation en valeur absolue de la quantité totale utilisée des substances actives s"explique facilement, si l'on veut bien considérer qu'un produit phytosanitaire de moindre efficacité doit être employé à doses plus importantes pour obtenir le même niveau d'efficacité.

Voyons, chère Générations futures, un peu de cohérence pour un tout plus logique! A réclamer des solutions radicales très impatientes pour mettre en réalité votre principe doctrinaire (se passer des pesticides), ne craignez vous donc pas que d'autres réalités (celles du terrain) ne viennent vous contredire par l'absurde?

Bien à vous,

Euplectes

Euplectes | 10 janvier 2020 à 12h07
 
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Le tonnage ne nous apprend pas grand-chose, car il ne tient pas compte de la toxicité. Or les molécules sont de plus en plus efficaces à faible dose. Le seul véritable critère est le NODU (nombre de doses unitaires). Et celui-ci a effectivement augmenté.
Quant à "nourrir les populations", cet élément de langage FNSEA usé jusqu'à la corde, on se demande franchement comment les populations ont pu survivre durant des millénaires, et comment l'agriculture bio fait pour nourrir les populations sans pesticides et autres saloperies. Mais tant que l'agro-business pésera plus économiquement que les agriculteurs eux-mêmes, cela continuera.

petite bête | 10 janvier 2020 à 14h03
 
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Bonjour, ces chiffres ne veulent strictement rien dire et sont issus de fonctionnaires bornés ! La ventes des produits de protection des plantes est liée à la pression des ravageurs dans l'année de culture ( mildiou sur vigne sur pomme de terre, septoriose sur blé, tavelure sur pommes, pucerons sur telle ou telle culture, …), et cela liés aux conditions climatiques. Cela part du bons sens paysan ! Je n'ai jamais vu un agriculteur acheté des produits phytosanitaires pour le plaisir ! quand à la TIGP, son impact est nul, car si l'agriculteur les achètent avant, il va devoir les payer bien avant son utilisation et piocher dans sa trésorerie. Mme Sophie Fabrégat soyez un peu plus professionnelle dans vos propos et ne vous contentez pas de chiffres remis par des incapables !

Marc07 | 10 janvier 2020 à 14h58
 
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Inconcevable, incroyable, hors raison et entendement, mais la FNSEA en harmonie avec ministère, administration, et équipe gouvernementale va nous inventer des contorsions systémiques - et macs - pour noyer le problème, l'enterrer, et en final nous expliquer que c'est normal, justifié, que nous n'avons rien compris, et qu'il y a lieu d'indemniser les exploitations intensives pour cette charge supplémentaire qui est celle de répandre de plus en plus de leurs saletés.
Il est clair que ces braves gens ont pris le pouvoir, et que l'Etat n'a non seulement plus son mot à dire en matière agricole, mais doit obéir et obtempérer aux ordres de la "faction" de ce syndicat que sont les exploitants industriels intensifs. Ces même gens qui ont dirigé l'agriculture depuis des décennies et l'ont conduit dans l'état de délabrement que nous constatons et -paradoxe goûteux- leur sert de justifications pour réclames toujours plus en aide, pouvoir etc...
On ne peut qu'être admiratif sur l'efficacité des lobbies de l'agro-bisness, mais très consternés pour notre démocratie.
A ce sujet trouvez et lisez l'article du "Monde" d'il y a quelques jour et intitulé "une catastrophe agricole commune. Un de ces jours ça va craquer, souhaitons le.

le neurone en vadrouille | 10 janvier 2020 à 19h27
 
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"les bilans année après année d'Écophyto 1, puis d'Écophyto 2, puis d'Écophyto 2+, confirment la dépendance de l'agriculture à la chimie" : c'est parfaitement clair ! Mais cela souligne aussi l'ignorance par la plupart des agriculteurs des notions de base en agronomie. Contrairement au discours lénifiant de la FNSEA, repris en coeur par le ministère de l'agriculture et tous ceux qui ne veulent pas froisser l'hégémonique et irascible syndicat agricole, il reste très peu de vrais paysans. Une part importante de ceux-ci n'est d'ailleurs pas issue du milieu agricole, lequel a été déformé depuis une bonne soixantaine d'années par le cursus hyper productiviste inculqué dans les lycées agricoles. A part quelques esprits critiques capables de remettre en cause le système qui leur a été imposé, l'adaptation de l'agriculture aux nouvelles demandes sociétales viendra largement d'actifs extérieurs (c'est très net dans l'AB).

Pégase | 11 janvier 2020 à 10h26
 
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On peut moduler l'augmentation - indéniable malgré nos "propriétaires par actions" du "bon sens paysan"- en songeant que bien des exploitants agricoles font en ce moment des stocks de produits qui seront interdits à plus ou moins long terme, et d'autres, ou les mêmes qui sous-traitent la revente de produits interdits aux jardiniers.
Décidément, cette agriculture-là est toxique...

petite bête | 13 janvier 2020 à 10h05
 
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Quand on fixe des objectifs débiles, on a des résultats débiles. C'est la même chose avec tous les objectifs environnementaux développé sous la pression de politiques à court d'idées et qui pensent bêtement que l'environnement rassemble, donc serait porteur pour une élection.
Autres exemples: tous les objectifs "zéro" sont débiles (zéro carbone, zéro plastiques, zéros déchets, etc.).
Quand se rendra-t-on compte que la séquence logique d'une action comporte au moins trois phases:
- Observation et définitions des grandeurs
- Caractérisation des grandeurs et définitions de leviers d'actions
- Définition précise des actions et des objectifs associés.
Mais c'est plus facile de lancer des slogans imbéciles...
(je ne demande pas "zéro plastique" pour les poches de transfusion sanguine, par exemple, ni zéro chimie pour lutter contre les puces...
Souvenez vous des présidents qui prétendaient que personne ne dormirait plus dans la rue...

Albatros | 13 janvier 2020 à 18h01
 
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